L.V SYMPATHIE ET L'IMITATIOX. 'Mi
part, tout acte commencé tend de lui-même à s'achever, on conçoit que cet acte se réalisera d'autant plus sûrement qu'il aura été commencé avec plus de vigueur et ébauché par une image plus saisissante.
2. Elle dépend ensuite de la nature de l'acte suggéré, l'instinct d'imitation étant plus vivement sollicité par les actes d'une exécution facile, auxquels nous sommes naturellement portés, et qui promettent plus de jouissances. De là vient que les mauvais exemples sont d'ordinaire plus contagieux que les bons ; car si, pour pratiquer la vertu, il faut, le plus souvent, se faire violence et remonter les pentes de la nature, pour commettre un acte vicieux, il suffit presque toujours de suivre l'attrait du plaisir et de s'abandonner aux instincts de sa nature.
'i. L'exemple gagne encore en autorité quand il nous vient des personnes que nous aimons ou estimons davantage. On sait l'intluence décisive qu'exerce sur un enfant l'exemple de parents aimés ou de maîtres respectés.
Pour une raison analogue, la contagion de l'exemple s'accroît à proportion du nombre de ceux qui le donnent. A force de se répéter et de se multiplier, l'image finit par acquérir un relief qui nous obsède, une puissance à laquelle il est bien difficile de résister (1).
4. Enfin, dernière loi : la suggestion de l'exemple est d'autant plus infaillible qu'il s'adresse à une nature plus faible, plus nerveuse, plus impressionnable. C'est là ce qui explique la facilité avec laquelle les enfants, les passionnés, les névrosés subissent l'influence de ceux qu'ils fréquentent. Étant dépourvus de toute force de résistance, ils se trouvent livrés sans contrepoids possible à la tyrannie de l'image, laquelle dès lors se réalise fatalement.
— L'ensemble de ces lois nous permet de comprendre l'action souverainement démoralisante qu'exercent certains spectacles particulièrement troublants de cruaulé ou de lubricité, ou leur reproduction par le cinématographe, ou seulement leur description, telle qu'on peut la lire dans la Gazette des Trihunaux, dans les comptes rendus des cours d'assises, avec ce raffinement de détails atroces ou obscènes et ces représentations coloriées qu'y ajoute l'imagerie moderne. C'en est assez pour produire dans les cerveaux mal équilibrés ce vertige mental qui fait passer avec une facilité effrayante de l'image du crime à sa réalisation.
(1) Ainsi s'cvplique la puissance de la Mode, lilie lui vient d'abonl de notre instinct d'imitation, (|ui nous porte à eonformcr notre extérieur .i celui de certaines personnes (|ue nous adojirnns, avec lesquelles nous sympathisons davantase, comme plus giacieuses dans la manière de se vèlir. de se roifler, de saluer, etc.
11 arrive niènii' (|ue certaines modes plus ou moins cvlravaganics, lancées artificiellement par une coterie, et Boulenues i>ar veux qui passent pour les • arliiires de l'cU-Kance », /inissent par compiérir l'admiration du srand puhlic et par s'imposer aux gens les plus raisonnahlcs, uniquement par crainte <lc se singulariser. C'est la vérilication du mot connu : t Les tous inventent les modes, les sages les suivent. »