‹ Cours de philosophieChapitre 13 sur 328 · III. — Influence sociale de la philosophie · texte numérisé non relu

III. — Influence sociale de la philosophie

1. Telles idées, telles mœurs; c'est vrai des individus, c'est encore plus vrai des sociétés; car les premiers peuvent être plus ou moins inconséquents avec eux-mêmes, les masses vont toujours au bout de leurs principes. Do fait le.s idées ne sont pas .seulement des ■• rellets ■•, comme on l'a dit; elles sont surtout des forces qui tendent à se réaliser et à se traduire en actes. Niez Dieu, le libre arbitre, l'autorité, la propriété, et voyez ce que devient une société! De là l'inconséquence de ces politiques qui permettent de tout enseigner et défendent de tout faire.

2. On dit : qu'importent les rêves de quelques penseurs? la foule ne s'en préoccupe guère. — Erreur! la philosophie mène le monde, quoique le monde l'ignore. Le conflit des intérêts et des passions peut nous masquer la marche des idées, celles-ci n'en poursuivent pas moins leur œuvre. Sans doufe. dans sa forme abstraite, l'idée n'est guère contagieuse ; mais elle n'en reste pas là. Par le roman et la poésie, par les discoui-sct les articles de journaux, elle descend des hautes sphères où s'élabore la science, pour se vulgariser, pour pénétrer au plus profond des masses et y porter ses fruits de vie ou de mort (I ).

En somme, les faits et les événenients les plus considérables ne sont jamais que des pensées en action. « Il faut le dire, car on ne le saura jamais assez, lout sort des doctrines : les mœurs, la littérature, les constitutions, les lois a félicité des Etats et leurs désastres, la civilisation, la barbarie et ces ci-ises

{«) Prenons pour exemple la question de l'esclavape. K roriginc, c'est une simple thèse de philosophie. On disait : « Qu'importe la niotapliysique <le quelques idéologues, on n'en continuera pas moins à aihetcr dos esclaves et à les faire travailler? • Ktcependant, la grande idi-c de ralTranchissemen* taisait lentement son chemin dans les es prils el transformait peu à peu l'opinion. Clianning la revêtit des splendeurs de sou l'kKiuence; le poète Longlellow la chanl;i dans ses vers; enfin un roman, /o Case de l'oncle Tom, lui fil taire le tour de l'Amcriciue et du monde.

l/idée était désormais mûre pour la prati(|ue et pour l'arlion. La guerre ciTiic cclata : elle dura quatre ans; mais l'idée fut plus forte que les baïonnettes, que le 1,'énie, que l'héroïsme, el en 1803 Abraham Lincoln signa à Washington le liill d'affraochisseuicnt. — Ouatrc millions d'esclaves élaieul liltres.

i i INTKODUCTION.

cftVayantcs qui emportent les peuples ou les renouvellent » (Laracnnats, .Essai sur l'Indifférence).

3. Aussi la philosophie est-elh le flambeau de riiistoire. Veut-on comprend) .• la civilisation duu peuple ou d'une époque, qu'on examine comment ce peuple et cette époque ont compris le droit, l'autorité, la liberté, etc.

C'est dans la philosophie de Socrate, de Platon et d'Aristotc qu'il faut chercher l'intelligence de l'histoire grecque aux iv et m' siècles avant J.-C, comme les théories d'Epicure expliquent la corruption et la décadence qui suivirent. Notre glorieux xiii^ siècle coïncide avec la grande époque de la philosophie scolastique. C'est le spiritualisme chrétien de DescarLes, de Bosquet, deMalebranche, de Leibniz et de tant d'autres, qui a fait le siècle de Louis XIV. Impossible de comprendre la Révolution française et les principes qui l'oni inspirée, à moins de connaître la philosophie du xvni» siècle (1). Et voilà comment on peut dire que l'histoiie du monde n'est que l'histoire de ses idé'-^.

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