CHAPITRE IL
Sans doute, comme nous l'avons déjà dit, l'éducation est plus nécessaire que l'instruction. Néanmoins, celle-ci est d’une très-haute importance aussi ; car elle est utile et agréable tout à la fois.
1° Ælle est viile. —L'homme instruit entretient sa correspondance, prend ses notes, tient ses comptes lui-même, sans avoir besoin d’initier un étranger à ses secrets. Il est encore en état de remplirles diverses charges auxquellesil peutêtre appelé dans une paroisse. Marguillier, conseiller municipal, secrétaire-trésorier, sous-voyer, etc. il pourra signer les documents requis, prendre connaissance des papiers par lui-même, dresser un procès-verbal, préparer une requête, ete ; officier de milice, il lui sera facile de faire le rôle des miliciens ; commissaire -d’écoles, il jugera de l'avancement des enfants, de l’exactitude de leurs réponses.
Tous les hommes ont besoïn d'instruction, qu’ils exercent une profession libérale, ou qu'ils soient ouvriers et même serviteurs. Combien de fois cenx-ci ne sont-ils pas obligés de lire une enseigne, le numéro d’une maison, l'adresse
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d’une lettre, etc? L'instruction est également utile aux personnes du sexe, soit chez leurs parents, soit dans leurs maisons pour aider à leurs époux, soit chez les étrangers lorsqu'elles se mettent en service.
D'ailleurs, dans le temps où nous vivons, l'instruction est si généralement répandue, qu’un peuple qui la néglige, ne peur éviter d'être dans un état d’humiliante infériorité. Pour nous particulièrement, Canadiens, qui sommes environnés de gens possédant tous un certain degré d'instruction, il est indispensable de la répandre parmi nous, si nous voulons marcher de pair avec eux.
L’instruction a encore l'avantage d’ouvrir l'esprit, d’épurer le goût, d'élever les sentiments, lorsqu'elle est convenablement lirigée. Dans les traits d’un enfant qui à ue éducation soignée et religieuse joint un instruction solide, on voit un aïir de disti :tion; dans ses yeux perce une vivacité d'in :lligence qui en fait pour ainsi dire un être t ut différent. Il saisit mieux et plus vite tout ce qu’on lui explique : c’est là une remarque fréquente de ceux qui, par leur état, sont appelés à enseigner le catéchisme à des enfants dont les uns ont fréquenté de bonnes écoles, et les autres sont demeurés dans l'ignorance. On a donc eu raison de dire que l'instruction donne à l’homme comme un sixième sens.
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29 Elle est agréable. —Quels: plaisirs ne procure pas encore l'instruction ! quels agréables, passe-temps ! Quelle satisfaction de pouvoir par la lecture, se mettre en rapport d'idées et de sentiments avec les plus beaux génies de tous les siècles, et admirer ce qu'ils nous ont laissé de grand, de noble, de vrai dans leurs écrits ! Quelle charmante récompense pour un père qui a fait des sacrifices pour donner l'instruction à ses enfants, lorsque ceux-ci tour-àtour viennent par des lectures à haute voix édifier, intéresser la famille durant les longues soirées d'hiver, ou la mettre au courant des événements remarquables de la patrie et des pays étrangers ! |
Avouons cependant que l'instruction pourrait être bien pernicieuse, si elle avait une mauvaise tendance, au si l’on venait à en abuser, comme il arrive trop souvent. Mais alors c’est l’abus qu’il faudrait condamner, et non pas la chose elle:inême ; c'est la mauvaise tendance qu'il faudrait corriger, et non pas l’instruction qu'il faudrait rejeter.
Recounaissons encore que le degré d’instruction doit beaucoup varier suivant les différentes classes de la société. Il ne fuut pas du tout les mêmes connaissances aux jeunes gens qui se destinent à l’état ecclésiastique ou aux profes. sions: libérales, et: à ceux: qui doivent devenir
des artisans ; À ceux qui embrasseront une carrière industrielle ou commerciale, et à ceux qui auront à se livrer à l’agriculture. Répétonsle après beaucoup d'hommes sages et de vrais patriotes : c'est un malheur pour le pays que la haute éducation soit si répandue, et que la moyenne le soit si peu ; c’est une chose regrettable que les professions dites libérales soient encombrées de jeunes gens qui, au lieu de faire des cours d'études, auraient dû suivre l'état de leurs parents ; ce serait la ruine d’un peuple qu'il fût composé de savants, ou plutôt de demisavants. Il ne s’agit donc pas, pour le bien du pays, d'augmenter indéfiniment les connaissances des masses, d'étendre sans cesse le programme des écoles ; ce serait une erreur et un grand péril: mais ce qu'il faut, c'est de répandre partout des connaissances élémentaires, pratiques, calquées sur les besoins de chacun ; c'est que, de nos jours, il ne se trouve pas un enfant qui ne puisse lire, écrire, chiffrer, et qui n'ait quelques notions de l'Histoire du Canada ; que les colléges classiques ne se multiplient pas suivant le zèle mal entendu de chacun; qu'ils ne soient fréquentés que par des jeunes gens capables de profiter de leurs études et qui aient un dessein sérieux de les compléter ; qu’enfin dans les écoles, oomme dans toutes les autres maisons d'éducation, on ne vise pas uniquement à montrer beaucoup de branches en peu de temps,
mais que l’on enseigne bien les choses que les élèves doivent étudier, et qu'on leur donne le loisir de les digérer, de s’en nourrir.