V1 PES
F1G. 21. — De même un triangle situé dans le plan visuel principal a pour image une droite verticale. ee
convergent. L'examen de la figure 22 montre tout de suite que les deux tableaux rétiniens td et tg ne sont pas dans le prolongement l’un de l’autre, dans le même plan. Néanmoins, les images rétiniennes ad et ag du point spécialement regardé A se produisent toutes deux aux points correspondants de chacune des deux rétines et coïncident avec les points Pd et Pg. Il en résulte que les deux sensations visuelles correspondront et seront, pour ainsi dire, superposées. Mais le point À regardé par les deux yeux est le seul dans ce cas. Tout autre point, tel que B, aura deux images rétiniennes qui ne correspondront plus en aucune façon, pouvant même, comme pour le point C, être à l’opposé l’une de l’autre. IL résulte de ces faits que le cerveau reçoit constamment de chaque point autre que celui regardé deux sensations visuelles différentes de chacun des deux yeux.
Il est à remarquer que ces deux sensations sembleront venir de deux points différents maïs situés au même niveau, jamais à des niveaux différents, à moins de position tout à fait anormale de la tête. Les deux sensations seront donc repérées par le cerveau comme situées à la même hauteur en dessous ou au-dessus de l’horizon, qui reste un plan de comparaison parfait, à la différence de tous autres plans principaux. C’est une des raisons de la si grande importance du plan d'horizon.
Voici les conséquences de ces faits : Lorsque les yeux du jeune enfant s’ou-
Fic. 22. — Dans la vision binoculaire, le point regardé A a deux images a, et «a identiquement placées sur le tableau rétinien. Il n’en est pas de même pour d’autres points tels que B ou C, dont les images sont bb’, ce’.
Es
vrent, il reçoit des sensations de luminosité d'abord, de ne ensuite, “et enfin de couleurs. Mais il n’a aucune notion de l’éloignement, sa maladresse à saisir ARE objet mis à sa portée en est la preuve. Plus tard, en se déplaçant, l'enfant acquiert la notion de l’espace et constate des coïncidences entre les éloignements et les diffé- RS rences des sensations visuelles produites dans les deux yeux. Petit à petit, laccou-. tumance se fait et le résultat final est une vision spéciale et qui paraît immédiate À 24 du relief, c’est-à-dire des différences d'éloignement des divers points. 220
Plusieurs expériences très.simples montrent nettement ce qu'est cette vision du Re relief. J’en veux citer quelques-unes. ER
Si l’on fait suspendre par une autre personne à deux fils deux objets nette ment différents tels que deux billes de grosseur inégale et que l’on dispose les Ë choses de manière que les points de fixation des fils soient cachés et l’éclairage diffus et uniforme, il sera absolument impossible de distinguer, en restant immobile et avec un seul œil ouvert, lequel des deux objets est le plus rapproché ou le plus éloigné, Au contraire cette distinction sera faite immédiatement par le double regard.
Autre expérience : un seul objet étant suspendu dans les mêmes conditions, il faudra généralement s’y reprendre à plusieurs fois pour le frapper latéralement par une baguette tenue verticalement si on ne le regarde qu'avec un œil. Au contraire, si on se sert des deux yeux, l’appréciation de l’éloignement sera immédiate et on réussira du premier coup. ; |
Si on regarde un arbre dépouillé de ses feuilles ou tout autre ensemble aux éléments enchevêtrés, il y aura ou non vision de relief, d’« air » comme on dit, suivant qu’on l’examinera avec les deux yeux ou non. > 2e
Enfin, les photographies stéréoscopiques, ou bien les figures géométriques dites anaglyphes (1), qui sont faites avec deux points de vue, écartés comme la moyenne des yeux, montrent très nettement la différence UE les visions monoculaire et binoculaire (fig. 23). F4
Les principales conséquences de la vision binoculaire sont les anomalies suivantes :
Un œil unique ne verra jamais que deux des faces verticales d’un objet prismatique. Ce sera le cas d’un barreau de grille carré, d’une boîte d’allumettes, etc. Au contraire, il peut arriver que par la vision binoculaire on voie trois des faces : & celle qui est tournée vers l’observateur est vue par les deux yeux, celle de droite :4
(1) Les anaglyphes sont des figures imprimées en deux couleurs complémentaires, généralement k vert et rouge. L’épure de l’une, la verte par exemple, est faite d’un point de vue correspondant à Là l'œil droit, l’autre, la rouge, d’un point de vue correspondant à l’œil gauche. Il faudra, pour avoir la È vision du relief, regarder l’ensemble avec un ‘binocle bicolore, rouge pour l’œil droit et vert pour le 0 gauche. Chacun des deux yeux ne percevra que l’image qui lui correspond et la vision du relief se pro- 4 duira comme au stéréoscope. 2
154 par l'œil droit et celle de gauche par l'œil gauche (fig. 24). Cela n'est vrai que si <a Ja largeur du prisme est plus petite que la distance qui sépare les deux yeux.
