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CHAPITRE PREMIER

LES FAITS AFFECTIFS ÉLÉMENTAIRES ART. I. — Sensations et sentinient««.

Les phénomènes affectifs se rangent naturellement en deux grandes catégories : les sensations et les sentiments. Ainsi on dit : la sensation du froid et le sentiment du beau, une sensation de bienêtre ou de malaise et un sentiment de joie ou de chagrin.

§ ^- — I^a sensation. — Analyse de la sensation.

La sensation peut se définir: un rtat affectif correspondant à un événement de notre vie physique et provoqué par quelque modification physiologique. Ainsi le froid, le chaud, la lumière, une piqûre, une brûlure provoquent en nous des sensations, précisément parce que ces causes n'affectent notre sensibilité qu'après avoir modifié l'état de nos organes (1).

1. Quant aux divers phénomènes que suppose la sensation affective, dont nous parlons maintenant, ce sont les mêmes que ceux qui conditionnentla sensation représentative (Voir pp. 82 et suiv.). — Soit, par exemple, une sensation de brûlure.

a) Elle suppose d'abord le contact d'un comburant avec quelque partie de notre corps. Ce contact produit une altération des tissus, une jilaie : phénomène en soi tout physique, qui se produirait également sur un corps inanimé; c'est Vimpression.

h) Mais il s'agit ici d'un organe vivant : aussi cette impression d(iterm.ne-t-elle un ébranlement nerveux : phénomène physioloyiquc, car, d'une part, il suppose la vie, et, de l'autre, il se réduit à un simple mouvement vibratoire ou ondulatoire de la ma-

ul^''S:r!^^^^l?^.y''r'''''''"^'' scnsmionqu-un lait simple, purement spiriluel .Hiis Ic.iuel 1 organe i. a aucune partiripnti.m directe. Pour nous, qui nrofesons l union substantielle ,1e lï.meet du corps, nous v voyons un phéno m -ne mÏÏ! a lafo.s ph.vs.olog.„ue et psycholo^icue. ■■ Sent ire non .'st ..ro;>r ,o«aJ^^ «r ne««; corpons ,ed conjuncii ., disait Arisloic;et saint Thomas ajoute : . PolenUaelZ

COUUS DE l'IlII.OSOI'niE. — T. I. ' 17

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tière nerveuse; c'est Yinneroation. On peut y distinguer trois phases :

a) La phase organique, en tant qu'elle a lieu dans l'organe où s'épanouissent les filets nerveux;

ji) La phase neroease, en tant qu'elle se communique au cordon nerveux qui réunit cet épanouissement au centre;

y) La phase cérébrale ou profonde, en tant qu'elle parvient au cerveau lui-même.

c) Cet ébranlement nerveux, parvenu au cerveau, détermine dans le sujet une modification sui generis, en vertu de laquelle celui-ci prend conscience du malaise organique : phénomène que nous qualifions de psychologique, comme perceptible à la seule conscience et qui, dans le cas présent, consomme la sensation de brûlure (1).

L'analyse serait la même s'il s'agissait d'une sensation visuelle, olfactive, etc. ; toujours on constate ce double antécédent : une impression sur l'organe et un ébranlement nerveux qui la transmet au cerveau. Cette communication de l'organe avec le cerveau paraît indispensable pour qu'il y ait sensation, du moins dans les organismes supérieurs, bien qu'en certains cas l'excitation cérébrale puisse suffire à elle seule à provoquer la sensation en l'absence de l'organe périphérique.

2. En se plaçant au point da vue psychologique, on peut distinguer dans la sensation comme deux élémsnts : un élément affectif qui fait qu'elle est éprouvée sensiblement, et un élément représentatif, qui indique plus ou moins vaguement l'existence

' et les propriétés de l'objet qui la provoque, ainsi que la région du corps qui a été impressionnée.

Sans doute, cet élément représentatif ne constitue pas encore une véritable connaissance, mais il en sera le point de départ; il est, dansle processus du phénomène intellectuel, le point précis où la perception externe vient se greffer sur la sensation.

Ces deux éléments sont fort inégalement répartis entre les diverses sensations. Tandis que le caractère affectif domine de beaucoup dans les sensations du goût, de l'odorat et dans toutes celles qui sont attachées aux fonctions de la vie organique, l'élément représentatif l'emporte dans les sensations de 1 ouïe, de la vue et du toucher, au point de devenir parfois exclusif.

3. Les sensations sont dites externes ou internes, selon que l'excitation qui les détermine provient d'un agent extérieur, ou de l'organisme lui-même.

(1)0nle voit, la sensation, étant consciente, est essentiellement pnjcholo'jiquc ; il ne faut donc jamais dire : « les sentiments sont psychologiques, tandis que les sensations sont physiolOo'iques •. Cette formule simplittée ne serait qu'une formule erronée.

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Les sensations externes résultent de l'exercice des cinq sens.

Aux sensations inlenies, appelées aussi vitales ou organiques, se rapportent les sensations musculaires de fatigue et d'effort, les sensations de faim, de soif, de fièvre, etc., qui nous renseignent sur le bon ou sur le mauvais état intérieur de nos organes.

