‹ Cours de philosophieChapitre 125 sur 328 · Au point de vue de leur effet agréable ou pénible: — On · texte numérisé non relu

Au point de vue de leur effet agréable ou pénible: — On

distingue les passions ç/aies et les passions Irisies, les passions bienveillantes et les passions malveUlanies.

Telle est en principe la classification d'Arlstoie, quand il range les passions en deux catégories : « Celles où le plaisir domine : Vamour, Vaudace et la bienoeillance, et celles, beaucoup plus nombreuses, où la douleur l'emporte, à savoir : la colère, la haine, la crainte, la pitié, Venvie, la honte, la jalousie et ïiadirjnalion. »

2. Au point de vue de leur objet : — On distingue les passions nobles et les passions basses, selon qu'elles portent sur les penchants supérieurs ou sur les penchants inférieurs de notre nature. Ainsi l'envie, la jalousie, l'avarice, l'ivrognerie, la volupté, etc., sont des passions basses et honteuses; tandis que la passion de la science ou de la gloire est dite noble.

Quant à ce qu'on appelle parfois la passion du bien, de la justice, de la charité, etc., il est clair que ce sont des vertus plutôt que des passions proprement dites parce que, résultant précisément d'un amour réglé et ordonné, elles ne sont susceptibles ni d'excès, ni d'exagération.

3. Descartes : — Il distingue six passions primitives :Yétonnehienl, Vamour, la haine, le désir, laijoie et la tristesse.

L'étonnement est pour ainsi dire une passion préliminaire qui devance les autres. Elle est cette espèce de choc nerveux que nous éprouvons à la vue d'un objet nouveau, avant même de savoir ce qu'il peut avoir pour nous d'avantageux ou de nuisible.

L'amour est la passion fondamentale d'où émanent toutes les autres; la haine d'un objet résulte de l'amour de son contraire; le désir est Tamour de ce que nous ne possédons pas encore ; la joie et la tristesse sont les sentiments causés par la présence ou par l'absence de l'objet aimé.

A. Bossuet : — Il classe les passions d'après les circonstances qui favorisent ou contrarient leur développement. Avec saint Thomas et les Scolastiques, il ramène toutes les passions à V appétit sensitif; or l'appétit sensitif peut revêtir deux formes ;

a) L'appétit concupiscihle, où domine le désir, se rapporte à un objet; considéré simplement comme bon ou mauvais {suù ratione boni aut mali), et du reste facile à obtenir ou à repousser;

b) L'appétit irascible, où domine la colère^ se rapporte à un objet

LES PASSIONS. ;:{<>a

considéré comme dillicile à atteindre ou à fuir [sub raiione ardui); aussi suppose-t-il des obstacles à surmonter, des efforts à faire. De à, deux classes de passions :

ai Les passions concupisciOles, qui sont Va))ioui- et la haine, le drsi)' elVaversion, l'àjoieel la trixicsse;

h) Elles passions irascibles : Vaudace et la craiûlc, Vespérance et le désespoir, enfin la colère.

Donc, en tout, onze passions opposées deux à deux sauf la colère, dont le contraire n'est pas une passion, mais le calme et la paix de lame.

Tontes les passions peuvent ainsi se réduire à deux : Y amour ^i la haine; et finalement à Y amour seul; car, dit Bossuet, (i la haine de quelque objet ne vient que de l'amour qu'on a pour un autre ». Et il conclut : ôlez iamour, il n'y a plus de passion : posez Camovr, vous les faites naître toutes.

— Bossuet ne prend évidemment pas ici le mot amour dans son sens propre de sentiment de tendresse pour quelqu'un, mais au sens très général de penchant et d'inclination. En ce sens, il est très vrai que toute passion dérive de l'amour; mais aussi, en ce sens, l'amour n'est pas une passion. 11 ne le devient qu'autant qu'il acquiert une certaine violence qui le rend plus ou moins déréglé et exclusif.

o. Les positivistes. — A. Comte, Taine,Littré n'admettent que deux classes de passions, les passions égoïstes et les passions altruistes; encore ramènent-ils celles-ci à celles-là.

H. Spencer y ajoute les passions érjo-aliruisles : égoïstes par la satisfaction qu'elles nous procurent, altruistes par leur caractère désintéressé, du moins en apparence, et, comme telles, propres à l'homme.