F1c. 23. — Reproduction d’une photographie stéréoscopique. Pour examiner cette photographie, prendre un carton noir mesurant 5 em. X 10 cm. le placer entre les deux parties de la photographie d’une part et le long du nez d’autre part. Après un moment d’accommodation, on verra le relief.
Autre fait remarquable : un corps vertical et étroit, tel encore qu’un barreau de grille, ne masquera complètement aucune des parties des objets situés à une certaine distance en arrière. En effet (fig. 25), l’œil gauche verra tout l’espace devant
Fr ils
TATNE
F1G. 24, — Un objet plus étroit que l’écartement des yeux peut avoir des faces différentes vues par chacun des deux yeux.
à ire da aidés
FiG. 25. — Un objet ne masque pas la même zone plus lointaine pour les deux yeux, et les points À par exemple, bien que situés juste derrière l’objet masquant, peuvent être vus des deux yeux!
lui sauf la région marquée GG; l’œil droit verra tout l’espace, sauf la région marquée DD. Il en résulte qu’un point A suffisamment éloigné et bien qué placé exac-
tement derrière le barreau de grille sera vu des deux yeux comme si ce barreau n'existait pas; un point B ou C sera vu d’un seul œil, et enfin un point K placé dans .
le triangle EFH sera masqué pour les deux yeux. En fait, lorsque le regard se fixe
sur un objet situé au delà d’un obstacle de ce genre, l’objet est vu en entier et l’obstacle apparaît comme dédoublé et transparent. L’expérience est bien facile à faire
avec un crayon tenu vertical et en face du nez.
Une autre expérience un peu plus compliquée produira un aspect incompré- ; hensible tout d’abord : Si on prend deux petites feuilles de papier blanc, semblables
et d'environ O0 m. 04 de large, que l’on tienne chacune d’elles d’une main et qu'on
les rapproche peu à peu devant les yeux, en fixant du regard un objet placé sensi-.
blement plus loin et bien en face, les deux feuilles de papier seront d’abord vues bien séparées mais comme transparentes. Puis, lorsqu'elles seront suffisamment rapprochées, l’apparence sera de trois feuilles dont celle du milieu, opaque, masquera
le point fixé par le regard, bien que, en réalité, ce point se trouve juste en face de | l'intervalle entre les deux feuilles de papier. En effet (fig. 26), l’œil gauche aura la sensation d’une feuille de papier en bg, au point P, et d’une seconde en cg, à gauche
de la première. Pour l’œil droit, ce sera l’inverse, une des feuilles aura son image rétinienne en cd, au point P, et l’autre en bd, à droite. Or les deux images placées 3 aux points P seront semblables si les feuilles de papier le sont, et ne produiront
Fi. 26. — Deux feuilles de papier B et C varieront considérablement d’aspect suivant que le regard des deux yeux sera fixé sur un point A situé en arrière dans le plan, ou en avant de BC. N
qu'une sensation unique et complète, tandis que les images rétiniennes cor étrbd
seront localisées par le cerveau à droite et à gauche et produiront des demi-sensa-
:: tions, si je puis ainsi m’exprimer. Il résultera dans l’ensemble l’aspéct de trois feuilles de papier dont l’une masquera complètement les objets et les deux autres les laisseront apercevoir. |
| Il va sans dire que ces aspects anormaux ne peuvent être reproduits exactement dans un tableau : il serait incompréhensible de figurer un prisme avec trois & faces vues ou de dédoubler les objets de premier plan et de laisser apercevoir à travers eux les arrière-plans, ou encore de tripler des objets simplement doubles.
pe . * Mais ces anomalies contribuent à la vision du relief, par suite de l’éducation =. progressive de l’œil, et leur non-représentation empêche de produire l'illusion com- : plète de ce relief. L'artiste devra donc chercher à suppléer à cette faiblesse de ses
moyens d'exécution et, pour cela, il devra exagérer les contrastes de couleurs et d’éclairement. Je reviendrai plus loin sur ce dernier point, que je ne fais qu'indiquer ici.
Représentation de la vie et du mouvement Nous avons toujours supposé jusqu'ici le modèle inerte et immobile. Souvent, au contraire, le dessinateur aura à représenter une figure ou un objet animé d’un mouvement plus ou moins vif, et le peintre doit parvenir ces mouvements.
à donner l’impression de
Pour les figures, c’est le talent de l’artiste de choisir les attitudes qui font le mieux comprendre le mouvement et la vie, comme aussi les sentiments des sujets qu'ils représentent.
