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CHAPITRE V

Les Méthodes sont les manières générales d'enseigner toutes les branches d'instruction.

Les Procédés sont les manières d'enseigner chaque branche particulière.

Comme de raison, l’application de ces règles varie un peu avec chaque individu. Ce que l’un préfère, ne cadre point avec les vues, avec le caractère de l’autre; tel moyen qui réussit bien à un instituteur, donne à un autre des résultats beaucoup moins satisfaisants. Il est cependant un grand nombre de points fixés par l’usage et l'expérience.

ARTICLE ler, DE LA LECTURE.

La lecture est une des branches fondamentales À enseigner dans une école. Comme elle comprand bien des degrés, nous allons Les patcourir sudcessivement.

Section lère.—DE L'ALPHABET.

L'enseignement de l'alphabet (mot composé des deux premières lettres grecques, alpha, béla,) est une chose fort ennuyeuse, et conséquemment fort négligée dans la plupart des écoles. On dit bien aux petits commençants : “ Etudiez vos lettres ; ”’ maïs on les abandonne ensuite à eux-mêmes, sur un banc, pendant des heures entières. Est-il surprenant que, par cette conduite, on dégoûte à tout jamais ces jeunes enfants de l’école et de l'étude ? Est-il étonnant qu'ils ne connaissent pas leurs lettres après de longs mois ?

Le maître dévoué s’y preud d’une toute autre manière: 19 Il n’effarouche pas les enfants par la nécessité d'apprendre et de retenir tout l’alphabet d’un seul coup. Il ne leur propose que quelques lettres à la fois, disons quatre. Quand les élèves les savent bien, il passe aux quatre suivantes, et ainsi jusqu’à la fin. Par ce procédé, tout l’alphabet peut s’apprendre dans une semaine.

2° Au lieu de faire suivre les enfants dans un livre, il leur montre les lettres sur un tableau, afin de mieux parler aux yeux. Il £’applique surtout à varier les exercices, précisément à caues de l'âge très-tendre de ces petits écoliers. Tantôt donc il nomme et.montre les lettres lui-

même ; tantôt il les montre et les enfants les nomment ; à un autre moment, c’est lui quiles nomme, et il les fait indiquer à mesure sur le tableau ; puis il les leur fait copier sur leurs ardoises, à leurs places ; il peut ensuite les rappeler autour du tableau, et en désigner trois ou quatre pour y copier quelques lettres, tandis que tous les autres les regardent, prêts à les critiquer s'ils se trompent. C’est le seul moyen de conserver l’attention de ces enfants.

8° Pour mieux graver les lettres dans leur mémoire, l’instituteur ne doit pas se contenter de leur en faire retenir le son. Il doit particulièrement insister à leur en faire remarquer la forme, aïnsi que celle des accents. Il commence, bien entendu, par les lettres imprimées,

les majuscules d’abord ; puis, lorsque celles-ci sont bien sues, les minuscules, en les plaçant auprès des premières, afin que la comparaison soit plus facile.

Quand les enfants suivent dans leurs livres, il est bon qu'ils emploient une fiche de bois pour se guider.

Remarquons que la mauvaise prononciation de certaines lettres, une fois contractée, se corrige avec peine: aussi, que pour mettre de la gradation dans ce procédé, on fait d’abord apprendre quatre lettres, huit lettres de suite ; puis on les montre et on les fait répéter dans un ordre interverti

Section 2ème.—DE L'ÉPELLATION.

Epeler correctement, c’est-a-dire nommer et assembler les différentes lettres qui composent les syllabes, n’est pas chose aussi aisée qu’on pourrait le croire. En français, il y a deux méthodes d'épellation, l’ancienne et la nouvelle.

1° Ancienne méthode.—Le maître doit avoir soin—1° de faire prononcer chaque lettre et chaque accent bien distinctement. Pour vouloir aller trop vite, les enfants sont sujets à nommer l’accent sans prononcer la lettre qu’il affecte ;—2° de faire assembler successivement chaque syllabe, puis le mot entier, ce qui peut se faire de plusieurs manières: un même élève épelle la première syllabe, puis la suivante, puis la troisième, et à la fin il prononce le mot entier; ou bien, chaque élève épelle successivement l’une des syllabes, et l'élève suivant prononce le mot; ou bien, le même élève épelle le mot entier, en répétant à chaque syllabe, toutes les syllabes précédentes ; ou bien encore, un écolier assemble une syllabe, le second assemble la suivante et répète la première, le troisième assemble la troisième syllabe et répète les deux premières, et ainsi de suite; ou enfin, les élèves épellent le mot tous ensemble, le maître leur indiquant la vitesse, ou battant la mesure ; —3° de commencer par les mots es plus courts et

les plus aisés. Il suffit pour cela de suivre l’ordre d’un bon syllabaire;—49 de faire épeler beaucoup par cœur. À cet eftet, il faut donner une petite leçon à apprendre préalablement.

