DE LA GRAMMAIRE
Bien connaître sa propre langue est certainement une des conditions essentielles d’une instruction solide. Boileau nous le dit formellement :
Sans la langue, en un mot, l’auteur le plus divin Est toujours, quoi qu’il fasse, un méchant écrivain.
Or c’est la grammaire qui apprend à parler et à écrire correctement. Appliquez-vous donc d’une manière toute particulière à la bien enseigner. Si les enfants n’ont pas le temps d’en étudier très-long, qu'ils sachent au moins parfaitement ce qu'ils pourront en voir.
Dans les écoles élémentaires, il suffit d’enseigner les élément de la grammaire. Nous regardons la Grammaire de Lhomond, non pas comme la plus exacte peut-être, maïs comme la mieux appropriée aux jeunes enfants, pourvu que le maître y fasse de vive voix quelques corrections. ( Voir l'édition de Leroy).
Dans les écoles modèles, on devra revoir les éléments plus en détail, et y ajouter la syntaxe. Il existe beaucoup de bons ouvrages qui peuvent être adoptés dans ces écoles, avec l'approbation du Conseil de l’Instruction Publique, entre autres : les Grammaires de Bonneau, Leroy,
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Victor Boreau, Poitevin, sans compter celles des Frères des Ecoles chrétiennes (dernière édition), de Noël et Chapsal, etc.
Enfin, dans les Académies, tout en repassant les Eléments et la Syntaxe, on s’occupera des principales difficultés de la langue.
Section lère.—PRINOIPES DE GRAMMAIRE.
Il est tout naturel que, pour enseigner les principes de la grämmaire, vous suiviez la méthode synthétique. Comme nous l’avons déjà expliqué, vous donnez d'abord la définition de la partie du discours dont il s’agit, et vous l'éclaircissez. Vous posez ensuite les divisions et subdivisions ; puis, sur chaque point, vous exposez la règle générale, avec force exemples à l'appui, et plus tard, lorsque les élèves la comprennent bien, les ex:eptions, aussi avec beaucoup d'exemples. Vous développez le tout plus ou moins suivant l’âge et l'avancement des enfants, et l'espèce d'école que vous tenez,
Faisons quelques remarques particulières.
1° Ne manquez pas d'expliquer les divers degrés de signification dans les adjectifs ; 2° faites bien distinguer les adjectifs des pronoms, les adverbes des prépositions ; 8° insistez fortement sur la conjugaison des différentes espèces de verbes, sous forme aflirmative, négative et in-
es
nt es
terrogative ; 4° appuyez beaucoup sur la formation des temps ; 59 rappelez-vous que tous les cas possibles des participes passés 8e réduisent à trois ; 60 mettez les élèves en état de distinguer promptement l’antécédent, Je sujet, le régime direct et l’indirect, et l’attribut ; 7° apprenez-leur encore à connaître dans quelles circonstances certains mots sont de telle nature plutôt que de telle autre ; par exemple : que pronom relatif, que pronom indéfini, que conjonction, que adverbe de quantité, etc.
Section 2ème—EXERCICES GRAMMATICAUX.
Avec les enfants, ce n’est qu’à force de répéter que l’on parvient à faire retenir les principes. Ne vous contentez donc pas de leur donner les règles dela grammaire, ni même d’éclaircir cellesci par quelques exemples; mais faites les leur mettre en pratique à eux-mêmes au moyen d’exercices nombreux et convenablement gradués.
Les petits et les grands Æxercices de Bonneau sont bien bons à cette fin. Vous indiquez aux élèves un nombre, ou une partie de nombre, à corriger pour la prochaine classe. Is transcriveut proprement ce nombre en y faisant les corrections requises, d’après les règles: qu'ils ont déjà apprises. Pendant la classe, lorsque: le temps eniest venu, ils échangent entre eux ces devoirs; sur votre ordre; puis; celui que vous
désignez prend le livre et épelle convenablement tous les mots qui étaient mal écrits, tandisque les autres suivent sur les devoirs qui leur sont échas, et corrigent les fautes qu'ils peuvent y découvrir. Vous faites ensuite reprendre à chaque enfant son propre devoir et vous vous assurez qu'il comprend ses fautes. Si le devoir est généralement mal fait, vous le faites recommencer par toute la classe, et cela jusqu'à ce qu’il soit à peu près exempt d'erreurs.
Défendez strictement que les fautes soient corrigées dans le livre même.
