ASSOCIATION ET MÉMOIRE AFFECTIVES
conservés et rappelés par la mémoire, et combinés et évoqués spontanément par Vassocintion.
1. Les images affectives sont certainement conservées par la mémoire au moins assez pour que limpression du « déjà éprouvé » accompagne leur retour dans la conscience. C'est ainsi que nous reco7iinxissons les saveurs, odeurs, impressions générales de lassitude ou de bien-être antérieurement éprouvées. Assez rares sont les sujets qui, outre ce pouvoir de simple recotmaissance, ont la faculté à'rvoquer en l'absence de tout excitant actuel, une image gustative, olfactive ou cénesthésique. Toutefois ceux-là même qui, à l'état de veille, sont incapables de celte évocation, voire n'en conçoivent pas le sens ni la possibilité, peuvent être doués de cette faculté pendant leur sommeil et avoir des rêves où entrent des images olfactives, gustatives et cénesthésiques.
2. D'autre part, nous verrons plus loin que la loi d'association s'étend à tous les états psychologiques et que Vintérêt est un facteur universel d'évocation spontanée. Dès lors :
a) Le retour spontané, par association, des images affectives apparaît comme un phénomène qui appartient à la vie normale aussi bien qu'à la psychologie pathologique.
b) Quant à cet élément du souvenir parfait qui est la reconnaissance comme sien et eomme passé, de l'état psychologique renaissant, il sera sans doute plus vague si aucun élément intellectuel ne vient le préciser, mais on ne voit pas à quel titre cet élément intellectuel lui serait absolument indispensable.
3. Les états affectifs associés et spontanément évoqués peuvent être :
a) Ou bien des étais purement affectifs : par exemple, une sensation d'odeur évoquera un sentiment de tristesse, de crainte ou de joie ;
b) Ou bien des états dont les uns sont représentatifs et les autres affectifs : une odeur ou une sensation cénesthésique évoquera des représentations. Tel ce fait, rapporté par Ribot, d'un [lomme rêvant que sa jambe gauche est en pierre et se trouvant, deux jours après,atteint de paralysie. Il est à croire que, dans ces deux sortes de cas, des sensations sourdes se sont organisées et se sont traduites en images représentatives.
Les goûts et répugnances innés, les phobies et les sijnesthésies sont causés par des associations de ce genre :
a) La répugnance héréditaire invincible, pour le fromage par exemple, est une disposition affective profonde attendant, pour se manifester, la perception ou l'image de son objet.
P) Les phobies, craintes instinctives et irraisonnées, sont des états émotifs violents qui se sont développés autour d'une image représentative ou d'une pensée, associées accidentellement à une.
crainte maladive. Telles, la phobie de Pascal après l'accident du pont de Neuilly, la peur d'être treize à table {triakaidekaphobie).
y) Les synesthésies sont des associations d'états disparates réunis par un ton affectif commun. Les plus connues sont les synopsies, particulièrement les synopsies colorées et les synopsies figurées. Les premières produisent ce que Ton appelle l'audition colorée : un son entendu donne l'impression d'une couleur sans l'intervention d'aucune métaphore voulue, mais par simple rencontre dans un état affectif commun ; les autres évoquent une image figurée, par exemple une physionomie déterminée, à l'audition d'un nom (1).
Pour ces dernières surtout le phénomène est parfois difficile à discerner sûrement d'un souvenir lointain ou d'une association ordinaire.