II. — Influence intellectuelle et morale de la philosophie
1. Indépendamment des connaissances positives qu'elle nous fait acquérir, ^ l'étude de la philosophie exerce sur ^'î«(e//î^ence une influence des plus salutaires.
Et d'abord, ce commerce habituel avec les réalités invisibles combat efficacement la tendance qui nous porte naturellement à nous absorber dans les chos^is matérielles et sensibles, à donner trop d'importance à ce qui se voit, à ce qui se touche.
Puis cette recherche des causes premières nous fait contracter l'habitude d'aller au fond des choses et d'aborder les questions par leur grand côté. Elle développe en nous toutes ces qualités supérieures qui constituent l'esprit philosophique : l'horreur du vide et du superficiel, le goût des hautes généralisations, et ce coup d'œil synthétique qui embrasse les vastes ensembles.
2. L'importance de laphilosop'iie n'est pas moins décisive dans la conduite de la vie. De fait, notre vie n'est en somme que le reflet de nos idées, et l'homme agira d'une manière fort différente, selon qu'il est pensuadé que
(i; On cite complaisamment le mot de Pascal : «■ Toute la pliilosopliie ne vaut pas une heure de peine. » — On néglige de rappeler à quelle occasion ce mot a été prononcé. Pascal insiste sur le sérieux de la vie; et, après avoir dit combien û importede savoir si l'âme est mortelle ou immortelle, et qu'il faut vivre tout différemment selon ces diverses hypottièse, il ajoute : « Notre premier devoir est donc de nous liclaircir sur un sujet d'où dépend toute notre conduite. £)i comparwtso» de ce premier intérêt, toute la philosophie ne vaut pas une heure de peine. » On voit «fue cette parole n'a qu'une valeur relaUve.
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l'àirio pt^rit avoc le corps ou qu'elle lui survit; que la morale est un préjugé ou un commaiidonient divin; que le plaisir est le bien suprêuie ou qu'il faut tout sacrifier au devoir.
On connaît le dicton : Primo vivere, deinde philosophari, et trop souveni on se dispense de penser sous prétexte de vivre. 11 serait plus juste de dire : primo philosoi>/i(ni, deinde vivere : car on ne peut vivre raisonnablement, c'est-à-dire humainement, qu'en vertu d'une philosophie explicite ou implicite. Bossuet l'a dit : Bie7i croire est le fondement de bien vivre.
3. On a reproché à la phi4osophie de tarir les sources de l'imagination, de dessécher le cœur, de rendre triste, maussade, malheureux : c'est à tort. Loin d'étouffer l'imagination, elle la développe en même temps qu'elle la règle, en lui donnant un objet digne d'elle. Rien de plus poétique que la vérité entrevue. à ces hauteurs; aussi les grands philosophes ont-ils souvent été de grands poètes, témoin Platon, Malcbranche et tant d'autres.
Non, la sagesse ne rend pas triste, pas plus que la vertu ne rend malheureux, et l'on n'a pas nécessairement le cœur sec parce qu'on a la tête saine,
" La philosophie est gaye, dit Montaigne; elle n'a pas la mine triste el transye. C'est à ceux qui cherchent si le verbe grec pâUw a deux ), au futur à se rider le Iront. Quant aux discours de la philosophie, ils ont accoutumé d'égayer et resjouir ceux qui les traitent, non les renfrogner et les contrister. • Et comment en serait-t-il autrement? La .><agesse est la santé de l'espril et du cœur; à ce titre, elle doit rendre hcui'eux et gai.
Félix qui potuil rerum, cognoscere cmisas.