Section 3ème.—ORTHOGRAPHE,
On entend par orthographe l’art d'écrire correctement les mots d’une langue. Il y en a de deux sortes: l'orthographe absolue, qu'on nomme aussi wsuelle, et l'orthographe grammaticale. La première n’est appuyée que sur l’usage ou sur l'étymologie (origine d’un mot, source dont il dérive); la seconde est régie par la grammaire. Eiles sont toutes deux bien importantes, et ne doivent jamais être négligées.
1° Orthographe usuelle.—Lire avec attention et prendre bien garde à la manière dont sont épelés les mots, est l’un des meilleurs moyens d'apprendre l'orthographe usuelle. Il est encore fort utile de faire épeler souvent les élèves
par cœur et de leur donner des dictées fréquentes. Quaud une dictée est écrite, qu’ils échangent leurs devoirs, et que l’un des plus capables épelle lentement tous les mots à haute voix, pendant que les autres suivent et corrigent à mesure sur vos indications. S'il se trouve beaucoup de fautes, faites leur recommencer ia même dictée, jusqu’à ce qu'elle en «oit quasi exempte.
Ces dictées ne doivent pas être les mêmes pour tous les enfants d’une école, mais proportionnées à l’avancement de chaque division.
20 Orthographe grammaticale.—Les exercices dont nous avons déjà parlé, sont un moyen fort efficace d’habituer les enfants à appliquer les règles de la grammaire qu'ils étudient, pourvu que ces exercices correspondent bien aux règles.
Faites encore écrire souvent à quelque élève une phrase sur le tableau noir, et envoyez un de ses compagnons la corriger, en donnant la raison de su correction.
Mais le moyen le plus puissant de faire apprendre l'orthographe grammaticale est incontestablement d’accoutumer les enfants à analyser, afin qu'ils 80 rendent bien compte À eux. mêmes de toutes les règles à appliquer.
Section Aème.—ANALYSE GRAMMATICALE,
lest indispensable de faire analyser les enfants, si l’on veut s'assurer qu'ils comprennent les règles de la grammaire et sont en état d’en faire l’application. Car ce n’est pas véritablement enseigner la grammaire, que d’en faire simplement répéter les règles aux élèves, ou de leur donner seulement quelques exemples et quelques exercices. Nou, en grammaire, ne nous contentons pas de synthèse ; insistons en même temps et surtout sur l'analyse. Beaucoup d'enfants répondront admirablement aux questions d’un programme, et réciteront, sans en omettre un
mot, toutes les règles de grammaire avec leurs exceptions, qui seraient fort en peine de les appliquer aux différents cas, même les plus simples qu'on pourrait leur proposer.
Il ne faut pas croire que ceux-là seuls doivent analyser, qui sont bien avancés en grammaire, et qui ont vu au moins les verbes. C'est là une erreur : l’analyse peut et doit se pratiquer avec les commençants mêmes, pourvu qu’elle soit.
graduée, c’est-à-dire, qu’elle ne s’étende pas au: delà de ce qu'ils ont appris Ainsi, dès que des enfants ont étudié le nom;. donnes-leux quelques noms à analyser. Les premières fois, vous les questionnez comme suit :
‘6 Quelle espèce de mot ? Pourquoi ?
Quelle sorte de nom ? Pourquoi ? :
4 Quel genre ? Pourquoi ?
Quel nombre ? Pourquoi ?
Vous les accoutumez ensuite à dire tout cela seuls.
Vous ajoutez plus tard l’article, puis des adjectifs, toujours en commençant par questionner les enfants pour les habituer à analyser ensuite eux-mêmes.
Par exemple : “ Un grand livre.”
‘6 Quelle espèce de mot est un ? Pourquoi ?
‘ Quelle sorte d’adjectif ? Pourquoi numéral ?
Pourquoi cardinal ?
‘ Quel genre ? Pourquoi ? Quel nombre ?
Pourquoi ?
‘ Quelle espèce de mot est grand ? Pourquoi ?
‘ Quelle sorte d’adjectif ? Pourquoi ?
‘6 Quel genre ? Quel nombre ? Pourquoi ?
‘ Quelle espèce de mot est livre ? Pourquoi ?
‘6 Quelle sorte de nom? Quel genre? Quel nombre ? Pourquoi ?
Autre exemple : “ Les beaux chevaux.”
Faites les mêmes questions, et ajoutez-y cellesci: “ Pourquoi beaux avec x au pluriel ?
