Les inclinations philanthropiques [Amour de Vhumanité
^2. — Inclinations électives : Amour et amitié.
1. L'amour. — Aimer se définit en général vouloir du bien à l'objet qu'on aime. — Il faut donc distinguer deux sortes damour, suivant le but qu'ils poursuivent.
» a) Il y a un amour imparfait, égoïste, qui ne recherche que son bien propr<\ qui ne voit dans l'objet aimé qu'un moyen de se satisfaire. Celui qui aime ainsi naime en réalité que lui-même. C'est en ce sens qu'on dit : j'aime les voyages, la lecture, cet aliment. Cet amour n'est donc, en somme, que le désir de ce qui nous est utile ou agréable (l'École l'appelait amour de concupiscence), et à ce titre il rentre dans la classe des penchants personnels et égoïstes.
b) L'amour vrai, le seul digne de ce nom, celui que l'École appelle amour de bienveillance, a en vue, non plus son bien propre, mais le bien de l'objet aimé. Il consiste essentiellement à sortir de soi-même, à s'oublier, et, par une substitution de personnalité, à mettre son propre bonheur dans le bonheur d'autrui. felicitatem alienam adsciscere in suam; non seulement à s'en réjouir, mais à y travailler efficacement, à le préférer au sien propre, au point de se sacrifier pour celui qu'on aime.
11 est évident que, entendu de la sorte, l'amour ne saurait se ramener aux enchants égoïstes, mais qu'il devient le principe
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d'une nouvelle classe d'inclinations véritablement désintéressées.
Seul ici-bas, riionime est capable d'un pareil amour; car, pour s'oublier, pour se donner, il faut ne posséder, ce qui est le propre de la personne raisonnable et libre. L'animal ne peut s'oublier, il est essentiellement égoïste ; il est susceptible de sympathie, d'attachement même pour qui le llatte ou le nourrit, dans l'attente de quelque nouvelle caresse ou de quelque friandise; mais il est incapable d'amour et par suite de penchants sociaux proprement dits.
D'autre part, seule aussi la personne peut être vraiment aimée pour elle-même; car cette substitution de personnalité, que suppose le véritable amour et qui nous permet de voir en autrui un autre nous-même, exige, entre celui qui aime et celui qui est aimé, cette identitr de nature qui rend capable des mêmes biens et du même bonheur (1). Jdem veile, idem nolle, ea demum firma amicilia est (Salluste),
Lorsque l'amour revêt certaines conditions de préférence et d'intimité réciproques, il prend le nom d'amilir.
i2. L'amitié. — L'amitié est un amour de choix et de préférence entre deux ou plusieurs personnes i2). — L'amitié vraie est fondée sur la vertu, elle est active, mutuelle et réclame Vunion.
a) La vertu est la première condition de l'amitié véritable. Aimer, en effet, c'est vouloir du bien ; or comment se voudraientils du bien ceux qui, sciemment, s'unissent pour le mal? Le plaisir peut nous donner des compagnons, l'intérêt réunit des associés, le vice et le crime font les complices, il n'y a d'amitié vraie qu'entre hommes vertueux. « Elle est, dit Aristote, un sentiment très vif et très doux qui contribue à rendre la vi^ heureuse et vertueuse... A quoi bon la richesse, la puissance, le bonheur, si on ne peut les partager avec ceux qu'on aime?... On ne saurait dire si un ami est plus nécessaire dans la bonne ou dans la mauvaise fortune : dans la mauvaise pour nous consoler, dans la bonne pour nous avertir... L'amitié est non seulement nécessaire, àvayxaîov, •mais encore belle, /.«Àdv, et quelques-uns pensent qu'être bons et être amis, c'est une seule et même chose >- {Mor. à IViroju. VUI).
h) En second lieu l'amitié est active : elle fait partie de l'amour de hicnvr.illancc. — « L'amitié, dit encore Aristote, n'est pas une imlination passive, mais une bienveillance active, une volonté
(i; Voil.i pourquoi lorsque Dion résoliil de faire de nous ses amis, il iiiuis lil participants de sa nature par lu <jrài'« sancli/iantc.