FiG. 27. — Deux vues du « Gladiateur » prises avec distances principales de 0,05 et 0,30.
Mais cela, c’est l'Art proprement dit, et l’Art ne s’enseigne pas «ex cathedra » dans un cours. Ce n’est qu’à l’atelier, sous la direction d’un maître aimé que lon peut acquérir ou perfectionner ce talent.
Cependant, pour pouvoir en faire ensuite usage pour le but cherché, il est absolument nécessaire que l'artiste connaisse les procédés, les conditions de la pro-
Ca 4
duction par des moyens artificiels d’une de ces images rétiniennes semblables à
celles produites par la nature.-Cette connaissance évitera à l’artiste de créer involonfairement des images contraires aux lois de la vision humaine et par cela même, choquantes. Et d’ailleurs, il faudra encore apprendre à faire un choix entre ces procédés et à se placer dans les conditions voulues pour que l’image, bien qu’exacte mathématiquement, ne soit pas choquante, ou même monstrueuse. En voici en passant un exemple : la figure 27 est la reproduction d’une photographie, ce qui revient à dire d’un dessin créé par des moyens purement mécaniques et automatiques. Cela ne peut donc être inexact, et en effet cela est parfaitement exact. Mais le choix du point de vue est mauvais pour la figure de gauche parce que beaucoup trop rapproché. Il en résulte que dès que le spectateur bouge et que l’œil n’est plus exactement au point de vue, les déformations monstrueuses apparaissent. Faites l’expérience en regardant cette photographie d’un seul œil et à travers un petit trou percé dans un carton et placé bien au milieu de la photographie et à une distance de 50 millimètres. Alors l’image prendra un fort relief et l’énormité apparente de la
jambe disparaîtra.
C’est là le but d’un cours de perspective et c’est cette étude qui va faire l’objet des chapitres suivants. Avant de l’aborder, je veux dire quelques mots de la représentation du mouvement proprement dit.
S'il s’agit de représenter un sujet animé en mouvement : un homme ou un animal en marche par exemple, il faudra avoir le plus grand soin de ne pas s’en
F16. 28. — Carrousel de chasseurs d'Afrique.
“apporter aux documents que nous fournit la photographie instantanée. L'objectif … est bête; il enregistre au hasard une attitude quelconque du sujet en mouvement. L'artiste, au contraire, est intelligent et doit choisir l’attitude qui est le plus facile-.
ment saisie par l’œil, soit qu’elle dure plus longtemps, soit que par sa répétition,
elle s'impose au spectateur. La figure 28 montre deux photographies instantanées d’un
carrousel militaire prises, l’une à un moment favorable, l’autre à un moment défavorable. Le cheval en avant a une pose peu agréable, tandis que celle du suivant
satisfait l'œil.
Tout cela ne veut pas dire que je nie l’intérêt des photographies instantanées ni des suites de photografhies prises à des moments très rapprochés comme commença à le faire l'illustre savant Marey et qui devinrent le cinématographe.
Il est bien évident que l'intérêt scientifique de ces travaux est considérable. Et même pour nous, la photographie instantanée précise les détails de certaines attitudes, et la bande cinématographique nous permet de parfois mieux nous rendre compte de la durée relative des diverses attitudes d’un même mouvement.
montre les diverses attitudes d’un homme courant. Il est facile de voir que, puisque chaque photographie est prise à intervalle régulier, l’aititude n° 1 est extrêmement fugace et ne peut être saisie par l’œil, tandis que l'attitude des n* 3 à 5 dure longtemps
vraisemblable pour l’œil, tandis que la première ne ferait que l’étonner par son invraisemblance. |
S'il s’agit d'objets animés ou inanimés en mouvement, il
de rotation d’un objet. Dans le premier cas, chaque point de l’objet reste dans une situation constante par rapport à l'ensemble de cet objet : celui qui est le plus haut reste le plus haut, le plus ee central reste le plus central, etc. Il en résulte que l’image de l’objet de es reste continuellement à peu près semblable à elle-même mais se
ple du film repré- déplace uniformément.
sentant un coureur.
