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Notons de plus qu'on se fatigue promptement des plaisirs

inférieurs, tandis que les jouissances supérieures de l'art, de la science et plus encore de la vertu, loin de s'émousser, ne font que croître à mesure qu'elles sont mieux connues et plus fréquemment goûtées. Descartes nous déclare dans le Discours de la Méthode, « qu'il avait éprouvé de si extrêmes contentements dans la pratique de sa méthode pour la découverte de la vérité, qu'il n'en imaginait pas de plus doux en cette vie ».

ART. IV. — Effets du plaisir et de la douleur.

1. Un premier effet du phénomène émotif, c'est d'avoir son contrecoup dans l'organisme, de se traduire au dehors par quelque réaction nerveuse plus ou moins apparente suivant son intensité. Ainsi le visage s'épanouit ou se contracte; la circulation s'accélère ou se ralentit; la respiration devient plus libre ou plus embarrassée; parvenus à un certain degré, le plaisir s'exprime par le rire et la douleur par les larmes.

2. Un autre effet du plaisir est de nous attirer spontanément vers l'objet agréable, tandis que la douleur nous porte à nous éloigner de ce qui la cause : c'est le désir et l'aversion dont nous aurons à parler plus loin. De fait, sous l'action de la jouissance, la faculté se dilate d'elle-même pour s'y complaire, pour la faire durer, pour la retenir si elle tend à disparaître, pour la défendre si elle est menacée. Inversement, la souffrance provoque comme un mouvement de retrait qui tend à la repousser. Bref, comme dit Jouffroy, « la sensation agréable est suivie d'expansion, de dilatation, d'attraction, et la sensation douloureuse est suivie de concentration, de contraction et de répulsion ».

3. Enfin, le dernier effet du fait émotif, c'est d'agir directement sur notre activité. Le plaisir la stimule, tandis que la douleur la déprime. S'il est des cas où l'effet contraire paraît se produire, c'est que le phénomène se complique de certaines circonstances étrangères qui en modifient naturellement les résultats.

APPENDICE Rôle du plaisir et de la douleur dans la vie humaine.

Tout fonctionnement régulier de quelqu'une de nos facultés produit en nous un double résultat : une jouissance et un dévelop]}emenl, proportionnés l'un et l'autre à la nature de l'acte et à l'importance de la l'onction qui s'exerce. Or de ces deux etfets, le plus important, le seul essentiel, celui que la nature a en vue en nous poussant à l'action, ce n'est pas la jouissance, c'est la conserviition, c'est le développement de l'être : là est le vrai but de toute activité: car là est la loi fondamentale de toute existence. Le plaisir lui-

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iiuMuo uVst jamais ciu'uii moyen, et la preuve, c'est que certains êti'es qui agissent et qui vi\ eut. sont néanmoins incapables de jouir ; c'est que, chez les ùtres doués de sensibiliti", l'instinct et, par suite le i)laisir, ne tendent (ju'à la conservation de l'iiulividu et de l'espèce; aussi les voit-on affronter le danger, les souiVrances, la mort même plutôt que de renoncer à ce résultat.

Le plaisir n'est donc pas un bien, une fin en soi, ni la douleur un mal, absolument parlant, c'est-à-dire une fin manqnée : en réalité ils ne sont l'un et l'autre que des moijens, tics indications, des auxiliaires : l'un comme l'autre, ils nous pressent d'agir dans le sens de nos fins naturelles. Sommes-nous dans la voie, le plaisir nous y retient; si nous nous en écartons, la douleur nous y ramène. Le [plaisir est un attrait qui nous invite à persévérer dans l'acte, ou à le renouveler tant qu'il est utile; la douleur est un frein qui nous arrête, dès qu'il devient nuisible.

— Et qu'on ne dise pas que ce sont là des ressorts peu dignes d'un être raisonnable, et d'ailleurs superllus à celui qui aune intelligence pour voirie but où il doit tendre et une volonti» libre pour choisir les moyens les plus propres à l'atteindre. Que l'on songe un instant à la multitude de connaissances qui serait nécessaire pour prévoir tant de besoins qui nous assiègent, tant de périls qui nous menacent, et l'on conviendra qu'une intelligence, fùtelle dix fois plus éclairée que la nôtre, ne saurait suffire à pareille tâche. Puis, que deviendrions-nous dans certains cas pressants, si, avant d'agir, il fallait (i'abonl nous convaincre par raison déuionstrative de ce <iui est nécessaire à la protection de notre vie?

Dieu n'a pas voulu abandonner nos intérêts les plus vitaux au caprice d'un instant, au hasard d'une distraction. Aussi a-t-il placé la sensibilité comme une sentinelle toujours aux aguets, non pas certes pour supplanter ou pour violenter nos facultés supérieures, mais pour les avertir, pour réveiller leur attention, pour stimuler leur action, en un mot, pour les seconder dans l'œuvre de notre conservation et de notre développement physique, inlellccluel et moral.

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