{i) L'inlimité, coiidilion nocessaire ilo i'amitii!. limite forcément le nombre des amis, mais ce noruhre ne se roduit i)as essentiellement à deux. Seul Tamonr d'amitié conjugal, l'amour, au sens spécial du mol, e\i;^e celle limitation et comporte, par •uile, à litre de perfection, une certaine jalousie exclusive. Ce caractère exclusif, ainsi (pi'un élément sensihle trop .Tccentué, sont opposés, on le compreiid, à la nature des amitiés diftcrcnles de l'amour conjugal.
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constante de la félicité d'autrui, qui se traduit par des actes; plus on aime et plus on agit (1) ».
c) L'amitié doit encore être mutuelle. « Tout doit être commun entre amis, ajoute Aristote, les joies et les tristesses, Tabondance et la privation (2); car notre ami est un autre nous-même, exspo; •yàp «Otoç ô cpi'Xoç laxi, et nous devons être prêts au besoin à nous sacrifier pour lui ». J/o» hut en prenant un ami, a dit magnifiquement Sénèque, c'est d'avoir pour qui mourir.
d) Enfin, Famitié veut une certaine accoutumance {'à) et réclame Yunion. En efifet, la fusion intime et la substitution mutuelle des personnalités qui est le propre de Tamour d'amitié exige pour se satisfaire l'union des amis. Souverainement désintéressée pour tout le reste, l'amitié ne peut renoncer à la présence, à la possession de la personne aimée 4). En outre, un certain commerce, une certaine fréquentation sont nécessaires à l'amitié pour qu'elle naisse ; car avant de se lier, il faut se connaître : elige, postea dilige, disait Sénèque. Cette fréquentation lui est encore nécessaire pour se conserver : Les chemins de l'amitié se couvrent de ronces quand ils ne sont pas fréquentés, fait dire Chateaubriand à un de ses héros sauvages.
§ 3, — Inclinations domestiques.
La famille est la première des sociétés naturelles et le supposé de toutes les autres; c'est par elle que le genre humain se conserve et se propage. — Les inclinations domestiques sont celles qui rapprochent les dilïérents membres d'une même famille ; elles revêtent autant de formes que la famille elle-même fait naître de relations diverses :
1. Vamour conjugal est le principe de toutes les affections domestiques. Il faut distinguer cet amour des penchants d'ordre inférieur que nous partageons avec les animaux. Il consiste dans l'afTection réciproque que les deux époux se sont vouée l'un à l'autre, dans le but de fonder une famille et d'élever les enfants qui naîtront d'eux.
(1) Amore. more, ore, re probanlur amiciliae (ancien adage).
('2) « Lorsque mon ami rit, a dit quelqu'un, c'est à lui à m'apprendre le sujet île sa joie; lorsqu'il pleure, c'est à moi à découvrir la cause de son chagrin. » — « J'ai renoncé à l'amitié de deux hommes, disait Cliamfort; l'un parce qu'il ne m'a jamais parlé de lui, l'autre parce qu'il ne m'a jamais parle de moi. ■
(3) L'amitié se dit consueludo en latiu.
(4) Le Quictisme méconnaissait cette profonde vérité psychologique et morale, il prétendait, par aïoour pour Dieu, accepter pour toujours la séparation d'avec lui, si tel était son bon plaisir. C'était là ne rien comprendre à l'amour d'amitié véritable que Dieu nous porte et qu'il réclame de nous en retour. Dieu ne se désintéresse pas de son union avec nous et il ne nous permet pas de nous en désintéresser : • QuaC' rens me sedisti lassus... », dit l'Église dans le Dies irae. — Ne pourrait-on pas dire que le Quiétisme confond l'amitié avec le sentiment esthétique '? Que je possède ou non une œuvre d'art, je n'en jouis ni plus ni moins de sa beauté; mais que mon ami cesse d'être à moi et moi à lui, l'amitié agonise et périt.