‘ Pourquoi chevaux en aux, au pluriel ? ”
La méthode est tout particulièrement nécessaire dans l'analyse : si vous n’y suivez pas un ordre simple, rationnel, et constamment le même, vous serez sujet à omettre beaucoup de choses essentielles et à vous embrouiller tout-àfait. Il est presque impossible qu'une analyse soit complète sans une bonne méthode.
Voici celle que nous conseillons de suivre.
19 Pourle Nom;—‘Nom propre (ou commun), genre...nombre...sujet (ou régime, ou: attribut).”
2° Pour l'Article :— Article simple (ou composé)...genre...nombre (à cause de tel nom qu'il détermine). S'il est composé, analysez séparément la préposition et l’article. Ajoutez g’il donne au nom /e sens partitif,
8° Pour l’Adjectif : — Adjectif qualificatif (ou déterminatif, et quelle sorte)...genre...nombre (à cause de tel nom, ou pronom, qu'il qualifie ou qu’il détermine)” S'il est employé substantivement, analysez-le comme un nom...‘ Degré de signification, et quelle sorte ? ”’
4° Pourle Pronom :— Pronom personnel (ou autre)..personne...genre...nombre (à cause de son antécédent, que vous nommez, ou à cause de tel nom qu'il remplace).…sujet (ou régime, ou attribut).”
5° Pour le Verbe :—* Verbe actif (parce qu'il a un régime direct, que vous nommez), ou passif, etc...conjugaison...régularité (ou irrégularité)...mode...temps...personne...nombre(à cause de son sujet, que vous nommez).” $i le verbe est à l’infinitif, mentionnez son rôle dans la phrase, c’est-à-dire, s’il est sujet, régime ou attribut.
60 Pourle Participe :—“ Participe présent (ou passé, ou futur)” S'il est présent, dites quel mot il détermine. S'il est passé et sans auxiliaire: “ Participe adjectif...genre...nombre (à cause de tel mot, auquel il se rapporte)” Accompagné de l’auxiliaire étre: ‘“ Le participe passé (nommez-le), étant accompagné de l’auxiliaire être, est à tel genre et tel nombre, pour s’accorder avec tel mot, sujet du verbe.” Si c’est l’auxiliaire avoir: ‘Le participe passé (nommez-le), étant accompagné de l’auxiliaire avoir (ou élre mis pour avoir, dans les verbes pronominaux), reste invariable (parce qu’il n’a pas de régime direct, ou bien, parce qu'il est suivi de son régime direct, que vous nommez), Ou, tel genre, tel nombre, (parce qu'il s’accorde avec tel mot, son régime direct, dont il est précédé.) |
79 Pour l’Adverbe :—‘ Adverbe de temps (ou de lieu, ou de manière, ou de quantité, ou d'ordre, etc.), qui modifie tel mot (verbe, adjectif
ou autre adverbe).” Ajoutez, si c’est nécessaire, le degré de signification.
8° Pourla Préposition :—" Préposition qui sert à faire rapporter tel mot qui suif à tel mot qui précède.” Quant à exprimer le genre de rapport, c'est trop difficile pour la plupart des enfants. Si la préposition indique que le nom est pris dans le sens partitif, ou si elle est euphonique, mentionnez-le,
- 9° Pour la Conjonction :—‘ Conjonction qui lie tel mot (ou tel membre de phrase) suivant, à tel mot (ou à tel membre de phrase) précédent." 10° Pour l’Interjection :—** Interjection.” Si les enfants en sont capables, faites leur dire quelle espèce : ‘ de surprise, de joie, etc.”
Par rapport aux gallicismes, c'est-à-dire aux expressions ou aux constructions particulières à la langue française, mais contraires aux règles de la grammaire, quoique autorisées par l'usage, il est mieux en général de les détruire. Par exemple : ‘ Nous allons partir ;”’ tournez : “ Nous partirons bientôt ”.. Il nous est nécessaire de réfléchir,”” ou “ Il nous faut réfléchir” ; tournez : «6 Réfléchir nous est nécessaire ; ”” etc.
Remarquons encore que de s'emploie pour ce qui est constant, et d pour ce qui est variable. Ainsi, pour un verbe, on dit qu'il est de telle conjugaison, et à tel temps ; pour un nom, qu’il est de tel genre et à tel nombre.
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qui lie int, à lent.” ” Si
dire
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gles sage,
Par Nous Le rénez :
pour
Nous croyons être utile en ajoutant quelques modèles d'analyse grammaticale.
ler Modèle.— L'enfant qui aura bien étudié, en sera récompensé.