IV. — Réponse aux objections
L'objection part ici de camps opposés. D'une part, des hommes à courte vue, <lesespi-ils qui se disent positifs ne voient dans la philosophie qu'une science de luxo ; ils la dédaignent comme une étude inutile et sans application pratique.
D'autre part, des chrétiens peu éclairés s'imaginent que la foi rend tout enseignement philosophique superflu. A quoi bon, disent-ils, chercher péniblement et au risque de nous tromper, ce que nous possédons déjà avec une sécurité absolue'.'
1. Aux premiers, nous ré]>ondons qu'au point de vue où ils se placent, la jihilosophie est en efl'et la plus inutile de toutes les sciences. Aristo'.e le reconuait, mais, loin de l'en mépriser, il l'en estime au contraire. Il voit dans cette inutilité même le principe de sa dignité, de sa puissance incomparable; il la proclame la plus excellente et la plus divine des sciences. " Car, dit-il, c'est nu trait de ressemblance avec Dieu, de présider au mouvement dî^s choses subalternes et de donner le branle à tout, sans faire jamais soi-même le méti'-j- de manœuvre. »
Eu effet, là est précisément l'utilité supérieure de la philosophie; sans rien produire directement, elle inspire tout, elle ordonne tout, comme l'architecte qui construit la maison sans remuer lui-même une seule pierre.
2. Quant à ceux qui s'imaginent que la philosophie n'a rien à apprendre lu croyant, leur erreur, pour être moins grossière, «^t presque aussi funeste.
, Sans doute, la foi nous donne dos solutions très précises et très certaines sur tous les grands problèmes qui intéressent notre destinée, et lès hommes <pii n'ont ni les moyens ni le loisir de raisonner leurs croyances, ont le droit '^t le devoir de s'en tenir au catéchisme. Il ne s'ensuit nullement que la philosophie soit inutile au chrétien; car, si elle ne lui est pas nécessaire pour découvrir la vérité qu'il possède, elle est indispensable pour lui en donner une intelligence plus complète, poui- affermir les basejs rationnelles de sa foi et la défendre contre le soi)hisme ou l'objection.
" Qu'on ne dise donc pas que les chiétiens n'ont pas besoin de philosophie! Cest à eux proprement qu'il appartient do philosopher; eux seuls, grâce à la révélation, possèdent la vérité totale et pure de tout mélange; eux seuls, par l'effet de la grâce, ont la liberté et la force d'esprit nécessaires pour- bien philosojiher m (Malebranche, Traité de morale).
" En ce monde, dit Fénelon, nous manquons encore plus de ralscm que de religion, de philosophie que de théologie. - Et saint Thomas considérait les attaques contre la raison comme plus dangereuses que les attaques contre la foi, parce qu'elles rainent du même coup l'une et l'auti'e, c'est-à-dire et l'édiiice sacré et le sol qui le porte.
(1) On lit dans le Mercure de France du samedi 7 août 1790 (n- 3i; : Voltaire n'a jtas vu tout ce qu'il a fait, mais il a fait tout ce que nous voyons.
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