0. Conclusion. — Comment convient-il donc de classer les pas sions.'

La passion n'étant qu'un penchant exagéré et plus ou moins dévié de sa direction primitive et normale, la classification la plus naturelle est celle qui suit l'ordre même des penchants, et range les passions d'après les trois grands objets de nos tendances, à savoir, nous-mêmes, le prochain ei Dieu {i).

(I) Toutefois, il est à rem;irquer que les penclianis moraux et religieux n'clanl ivas susceptibles d'exagération ni d'excès, en ce sens qu'on ne saurait trop aimer Dieu, U vertu et la vérité, ne donnent lieu à aiicuue passion proprenicnl dite. Us ne dégénèrent en passion r|u'en changeant de nature, c'est-à-dire en cessant d'cU"e verln et religion pour devenir scrupule insensé, rannii.siueaveu!;le, etc.

APPENDICE Rolc de la paiti^iou dans la vie.

Deux écoles célèbres ont professé sur ce point les doctrines les plus opposées.

1. D'une part Épicure, ou plutôt les Épicuriens et l'école de Cj'rène, chez les anciens: chez les modernes, les Fouriéristes et les Saint-Simoniens, prétendent que la passion est l'expression même de la nature, et, par suite, que notre devoir comme notre bonheur consistent à suivre ses inspirations, à nous conformer à ses exigences; que l'idéal pour l'homme se réduit à avoir beaucoup de passions avec le mo\-en de les satisfaire.

2. D'autre part, les Stoïciens, et Kant chez les modernes, méconnaissant le rôle de la sensibilité, affirment que la passion est un mal, une maladie de l'âme; que, loin d'j' céder jamais, il faut lui résister toujours et travailler sans relâche à la supprimer; que l'idéal de l'Iiomme, sa vertu, sa grandeur? consistent dans ïinâbtici, c'est-à-dire dans l'absence de toute passion (1).

Qu'en est-il? Faut-il supprimer ou développer en nous la passion? Est-elle un mal ou est-elle un bien? A-t-elle un rôle à jouer dans la vie et quel est ce rôle"?

— Tout d'abord, remarquons qu'il ne .saurait être ici question de la passion décidément basse et dépravée, ou de la passion arrivée à ce degré de violence qu'elle obscurcit l'esprit et paralyse la volonté. Entendue de la sorte, la passion est évidemment un mal, une maladie qui rompt l'équilibre de nos facultés et nous enlève la maîtrise de nous-mêmes; il faut la supprimer.

La passion ne peut avoir de rôle et de place dans la vie de l'homme raisonnable qu'autant que son objet est bon en soi, qu'on en reste maître, et que son impulsion, quoique forte, nous laisse cependant le libre usage de nos facultés supérieures.

Ceci posé, par quels arguments les Écoles dont nous parlons, prétendentelles établir des assertions si contraires ?

I. — Les Épicuriens. — Ceux-ci en appellent à la nature .elle-même.

1. Qu'est-ce que le plaisir, disent-ils, sinon une injonction de la nature, et la douleur, sinon une défense qu'elle nous fait? Rechercher le plaisir et fuir la douleur, telle est la loi fondamentale de tout être doué de sensibilité. Omne animal, simul alque natum, voluptalem qiuvrit et dolorem adspernatur. Donc, sequere naturam! Abandonnons -nous sans réserve à la passion et au plaisir.

2. Que répondre? Suivons la nature, dit-on; encore faut-il savoir si la passion est l'expression vraie de la nature. Nous prétendons, au contraire, qu'elle n'est en soi qu'une indication douteuse qui demande à être contrôlée et interprétée par la raison ; que s'\' abandonner passivement, aveuglément, c'est se dégrader, s'asservir, se perdre. Voyez l'avare. On dit : il possède 30.000 écus; erreur! C'est 30.000 écus qui le possèdent. Voj-ez le voluptueux, esclave de ses plus grossiers instincts; est-ce là l'idéal que poursuit la nature?

3. Épicure en appelle à l'animal ; mais quelle parité entre la brute qui n'a pour se conduire que les impulsions des sens, et l'homme doué de raison et de liberté? L'animal guidé par un instinct infaillible ne saurait dévier ni

(i) En elTet, pour les Stoïciens, toute passion et toute affection, niêitie la plus noble, eslun obstacle au bien, une faiblesse indigne du sage. A leurs j'eus, l'homme cesse d'être vertueux et libre dès qu'à la voix de sa raison vient se joindre une autre intluence.

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