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FAITS AFFECTIFS PURS

b) Inversement, la honte et la colère, qui sont des sentiments, déterminent en nous des sensations plus ou moins pénibles de chaleur, d'oppression, de palpitations, etc.

2. Néanmoins, si ces deux états sont toujours associés, il ne s'ensuit pas que leur intensité soit toujours proportionnelle.

a) A une sensation légère peut correspondre un sentiment très vif, et inversement. Un léger soufflet reçu en public provoquera un violent mouvement de colère ou de honte; tandis qu'un coup, en soi plus douloureux, peut ne donner lieu qu'à un simple accès d'impatience, si Ton s'aperçoit qu'il est le résultat d'un accident involontaire.

/>) Il arrive aussi qu'un sentiment agréable s'allie à une sensation pénible, et inversement, si l'on escompte à l'avance les conséquences heureuses ou fâcheuses qui peuvent en résulter.

3. Bien plus, il est des sentiments tellement intenses qu'ils refoulent et suppriment absolument des sensations en ellesmêmes très douloureuses. Voici un homme malade de la goutte et en proie aux plus cruelles souffrances; qu'on lui annonce la mort de son père ou la perte de sa fortune, à l'instant la souffrance physique disparaîtra momentanément devant la douleur morale.

De même, les charmes de l'étude, le plaisir de la découverte, rendent l'anatomiste et le médecin insensibles à l'odeur cadavéreuse des corps qu'ils dissèquent, ou à l'infection des plaies qu'ils soignent, et on a vu des soldats, dans la chaleur d'une action, recevoir les blessures les plus graves sans même s'en apercevoir. C'est que les nerfs périphériques ont beau être violemment impressionnés, si les centres nerveux sont absorbés par d'autres impressions encore plus vives, la première excitation ne saurait leur parvenir, et par suite la sensation n'a pas lieu; sauf à apparaître dans toute son acuité dès que, le calme étant revenu, la communication sera rétablie entre l'organe et le cerveau.

ART. II. — Y a-t-il des états affectifs purs?

?5 !• — Sens de la question et réponse générale.

1. L'état affectif consistant à éprouver une sensation ou un sentiment, on ne saurait, sans le détruire, en exclure ce qu'il y a d'actuellement cognitif dans la conscience même. Tout fait affectif, par cela même qu'il est conscient, implique donc nécessairement une certaine connaissance du phénomène subjectif lui-même et une certaine connaissance du moi. Mais, outre cette connaissance inhérente à tout fait de conscience, trouve-t-on des étals affectifs

qui ne soient appréhensifs d'aucun objet ? Tel est le sens de la question.

2, C'est à l'analyse psychologique de répondre. Or il semble que l'expérience personnelle de chacun, sans se perdre dans l'examen des faits pathologiques plus ou moins rares et extraordinaires, permet de donner une réponse affirmative.

§ 2. — Sensations et sentiments purs.

1. 11 y a certainement des sensations qui ne procèdent pas de perceptions préalables et qui ne sont elles-mêmes perceptives d'aucun objet. Qui se brûle à la flamme d'une bougie perçoit celte flamme par le sens externe du toucher, il n'éprouve donc pas une sensation pure. Mais la sensation musculaire cénesthésique ou de sensibilité générale, par laquelle nous nous sentons vivre et durer ; l'état général de bien-être, de possession pleine de ses forces et de ses facultés qui accompagnent la bonne santé et la digestion régulière, ou, au contraire, le malaise général provenant d'un mauvais estomac ; la lassitude profonde qui suit un travail démesuré ou qui accompagne un surmenage chronique, sont bien des états aff"ectifs où le moi joyeux ou douloureux se saisit à même, mais ces états ne sont, comme tels, appréhensifs d'aucun objet. Il y a donc, dans le sens que nous avons indiqué, des sensations purement affectives.

2. Quant aux sentiments, il est vrai qu'en général ils sont provoqués par une connaissance et ont rapport à l'objet de cette connaissance : ordinairement, nous l'avons dit, on n'est pas triste sans que l'on puisse savoir pourquoi. Ce que l'on appelle tristesse ou joie sans cause se rapporte en général à quelque événement heureux ou malheureux dont on a eu connaissance et qui nous est présent à l'état subconscient.

Il semble cependant que même en matière de sentiments, l'état affectif pur se produise quelquefois. Nous voulons parler de ces sentiments de joie ou de tristesse qui ne sont pas seulement bienêtre ou malaise physiques, qui ne sont même pas l'effet conscient de ce bien-être ou de ce malaise sourdement appréhendé, mais qui paraissent provoqués directement par des causes physiques et physiologiques : tristesse, découragement, désespoir d'origine chimique. On se lève triste parce que, hors de toute conscience, l'organisme fonctionnant mal, on est en train de s'empoisonner.

ART. 111. — Association et mémoire affectlyes.

Les divers états affectifs élémentaires dont nous venons de parler ne restent pas isolés dans la conscience ; ils font partie du courant de notre vie psychologique et, à ce titre, ils peuvent être

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