En général, on peut dire que cette forme de la sensibilité est plus prodigue de souffrances que de plaisirs, sans doute dans un but providentiel. Les fonctions organiques s'accomplissent-elles normalement, à peine éprouvons-nous un vague bien-être; mais quelque trouble survient-il, ce sont des douleurs parfois intolérables, témoin les maux d'entrailles, les coliques hépatiques, néphrétiques, etc.

>? 2. — Le sentiment. — Distinction du sentiment et de la sensation.

Le sentiment est un état affectif appartenant à tiotre vie intellectuelle et morale et provoqué normalement par quelque phénomène psychologique, le plus ordinairement par une idée ou un autre phénomène mental. Ainsi, la peine de se quitter, la joie de se revoir; la gratitude pour un bienfait reçu, le regret d'avoir échoué dans une entreprise, sont autant de sentiments.

Quant aux caractères distinctifs du sentiment et de la sensation :

1. Nous l'avons déjà dit, la sensation résulte immédiatement de quelque impression organique qui modifie en quelque façon la vie physiologique, tandis que le sentiment a pour antécédent immédiat quelque phénomène psychologique comme une pensée un souvenir, une préoccupation, etc. '

2. La sensation peut, par une transition insensible, d'agréable devenir douloureuse; ainsi, une lumière modérée réjouit la vue mais elle éblouit et fait souffrir, dès qu'elle devient trop vive' Au contraire, le sentiment ne change pas de caractère en variant d'intensité. La raison en est que l'organe exige une certaine médiocrité, tandis que l'activité de l'ame n'est pas resserrée entre «'ertaines limites.

3. Notons aussi que la volonté a plus d'empire sur les sentiments que sur les sensations. Elle peut favoriser ou gêner les premiers, leur donner un autre cours, sans toutefois s'en rendre complètement maîtresse ; tandis qu'elle ne peut à peu près rien sur la sensation, sinon en distraire l'esprit, quand elle n'est pas trop violente — à moins qu'elle ne parvienne à en supprimer la <ause.

i. Autre différence : la sensation est localisable, c'est-à-dire que nous la rapportons à cette région déterminée du corps qui a subi l'impression extérieure ; tandis que le sentiment, n'étant

directement lié à aucune modification organique, n'est pas susceptible de localisation. On dit ; j'ai mal à la tête, ou au pied ; mais on ne dit pas : je ressens du chagrin au côté droit, ou de la joie au côté gauche (1).

5. Enfin, la sensation peut être purement affective. On peut éprouver un bien-être ou un malaise sans en soupçonner aucunement la cause, tandis que le sentiment, étant normalement provoqué par quelque antécédent mental, ne se conçoit guère sans une certaine connaissance du motif qui l'amène. On n'est pas ordinairement triste ou joyeux sans savoir plus ou moins pourquoi. Bien plus, on peut dire que tout sentiment suppose à son origine certaines idées et associations plus ou moins confuses et devenues inconscientes par l'habitude, lesquelles forment un ensemble, trop complexe sans doute pour être analysé, mais qui n'en continue pas moins à nous impressionner sans que nous nous en rendions compte (Cf. ci-dessus, p. 62).

Le sentiment lui-même contient donc un élément intellectuel qui peut avoir sa compétence dans l'appréciation de certaines vérités. Voilà pourquoi la piété filiale par exemple, ou le patriotisme peuvent être impuissants à s'analyser eux-mêmes, tout en ayant conscience d'avoir leur raison d'être et d'avoir raison. C'est sans doute en ce sens que Pascal a dit : « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. »

§ 3. — Union des sensations et des sentiments.

1. Après avoir distingué ces deux états affectifs, reste à monrtrer qu'ils s'accompagnent toujours plus ou moins dans l'être raisonnable ; que jamais le sentiment n'est tout à fait absent de la sensation, quelque grossière qu'elle soit, ni la sensation absolument étrangère au sentiment, si raffiné qu'il paraisse.

C'est là une conséquence de l'union intime de l'âme et du corps, des rapports qui existent entre la vie physiologique et la vie psychologique, et Ton peut dire que, si la sensation affecte l'âme par le corps, à son tour, le sentiment affecte le corps par l'âme.

a) Ainsi toute sensation agréable provoque naturellement un sentiment de joie; et toute sensation douloureuse, un sentiment pénible d'impatience ou d'ennui si elle est légère, de tristesse et d'abattement si elle est grave ou prolongée.

(1) Et cependant, dira-t-on, ne voit-on pas celui qui reçoit une nouveUe funeste porter vivement la main à la poitrine en déclarant qu'il a été frappé au cœur ; or il s'agit bien ici d'un sentiment?

— Sans doute : mais il faut tenir compte de l'influence du moral sur le physique et des réactions de l'organisme sur les émotions de l'àme. Ce qui est localisé ici ce - n'est pas le sentiment lui-même, mais le trouble qu'il a provoqué dans la circulation, c'est-à-dire, en somme, la sensation douloureuse éprouvée au cœur, organe de la circulation, au reçu de cette làclieuse nouvelle.

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