L'AUTOMATISME PSYCHOLOGIQUE
Après avoir si souvent mentionné rautomatisrae, notamment à propos de l'habitude et de l'instinct, il convient d'en faire ici l'objet d'un chapitre spécial, afin de préciser sa nature, ainsi que son rôle et sa place, dans notre vie psychologique.
ART. I. — Xature de l'automatif^me psychologique.
1. On appelle communément att^oma^e [abroç, soi-même, et aatoç effort, de .ac^daai, s'efforcer) une figure mécanique mue par quelque ressort intérieur qui lui donne une apparence de vie. Ainsi, une poupée qui marche seule et qui salue est un automate.
Tout mouvement dit automatique présente ce double caractère : de paraître spontané et de fonctionner avec une régularité pour ainsi dire mathématique. Le mouvement d'un pendule est automatique: celui d'une pompe à bras ne l'est point.
2. Outre cet automatisme purement mécanique, on constate aussi un automatisme Tpropremenlphysiolo'/ique qui est celui des actions réflexes. Théoriquement, le mécanisme de l'action réflexe se compose de trois éléments essentiels : une fibre nerveuse sensitive afférente, une fibre nerveuse motrice efférente, et une cellule centrale de substance grise qui les unit l'une à l'autre par leurs extrémités. Que l'extrémité libre delà fibre sensitive afférente Vienne à être impressionnée, le courant nerveux qui en résulte, après avoir suivi la direction de cette fibre, se trouve brusquement réfléchi par la cellule centrale dans la direction de la fibre efférente motrice, pour produire ce qu'on appelle un mouvement réflexe. Ces mouvements, résultant de l'irritabilité de la matière vivante, sans aucune intervention de la volonté ni même de la conscience, sont donc tout à la fois et bien réellement physiologiques et automatiques (Voir plus haut Instinct et réflexe, p. 322).
3. Enfin, la vie psychologique elle-même, du moins dans certaines formes inférieures de son activité, n'échappe pas à l'automatisme, c'est donc avec raison que l'on parle d'un automatisme psychologique. « Nous sommes automates autant qu'esprit», disait Pascal.
Est psychologiquement automatique tout phénomène de l'àme qui, sans sortir complètement du domaine de la conscience, se développe en dehors de la réflexion et de la volonté. Le propre de ce genre de faits est de former une série dont le premier
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lermo, une fois donné, suscite par lui-môme le second, lequel suscite le troisième, et ainsi de suite jusqu'au dernier, comme il arrive dans l'engrenage d'une machine. Telle est, par exemple, la série des images qui se déroulent dans l'association des idées, ou la série des mouvements qui se succèdent dans le phénomène d'habitude. Ce sont là comme autant de systèmes montés par la main de l'expérience, qui fonctionnent tout seuls dès qu'on y touche par quelque endroit (1).
A1\T. II. — HifTércnts cas «l'automatisme psychologique.
L'automatisme peut se présenter sous deux formes distinctes.
Normalement, il est toujours plus ou moins accompagné d'activité réfléchie; mais exceptionnellement, il peut se présenter k l'état pur et sans aucun mélange de réflexion. C'est par cette seconde forme que nous commencerons notre étude, car c'est celle où apparaît le plus clairement le mécanisme du phénomène automatique.
j^ 1, , Automatisme total et complet.
1. Le cas le plus saillant d'automatisme total nous est fourni par la suggestion hypnotique. Pour en bien saisir le mécanisme, rappelons brièvement la théorie des idées-forces.
,1) ï.e professeur Urassel de Montpellier a rendu sensible par une repréàontatiou ^urée le mécanisme de l'acte aulomati(iae. et montré en quoi il diifère de l'acte iléchi.
soit en 0 le centre psycliique supérieur, siège de la réflexion et de la volonté, bref, de la personnalité libre et responsable. Au-dessous, les centres automatiques : à droite, les centres sensoriels de réception, A centre auditif, V centre visuel, .S' centre de la sensibilité générale; à gauche, les centres moteursde réaction, M centre du mouvement, Pcenlre de la |)arole articulée, £■ centre de l'écriture.