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'■1. \.'(imour palcrncl el maternel n'est que l'épanouissemenl et le complément naturel de l'amour conjugal. En effet, dès qu'un homme devient père, la Providence allume en son cœur un loyer de tendresse et de dévouement qui lui permet de remplir jusqu'au bout son devoir vis-à-vis du nouvel être dont il a la charge.
L'amour paternel est surtout fort, l'amour maternel est plutôt tendre; mais le père comme la mère doivent être prêts à tous les sacrifices que peut exiger le bien de l'enfant; car leur mission est de l'élever, c'est-à-dire d'en faire un homme, en travaillant de tout leur pouvoir à son développement physique et moral.
3. La piété filiale répond à l'amour paternel et maternel. L'enfant éprouve naturellement un amour très vif envers ceux auxquels il doit la vie et tout ce , qu'il est. Toutefois, la piété filiale est rarement aussi tondre que l'amour maternel. L'amour ne remonte pas, dit-on: sans doute pour cette raison providentielle que l'enfant a plus besoin de l'amour et du dévouement de ses parents que ceux-ci de lamour de leur enfant.
L'amour filial, d'abord purement physique chez le petit enfant, ne tarde pas à se perfectionner et à s'épurer à mesure que son intelligence s'éveille et que sa sensibilité s'affme. L'adolescent comprend mieux ce qu'il doit à ses parents, et ce qu'à leur tour ceux-ci sont en droit d'attendre de lui de respect, de reconnaissance et d'amour. Enfin, avec l'âge, ce sentiment se transforme pour devenir de la déférence.
A. Vaviour fraternel est fondé sur les liens du sang. Les frères, 'ayant les mêmes objets d'affection, les mêmes devoirs, et, d'ordinaire, la même éducation et la même vie en commun, se trouvent naturellement rapprochés et portés les uns vers les autres. La nature fait pour eux ce que le libre choix fait dans l'amitié; aussi peut-on dire qu'un frère est un ami donné par la nature.
ti 4. — Penchants patriotiques.
1. La patrie, le mot l'indique, c'est la terre des ai'eux (patria tellus), c'est-à-dire cette portion de territoire qu'ils nous ont léguée, après l'avoir eux-mêmes habitée, cultivée, illustrée et défendue de leur sang. Mais le territoire n'est que la partie matérielle et comme le corps de la patrie; son âme, c'est l'union de tous ceux qui l'habitent; c'est cette communauté de .sentiments, d'intérêts, de souvenirs et d'aspirations qui fait d'eux un peuple jaloux de son indépendance, et les encourage à travailler, à se dévouer de concert à la prospérité et à la grandeur communes.
2. Le patriotisme constitue un véritable penchant naturel el inné. Il débute dans l'enfant par l'amour de la maison paternelle et de ceux qui l'habitent; puis, avec l'âge, il s'élargit peu à peu pour s'étendre bientôt à la province et au pays iout entier. C'est
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lui qui nous fait éprouver de si vives jouissances, de si légitimes fiertés à la vue de la prospérité et des grandeurs de la patrie, comme aussi de si amères tristesses quand nous la voyons malheureuse et humiliée.
3. Mais il faut vivre à l'étranger pour ressentir dans toute son intensité ce sentiment qui nous attache à notre patrie et à tout ee qui nous la rappelle. On comprend mieux alors Témotion de Philoctèle exilé « lorsqu'il reconnaît Ihabit grec, cet habit qui lui est toujours si cher » ; lorsqu'il entend, après tant d'années d'abandon et de solitude, la voix de ses compatriotes, et « retrouve sur leurs lèvres cette langue qu'il a apprise dès l'enfance et que depuis longtemps il ne parle plus à personne ». Ce désir de la patrie absente peut s'exaspérer au point de devenir une véritable maladie, connue sous le nom de nostalf/ie.