Comme d'autre part, pour que la sensation visuelle se produise, il est néces-
saire que le coup d’œil dure un instant, il se trouvera que la sensation visuelle
enregistrera pour les transmettre au cerveau toute une série d’images seulement
déplacées. La sensation de chaque point réel sera transmise ainsi au cerveau sous
Cela nous aide à faire notre choix. Par exemple, la figure 29 nous
et laissera un souvenir. Sa reproduction donnera donc un aspect
faudra distinguer entre le mouvement uniforme et le mouvement
Phare
la forme de l’image d’une petite ligne parallèle au sens du mouvement de l’ensemble. L'aspect du modèle se trouvera ainsi modifié et présentera du flou d’une manière uniforme et dans un seul sens. C’est ce que nous montre la figure 30, où l’objet photographié en mouvement se trouve moins net que ceux immobiles. Et cela nous
donne l’impression du mouvement, Au contraire, si la photographie était absolument
F1G. 30. — Photographie d’une locomotive en mouvement : celle-ci est floue, le reste est net.
instantanée, l’impression de mouvement serait nulle. La figure 31 vous fera bien voir cette différence. La photographie instantanée paraît figée dans une immobilité invraisemblable, tandis que celle qui est posée un instant donne une impression de mouvement bien plus réelle. Cette différence s’accentuerait d’une façon surprenante s’il s'agissait de vues stéréoscopiques.
= Dans le cas de mouvements non uniformes, les principes expliqués plus haut “restent vrais mais leur application sera un peu plus complexe. La diminution de
Fig. 31, — Les rapides du Loup.
Photo instantanée : sensation d’immobilité. Photo rapide mais non instantanée : L'eau est comme figée. sensation de mouvement.
netteté ne sera plus uniforme, mais d'autant plus forte que le mouvement sera plus rapide. Par exemple, la figure 32 montre nettement que le pied est beaucoup moins net que la hanche parce que le mouvement en est beaucoup plus rapide. RES 5
De même les rayons d’une roue de voiture en mouvement devront être figurés 53 moins nets à leur partie supérieure qu’au centre et qu’à la partie qui touche le sol. 4 e | F16. 32, — Photographie d’un coureur : les pieds qui | se déplacent plus vite sont moins nets que les genoux - + 220 ou que le torse qui se déplacent moins vite. 1 Je pourrais multiplier les exemples, mais ceux-ci suffisent pour vous mon- . trer la façon dont vous devez orienter vos observations pour bien voir les objets en mouvement.
Aperçu de l’histoire de la perspective A
Avant d'en terminer avec les généralités et d'aborder l’étude des tracés proprement dits, je veux résumer en quelques mots l’histoire de la perspective. RE
Dès les âges les plus reculés, l'homme s’est essayé à reproduire par des dessins ou des gravures l’aspect des objets qui frappaient son regard.
C’est ainsi que dans des grottes de la vallée de la Dordogne, habitées par ons ancêtres au temps de la préhistoire, on a trouvé des figurations d'animaux gravées et.5520 ayant même une valeur artistique incontestable dans leur naïveté. Aucune trace de représentation du relief ne peut être relevée dans ces gravures où on doit remarquer que les animaux sont toujours pps de profil. | RACE
HR Vie
Il en est de même dans les bas-reliefs ou peintures des anciennes civilisations: asiatiques telles que chaldéenne ou assyrienne ou bien égyptienne. Mais en étudiant attentivement les scènes de chasse, de guerre, etc., représentées sur ces monuments,
F1G. 33. — Photo d’une stèle assyrienne, au Louvre.
on voit que les personnages sont de taille différente, non pas suivant leur situation dans l’espace, mais suivant leur situation dans la hiérarchie sociale : le roi est très grand, les guerriers moyens et les esclaves petits. Cependant, la recherche de la représentation de l’éloignement est patente : en effet, les personnages sont disposés en rangs superposés et les rangs supérieurs sont les plus éloignés dans la réalité
(fig. 33).
Et cela n’est pas au fond aussi naïf qu'il nous paraît, car, dans les cas les
PART De
plus fréquents, il est exact que les personnages éloignés. paraissent placés plus haut en ce sens que leurs têtes apparaissent au-dessus des têtes de ceux placés plus près. =
Puis, la civilisation est passée en Grèce et à l’époque attique et dorienne s # L
F1G. 34. — Photo d’une aquarelle de mon père (Pompéi). Fer 3
aucun monument ne nous laisse deviner de tentatives de perspective ni dans les bas- et reliefs des temples ni dans les peintures ou reliefs des vases. Il semble improbable cependant que les admirables artistes de cette époque aient été tout à fait ignorants de la représentation de l’éloignement. | À vit
Cela est d'autant plus vrai que la belle mosaïque de la bataille d’Arbelles, puis | les peintures de Pompeï montrent quelques siècles plus tard une science perspective remarquable (fig. 34).
Dans les pays d’occident, au moyen âge, les tapisseries et les miniatures des. manuscrits essayent de perfectionner la représentation primitive de l'éloignement
par la superposition (fig. 35); la Renaissance seulement, reprenant nettement la tradition antique, arrive à pratiquer la perspective qui était complètement connue au xvi siècle. À cette époque on en fit même abus par des « trompe-l’œil » antiartistiques au premier chef (fig. 36).
F1G.. 35. — Tapisserie de Bayeux.
FiG, 36, — Piranesi, — Projet d'escalier en perspective,