Il serait à propos de dire aux enfants un peu avancés que les mots renferment une ou plusieurs syllabes; les premiers s'appellent monosyllabes, et les seconds, polysyllabes. Ceux de deux s0e nomment aussi dissyllabes.

* Remarquons ce qui suit.—1° Les voyelles sont simples : a, €, 1,0, u, y, ou combinées (composées): au, eu, ou, eau, aï, el, &c., ou nasales an, en, in, ain, ein, on, un, &c.—29 Il ne faut pas confondre les voyelles combinées avec les diphthongues : les premières se prononcent par une seule émission de voix ; dans les secondes, quoiqu'il n’y ait aussi qu’une syllabe, on entend cependant dezx sons, comme oi dans loi, ieu dans lieu, en dans en, oin dans coin, ion dans action, mission, &c.—83° Parmi les consonnes ou articunlations, les unes sont labiales (des lèvres): b, p, f, ph, v, m ; d'autres dentales (des dents): d, 4, th, n ; d’autres gulturales, (du gosier): k aspiré, g dur (comme dans gond), c dur (comme dans cap), k, q, ch dur (comme dans chaos) ; d’autres palatales (du palais) : {, r, lou { mouillé (comme dans ai}, paille) ; d’autres enfin sifflantes : 5, 2, c doux (comme dans ce), sh, ch doux (comme dans chou), j, g doux (comme dans gens).—4° Les

à on M ce en eh A.

articulations m, n, gn, sont quelquefois nasales (du nez), comme dans emporter, incapable, onde, digne ; d’autres fois elles ne le sont pas, comme dans immortel, item, inhabile, specimen, agnus.— 5° ZX est une lettre composée, équivalant à cs, gz, etc. (réflexion, exil), ou à 2 (sivième), ou à ss (soixante, Bruxelles).

Remarquons encore—1° queles différentssons de €, é, à, é doivent être donnés très-correctement quand on épelle ;—29 que plusieurs lettres sont muettes en certains cas ; ainsi p et s dans comptes, x dans cieux, { dans aspect, etc ;—89 que plusieurs autres changent leur son propre suivant leur position ; par exemple, s entre deux voyelles, qui se prononce comme 2 (asile) ; e, qui est dur devant à, 0, w, à moins qu'il ne soit marqué d’une cédille, et doux devant e, i ; l, qui se prononce comme s dans action, martial, essentiel, vénitien ; —4° que e dans j'aime, es dans

tu aimes, ent dans Üs aiment, sont autant d’e

muets ; pareïillement & dans zèle, ès dans accès, ef dans chef, el dans autel, sont des e ouverts ; de même é dans aimé, er dans aimer, léger, ez dans nez, sont des e fermés ;—59 que y entre deux voyelles équivaut à deux à ; ainsi payer pour pai-ier ; moyen pour Mmoi-ien, ployons pour ploi-ions.

: Lorsqu'une consonne se trouve entre deux voyehHes, elle commence toujours une syllabe.

D th M ff M Le Es Em

Ainsi anaiomie s'épelle a-na-to-mie, et non pas an-at-o0m-1e.

Lorsqu'il y a deux consonnes de suite, la première termine la syllabe précédente, et la seconde appartient à la syllabe suivante (comme dans opportun, qui s’épelle op-por-lun), excepté quand la seconde est une des palatales ou liquides lou r, et est précédée d’une labiale, d’une dentale ou d’une gutturale. Exemples : abri, a-bri ; : effroi, ef-froi ; atroce, a-tro-ce ; digression, di-gression, etc. Cependant l’étymologie peut aussi modifier cette règle ; ainsi, ?n-sti-lu-leur, con-science, etc.

Quand gn a le son nasal, ces deux lettres uppartiennent à la même syllabe ; ainsi cognée s'épelle co-gnée, au lieu que l’on épelle ignition, ig-ni-tion.

Dans l’ancienne méthode, toutes les consonnes qui se prononcent comme si elles étaient précédées d’un € muet, sont du genre féminin : une f, une }, une m, etc ; les autres sont du genre masculin : un 6, un c, etc.

2° Nouvelle méthode—appelée aussi Méthode de Port-Royal. — Dans cette méthode, 1° on ne nomme point les accents, mais on prononce immédiatément les voyelles avec leur son imodifié par ces accents ; 2° les diphthongues et les voyelles combinées, nasales ou non, se prononcent tout de suite, sans que l’on nomme les lettres ; 8° toutes les consonnes se prononcent comme si elles étaient suivies d’un e muet : be,

ce ou ke, de, fe, ge ou gue, je, ke, le, me, ne, pe, que, re, 8e, le, ve, xe, ze ; 4° les lettres muettes ‘ne se prononcent point du tout.

On épellera donc bateau : be-a, ba ; le-0, to ; bateau ; — jardins : je-a-re, jar ; den, din ; jardins.

Cette méthode est plus rationnelle, puisqu’elle donne le son le plus faible possible aux consonnes, qui n’en ont pas par elles-mêmes.