— Nous étudierons en Morale le patriotisme au point de vue des obligations qu'il impose.
§ 5, — Inclinations philanthropiques et humanitaires.
Les hommes forment entre eux une société plus étendue encore que la patrie, résultant de leur communauté de nature, d'origine et de destinée : c'est la société humaine. De là. une inclination naturelle pour nos semblables quels qu'ils soient, appelée 'philanthropie.
\. Il parait manifestement, dit Bossuet, que le plaisir de Vhomme cest Vhomme; et de fait, tout homme aime naturellement son semblable, par cette seule raison qu'il est homme, oh eam causam quod w homo sit (Cicéron). Le vers de Térence est connu :
Homo tium, humani nil a rue alieimm puto.
2. Mais, si philanthropie a sa racine dans la sympathie, elle doit, pour mériter son nom, s'élever jusqu'à Vamour proprement dit, c'est-à-dire jusqu'à la bienveillance, qui veut du bien au prochain, jusqu'à la bienfaisance, qui s"' efforce de lui en faire suivant ses besoins et nos moyens. C'est alors seulement qu'elle sera vraiment l'amour de l'homme en tant qu'homme.
ART. III. — IPcnichaiits moraux et rellg^ienx {Amour de Dieu).
Au sommet des facultés humaines il y a la raison, faculté et, par suite, besoin du nécessaire^ de Yabsolu, de Vin fini, de Dieu en un mot, en qui seul existent réellement et concrètement toutes ces choses. De là de nouveaux penchants, appelés aussi Inclinations idéales.
^ i. — Penchants moraux.
Im raison, dit Bossuet, es' amie de l'ordre; elle a un penchant
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inné pour toutes les formes de Tordre : vrai, beau, bien, justice, devoir, vertu, etc., non plus seulement en tant que sources de satisfactions personnelles, mais en tant que voulues et recherchées absolument et pour elles-mêmes.
Nous pouvons sans doute être personnellement infidèles à la loi morale, ou trahir la vérité ; nous ne pouvons nous dispenser de les aimer, de les respecter d'une certaine manière, d'estimerceux qui s'y soumettent, de mépriser ceux qui les violent; nous voulons que la vertu soit récompensée et le crime puni, que la vérité soit connue et l'erreur corrigée. De là aussi des jouissances et des peines spéciales, dès que ces penchants se trouvent favorisés ou contrariés; telles sont la satisfaction du devoir accompli, les joies d'une bonne conscience, les tourments du remords.
>; 2. — Penchants religieux.
Nous l'avons dit, le vrai, le beau et le bien absolus, auxquels nous aspirons de toute l'énergie de nos âmes, ne trouvent leur réalisation qu'en Dieu; aussi toutes nos inclinations viennentelles aboutir comme d'elles-mêmes à ce penchant supérieur qui nous porte nécessairement vers Dieu ; penchant si essentiel à notre nature, qu'on a pu définir l'homme : un animal religieux.
1. Le penchant religieux revêt plusieurs formes suivant le point de \nio où l'on se place pour envisager la divinité.
a) Penchant au respect, si l'on voit en Dieu le souverain législateur, l'autorité suprême d'oi:i émanent toute justice et tout pouvoir;
h] Penchant à la crainl<\ si on considère en Lui le souverain juge, vengeur de l'ordre outragé ;
c) Penchant à ïamour, si nous voyons en Dieu le Père infiniment bon, duquel nous tenons tout ce que nous avons, tout ce que nous sommes, et qui est toujours prêt à nous secourir dans nos besoins.
2. C'est dans cet amour suprême que viennent culminer toutes les alFections humaines. Sans doute, il ne doit pas absorber les autres amours, mais c'est à lui que ceux-ci doivent se subordonner, d'après lui qu'ils doivent se régler, en lui qu'ils doivent s'Iiarmoniser. Voilà pourquoi l'amour de Dieu est le seul où l'excès ne soit pas à craindre; car il est assez haut et assez compréhensif pour que toute autre afTection s'y retrouve h sa vraie place, pour que toute créature y soit aimée à sa vraie valeur.
