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ÉTATS AFFECTIFS NEUTRES

grec rencontré ce matin-là restera l'associé d'un état affectif joyeux et plus tard révoquera par association spontanée.

2. Le plaisir et la douleur ne sont pas davantage les propriétés absolument nécessaires du phénomène affectif. La preuve en est que la conscience de l'état affectif n'a pas la même valeur et ne varie pas suivant les mêmes lois que le plaisir ou la douleur qui l'accompagne. La même sensation, en se prolongeant et en gardant la même intensité, pourra devenir pénible d'agréable qu'elle était auparavant ; il y a donc eu variation et pour ainsi dire cliangement de signe de Vélémenl plaisir-douleicr, itxndis que l'élément seyisation restait identique (1).

§ 2. — Bien plus, il y a des sensations très authentiques absolument dénuées de plaisir ou de douleur.

Certaines sensations du toucher, par exemple, sont éprouvées avant que la douleur qu'elles provoquent soit parvenue à la conscience : se retourner brusquement un ongle, dans un travail manuel rapide, occasionne une sensation très caractéristique et l'on remarque la présence de cette sensation avant d'en ressentir la douleur. — D'autres sensations, agréables ou pénibles peutêtre à l'origine, ont cessé de l'être sans cesser d'être éprouvées. Telles sont les sensations dont la fin unique est d'exciter l'attention. Il faut bien qu'elles soient conscientes puisqu'elles remplissent leur office, mais qui dira, par exemple, que le timbre de sa porte lui cause une sensation de l'ouïe agréable ou pénible? Ce timbre devrait être bien argentin ou, au contraire, bien faux, pour en avoir conservé le pouvoir. La peine ou le plaisir qu'il nous fait sont autres quand il annonce l'arrivée d'un ami ou l'intrusion d'un fâcheux. Ce sont là des sentiments (2), mais la sensation éprouvée est bien dégagée en elle-même de plaisir ou de douleur.

Que si l'on voulait absolument maintenir que, dans le premier exemple, la sensation de touchera été un plaisir ou une douleur, distincts delà douleur ressentie aussitôt après; et que, dans le second, le timbre de la porte occasionne un plaisir ou une douleur devenus très petits, on ne le ferait pas en vertu de l'observation psychologique, mais sous l'empire de la persuasion préalable de l'identité absolue de tout phénomène affectif avec les seuls événements plaisir et douleur.

(4) Un orgue de harbaric, entendu de loin, donne une sensation agréable. Il se rapproche et devient pénible. L'intensité de la sensation auditive au^menle continuellement et pendant cette variation continue de la sensation dan» un seul sens, le plaisir s'e«t évanoui et a fait place à une impression désagréable.

(4) On instituerait de semblables discussions au sujet des senliments. Pourquoi vouloir, par evemple, que l'intensité d'une colère soit identique a l'intensité du plaisir ou de la peine qui l'accompagne peut-être? Pourquoi même y aurait-il nécessairement plaisir ou peine <lan3 la colère, \a surprise, etc. 7

ART. III. — Causes du plaisir et de la douleur.

Plusieurs théories prétendent assigner les causes du plaisir et de la douleur. Examinons d'abord deux groupes opposés d'explications erronées, puis nous expliquerons la véritable théorie qui rend compte du plaisir et de la douleur par l'accord harmonieux de lactivité dépensée avec les tendances de l'être vivant.

§ 1. — Théories physiologiques.

1. Certains psychologues modernes : Bain, Spencer, Maudsley, Ribot, W. James prétendent rattacher tous les états affectifs à des conditions biologiques et les considèrent comme Vexpression directe et immédiate de la vie végétative.

Il est certain que l'organisme joue son rôle dans le plaisir et la douleur, — comme d'ailleurs dans toutes les opérations du composé humain, — mais il n'en est pas moins vrai que nombre de plaisirs et de peines sont d'ordre intellectuel et moral et sont hors de proportion avec les états organiques et sensibles qui les conditionnent.

2. Une autre théorie cherche à expliquer le plaisir et la douleur exclusivement par le fonctionnement d'un sens spécial ayant son organe corporel déterminé.

Nous avons vu, dans l'énumération des sens externes, qu'il y avait quelque raison d'affirmer l'existence de nerfs sensibles uniquement à la douleur. Quoi qu'il en soit de cette affirmation, il serait illégitime de la généraliser et de l'entendre dans un sens exclusif. En effet, de ce que tels nerfs particuliers ne transmettent que des sensations douloureuses, il ne s'ensuit nullement qu'ils soient seuls à les transmettre. L'expérience montre, au contraire, que toute notre vie consciente peut s'accompagner de plaisir et de douleur.

§ 2. — Théories intellectualistes.

i. Descartes et ses disciples conçoivent l'àme comme une substance dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser. A plus forte raison ramènent-ils toutes les opérations de l'âme à la seule pensée : les états affectifs et notamment le plaisir et la douleur ne seront donc pour eux que des modes plus confus et plus obscurs de la pensée : jouir n'est pas autre chose que connaître confusément tel événement comme utile pour nous.

— Le plaisir et la douleur sont conscients et à ce titre impliquent une certaine connaissance du moi. Là se borne la part de vérité contenue dans l'opinion cartésienne. Cette opinion est d'ailleurs fausse pour les deux raisons suivantes :

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