Elle se rapproche aussi beaucoup plus du son définitif que doivent avoir les syllabes. Ainsi be-a ressemble plus à ba, que bé-a ; je-a-re à jar, que j1-a-erre, etc.

Dans la nouvelle méthode, toutes les consonnes sont du genre masculin.

8° Méthode sans épellation.—On a imaginé une troisième méthode, qui consiste à ne point épeler du tout, mais à prononcer les syllabes tout de suite. En répétant sans cesse, les enfants pourront ainsi parvenir à prononcer un certain nombre de mots, ou à lire un certain nombre de pages, mais ils n’auront certainement aucune idée nette des éléments des mots et des syllabes, et ils éprouveront une immense difficulté à déchiffrer ce qu’ils ne seront pas accoutumés à lire. Cette méthode convient tout au plus à ceux qui savent déjà très-bien épeler, et qui lisent couramment. Au reste elle doit nuire à l'étude de l'orthographe.

F3 + nn. “HR: D | + (2

le, PE, lettes

, 0 ; din ;

puis- ) AUX mes.

son Ainsi jar,

con-

PROCÉDÉS. 123 Section 3ème.—DE LA LECTURE COURANTE.

Pour bien lire, il faut—

1° Faire les liaisons convenables.—Ce serait une aussi grande faute pour le moins de faire des liaisons mal à propos, que d’omettre celles qui sont requises.. Le plus souvent il y a des règles fixes ; dans certains cas néanmoinsl’oreille seule décide. Il est bon de dire aux élèves que d à la fin de plusieurs mots se prononce comme 1: grand homme, entend-il ? etc ; et s comme z : petits enfants élourdis ; que f se prononce comme v à la fin de neuf adjectif numéral : neuf arbres ; et que n change de son à la fin de certains mots, devant d’autres mots qui commencent par une voyelle, et qui sont immédiatement et nécessairement unis aux premiers : vain espoir, bon ami, divin agneau (prononcez vain nespoir, OU vai-nespoir ; bon nami ou bo-nami, etc). Maïs empêchez les enfants de marquer la liaison après avoir fait une pause, comme : ÿŸs estiment . ...l1& un haut prix les objets qu'ils..…..zachetèrent..…..ete.

29 Observer les pauses indiquées par les signes de ponctuation.—A la virgule, on prend haleine ; au point et virgule, et aux deux points, on s'arrête un peu plus longtemps ; au point final on s'arrête complétement. Ceci est trèsimportant, et malheureusement trop négligé.

Quand une phrase est bien longue et sans aucun

signe de ponctuation, il faut faire attention au sens, afin de déterminer les endroits où il conviendra de s’interrompre un instant, ce que l’on

ne doit pas se permettre sans raison et à tout

moment.

80 Ne lire ni trop vite ni trop lentement.—Le premier défaut fait que l’on bredouille, que l'on mange ou que l’on répète des mots, et que l’on n’est pas compris des auditeurs ; le second leur cause de l’ennui et du dégoût. Ce n’est certainement pas un signe qu’on lit bien, que de lire très-rapidement, quoi qu’en pensent beaucoup de personnes. |

4° Prendre un ton de voix modéré,—qui ne soit ni perçant (ce qui fatigue), ni languissant (ce qui endort), ni chantant, ni monotone.

Avec les enfants de votre école, visez à ce qu’ils lisent correctement, et non à ce qu'ils en lisent très-long : peu à la fois, maïs bien. Pour cela, faites-leur répéter souvent les mêmes phrases, et gardez-les sur une page jusqu’à ce qu'ils la lisent d’une manière satisfaisante.

. Revenez aussi fréquemment sur l’épellation, même avec les plus avancés. Vous devez les faire tous lire sans y manquer, les jeunes plus souvent, les autres un peu moins. Considérez cette partie de l’enseignement comme essen-

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tielle, et ayez à cœur de vous distinguer par la manière dont vos différentes classes sauront lire.

Ayez soin de ne point faire commencer la lecture au milieu d’une phrase, et, si vous l’interrompez ainsi, que ce ne soit que pour surprendre un élève inattentif. Faitus lire, soit un mot à chaque enfant successivement, soit une phrase différente à chacun, soit la même phrase à plusieurs de suite.

Quant à la prononciation en général, elle ne doit pas être affectée ; mais il ne faut pas craindre de l’amender lorsqu'elle est défectueuse.

Section 4e.—DE LA LECTURE EXPRESSIVE ET RAISONNÉE.

Il est bien désirable que les élèves lisent avec intelligence, et qu'ils prouvent qu'ils comprennent, parle ton de leur lecture, qui seraalors expressive. Sans cela, ils n’y verront qu’un exercice fort ennuyeux, et ils ne sentiront jamais aucun goût pour s’y livrer. Il faut donc les habituer à ne pas lire les mots séparément, mais à les lier dans leur esprit de manière à avoir un sens complet, en d’autres termes, à embrasser d’un seul toup d’œil une proposition entière. On doit, en commençant, leur expliquer eoi-même la valeur des mots rares ou difficiles et le sens des phrases, et ensuite leur

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