Donc en résuuié : amour de soi, amour du prochain, amour de //icM, telle est la triple racine d'où naissent toutes nos inclinations.
h'ammxr de soi est comme la force de cohésion qui maintient notre être dans son unité physique, qui concentre toutes nos activités et leur permet de rayonner au dehors.
Vcniwur du prochain représente la force qui nous attire vers nos semblables, pour former avec eux un système, une unité morale qui s'appelle une société.
Quant à l'amour de Dieu, il est la force centrale qui coordonne et régularise tous les mouvements, harmonise toutes les tendances, en maintenant dans leurs limites respectives tous les amours.
On peut donc dire que les deux pôles de tout amour, comme de toute connaissance, sont : le moi d'où tout part, condition et supposé de tout amour, comme de toute science, et Dieu où tout vient aboutir, objet suprême de toute connaissance, terme ultime de tout amour.
APPENDICE ]Vos inclination*» ne fi>out pas toutes réductibles à l'amour de soi.
D'après les utilitaristes (Ilobbes, Bentham et d'autres), l'homme ne pouvant aimer que lui-même, tout penchant est nécessairement intéressé et tout amour égoïste. Si nous aimons autrui, c'est uniquement par intérêt ou par plaisir; Dieu lui-même ne saurait être aimé qu'en vue et dans l'espérance du bonheur que nous en attendons. En un mot, tout amour se réduit à l'arnour de soi, et nos prétendus penchants altruistes, sociaux ou religieux, ne sont, en somme, que des penchants égoïstes plus ou moins déguisés.
Telle est en particulier la thèse que La Rochefoucauld a développée avec talent dans ses Maximes et qu'il résume en affirmant que toutes nos aff'ec tiens et toutes nos vertus vont se perdre dans l'intérêt comme les fleuves dans la mer.
Qu'en est-il"? Est-il vrai qu'en aimant autrui nous n'aimons que nous-mêmes? L'égoïsme fait-il le fond de toutes nos tendances, et nous faisons-nous illusion en nous croyant désintéressés?
1. — 1. Reconnaissons d'abord, avec saint Thomas, que l'amour rend nécessairement heureux celui qui aime : amor praecipua causa delectationis est; qu'il est même plus doux d'aimer que d'être aimé, de donner que de recevoir; que le dévouement et le sacrifice lui-même ont leurs charmes, et qu'après tout, notre plus solide avantage est dans l'accomplissement de notre* devoir. Mais aussi, remarquons-le, autre chose est qu'une action soit dans notre ^ntérêt, et autre chose qu'elle soit intéressée; autre chose qu'elle nous soit avantageuse en fait, et autre chose qu'elle ne soit \ou\ue qu'en vue de cet avantage.
2. L'erreur de La Rochefoucauld et des positivistes consiste précisément à transformer ce lien nécessaire en un lien intentionnel, cette conséquence naturelle en calcul, et à voir dans le plaisir ou dans l'intérêt, non pas un simple effet qui suit l'acte, mais une crtuse et unmotif qui le précèdent et l'inspirent nécessairement. Là est le sophisme qui vicie tous leurs raisonnements.
Ainsi, il est certain qu'à se dévouer pour ses semblables, on goûte d'exquises jouissances et qu'on s'assure, en cas de besoin, le concours de ceux qu'on a obligés. Il est certain que l'horreur du mensonge donne de l'autorité à nos discours; que la discrétion nous attire la confiance, etc. : ce sont là des conséquences naturelles de l'amour bien ordonné. Mais La Rocliefoucauld a le tort d'en faire des conséquences voulues de tout amour et de transformer tout cela en motifs, en intentions formelles et exclusives. Il affirme, par exemple,