Tous ces centres sont reliés de mille manières, entre eux d'abord par des libres d'associalion. puis ù la périphérie pardcs libres, les unes centripètes : a A, v V, s S: les autres centiil'uses : E c,Pp, Mm; enfin au centre psychique supérieur 0.
Ceci posé, les actes sont réfléchis quand l'impression lecuo dans les centres sensoriels a A, V y, s s, passe jiar 0 avant d'o[)ércr sa réaction dans les centres moteurs E, P, M ; ils sont automatiques quand, faisant pour ainsi dire, court circuit, ils vont dirertemeni de .1 en .1/, par exemple, ou de Ken £, et opèrent leur réaction Mm ou Ee, sans passer par 0.
Ainsi, dans la distraction, on l'ail une chose en pensant à une autre; en d'autres termes, 0 étant al)sorbé par une pensée, n'exerce pas son contrôle sur l'acte, letjuel devient automatique, parla mème.(|u'il passe par le/Jo/j/flOMc A VSEPM sans remonter jusqu'en 0.
De même dans Vhabilwle, un acte <iui primitivement était rcnçchi,c'cslà-dire qui, l>our s'organiser, avait lu-soin du concours du centre O, on est venu, à l'orce de so répc'lor, à s'orRaniserautoinatiquemcnt par le seul jeu des centres inférieurs accou- Imnés ;\ fonctionner de concert.
a) Nous savons que toute image est motrice à quelque degré ; quel'image d'un acte ou d'un mouvement est en réalité un commencement de cet acte ou de ce mouvement; que tout acte commencé tend de lui-même à s'aciiever, et que, si toute image ne se réalise pas en fait, c'est qu'elle est tenue en échec par d'autres images concomitantes d'égale force, ou par quelque sensation ou perception actuelle; car c'est une loi que tout état faible soit refoulé par l'état fort qui lui est contraire. Si donc nous supposons un esprit occupé exclusivement par une seule image, celle-ci se réalisera infailliblement et se traduira en acte par sa force même. Telest précisément le cas de la suggestion hypnotique.
b) Après avoir fait artificiellement le vide dans un esprit; après en avoir chassé tout souvenir, toute perception ou sensation actuelle, en le plongeant dans le sommeil somnambulique, on y introduit, au moyen de la suggestion, une image. Celle-ci, ne rencontrant aucune image concurrente, se développe automatiquement et produit tous ses effets mentaux et dynamiques ; elle remplit le champ de Timagination, confisque à son profit la sensibilité et l'énergie motrice, et finit par tirer à soi l'être tout entier .
Suggérez à ce sujet endormi qu'il se trouve dans un jardin rempli de fleurs; vous le verrez se lever, se promener, cueillir des fleurs imaginaires, admirer leur coloris, flairer avec délices leur parfum, en offrir des bouquets aux personnes présentes. — Suggérez-lui d'autre part qu'il est paralysé et incapable de quitter le siège où il est assis; il essayera en vain de se lever. — Ou encore, sans lui rien dire, faites-lui exécuter un mouvement rythmique quelconque, par exemple le balancement du bras; il le répétera indéfiniment jusqu'à ce que la somme d'énergie qui est en lui soit épuisée.
c) Bref, l'hypnotisé en est réduit à un état complet d'automatisme et d'inertie mentale; or on sait que l'inertie consiste à demeurer indéfiniment dans l'état de repos ou de mouvement où l'on se trouve. Placez une boule sur une pente, elle roulera jusqu'au bas; mettez en branle un pendule, il oscillera indéfiniment. Ainsi en est-il de l'hypnotisé : il est, au point de vue psychologique, un véritable automate aux mains de l'expérimentateur, qui lui fait penser et exécuter machinalement tout ce qu'il lui suggère.
d) On le voit, l'état de déséquilibre mental réalisé par la suggestion hypnotique confine à la folie. Rien de plus semblable à la monomanie que ce monoidéisme qui fait de l'hypnotisé le jouet d'une idée, et ferme son esprit à tout ce qui ne s'y rapporte pas. La seule différence est que la folie n'est pas nécessairement exclusive de quelque lueur de raison, et qu'elle est toujours plus ou