L AUTOMATISME PSYCHOLOGIQUE
moins durable; tandis que, dans l'hypnotisme, l'automatisme est absolu, et qu'il suflit d'un mot pour rompre le charme et rendre l'hypnotisé à son état normal.
2. Un autre cas d'automatisme psychologique plus ou moins complet, c'est le rêve. En nous plongeant dans l'oubli du présent, en suspendant l'usage de notre activité réfléchie, le sommeil normal joue le rôle du sommeil hypnotique, et produit en notre esprit ce vide mental qui laisse le champ libre à l'automatisme des facultés inférieures. Ce qu'on appelle le rêve, n'est que la série des images qui s'enchaînent spontanément suivant les lois fatales de l'association. Privés que nous sommes de tout point de repère, nous nous trouvons livrés sans défense aux caprices de l'imagination et à la tyrannie des images : elles nous absorbent, elles nous font illusion, elles tendent à se réaliser en paroles, parfois même en actions. En cet état, quelque faible perception, quelque sensation plus ou moins consciente suffisent à nous suggestionner; un léger bruit, ime vague lueur font dévier le cours de nos pensées et deviennent le thème des développements les plus compliqués.
3. La distraction présente quelque analogie avec le rêve. Elle consiste en une éclipse passagère de la conscience réfléchie qui favorise d'autant l'automatisme de Tàme. En effet, deux choses caractérisent l'état de distraction : on ne voit et on n'entend pas certaines choses qu'à l'état normal on verrait et entendrait, et ou accomplit, sans le savoir et sans le vouloir, certains actes qu'on n'eût pas consenti à accomplir si l'on en avait eu pleinement conscience. Les distractions de certains savants sont légendaires.
4. Mentionnons en dernier lieu l'ins^mcL En effet, les actes instinctifs ne sont pas réductibles à un pur mécanisme physiologique, à un réflexe composé, comme le prétend Herbert Spencer; nous l'avons vu en son lieu, outre plusieurs sensations caractéristiques, ils supposent encore un certain mécanisme mental, etii ce titre, ils relèvent, eux aussi, de l'automatisme psychologique.
. — Tels sont les principaux cas d'automatisme pur. Il nous reste à parler de l'automatisme plus ou moins mélangé de réflexion, tel qu'il s'observe dans la vie normale, notamment dans la mémoire, dans l'association et dans l'habitude. Nous pourrons être brefs, car nous avons traité ailleurs de ces facultés et des lois de leur fonctionnement.
?! 2. — Automatisme partiel.
L association des id<^cs, Vhabitud<; et la mémoire (pour autant que cette dernière réductible à l'habitude) sont des facultés inférieures, relevant de l'activité automatique et qui jouent en nous le rôle de machines à répétition, après avoir été des appareils
r.OURS DE PIllLOSOI'IIIi:. — T. I. >■)
;î38 psychologie.
enregistreurs. Elles consistent en un mécanisme mental et cérébral en vertu duquel plusieurs images perçues, plusieurs mouvements exécutés simultanément ou successivement, s'organisent en groupes synipatliiques qui se tiennent. Que l'un de ces éléments vienne à être ébranlé, grâce aux trajets qui le mettent en communication avec les autres éléments, tout le groupe auquel il appartient entre spontanément en jeu pour se représenter à notre esprit ou s'exécuter de lui-même.
L'habitude en particulier a pour réouUat de soustraire nos actes à l'activité rétléchie et de les faire passer graduellement sous la loi de l'automatisme et de l'inconscience. A l'origine, ces séries d'images ou de mouvements ont eu besoin, pour s'organiser, du concours de l'intelligence et de la volonté; peu à peu, à force de se répéter dans le même ordre, elles se sont organisées d'ellesmêmes, par le seul je a des cellules nerveuses, accoutumées à fonctionner de concert. Si l'enfant récite machinalement sa fable , si le pianiste joue presque sans y penser certains morceaux compliqués, c'est que l'un et l'autre y ont longtemps appliqué leur attention et leurs efforts délibérés.
APPENDICE
Rapports réciproques de l'automatisme et de l'actiTité réflécliie.
1. — Bien que l'automatisme joue un rôle considéi'able dans la vie psychique, on aurait tort de prétendre, avec Taine et les associationnistes, que l'àme est an pur automate, et que toute son activité se réduit à cette tendance fatale, qu'ont les idées et les mouvements, à s'associer et à se- dissocier machinalement.
En réalité, l'àme est douée d'uao double forme d'activité : d'une activité supérieui'e et rétléchie, de laquelle relèvent les facultés de juger et de raisonner, la faculté créatrice sous toutes ses formes, la volonté qui se décide après déiibération; et d'une activité inférieure, plus ou moins inconsciente, automatique, qui se ramène tout entière à l'association, que ce soit des idées, des images, ou des mouvements (mémoire, imagination sensitive, instinct et habitude).
i. Ces deuK activités se supposent l'une l'autre, ont besoin l'une de l'autre. D'xine part, l'automatisme suppose la réflexion, puisqu'en somme il n'est le plus souvent lui-même que le fruit de l'activité réfléchie emmagasiné et mis en réserve pour l'avenir; d'autre part, la réflexion suppose l'automatisme, puisque c'est de lui qu'elle reçoit la matière de ses jugements, les éléments de ses créations et de ses choix délibérés. De fait, sans l'automatisme de la mémoire et de l'association, que deviendrait la faculté qui ji»ge et qui combine? Et sans l'automatisme du désir, de l'instinct et do l'habitude, que deviendrait la volonté qui choisit et décide?
2. Sans doute il peut arriver que ces deux activités se gênent mutuellement. Nous l'avons vu à propos de l'habitude, l'automatisme peut empiéter sur l'activité réfléchie et, en paralysant l'attention, engendrer la routine. De
l'automatisme PSYcnoLOGiouE. ;i39
sou cùto, une iiitt^rveiitioii iiiopportiinode l'attention peut gêner l'accomplissement de certains actes devenus liabiluols et dont l'automatismi' pur s'acquitterait plus sûriMuont. Il est évident toutefois que, si ces deux formes d'activité ont cliacuno leur loie et lour fonction, le pouvoir directeur revient de droit à la roile.xioa. Taudis que l'activité automatique se Ijorne à enregistrer dans les profondeur subconscientes de l'àme les coordiuations et les sjnthèses déjà établies et à les reproduire spontanément sous le clioc des circonstances, c'est à l'activité rélléchie qu'il appartient de grou|ier ces éléments et d'en disposer selon les Uns supérieures de la vie raisonnable (1).
;î. a) Elle devra donc tout d'abord exercer son pouvoir d'arrêt et d'inhibition sui- cette marée montante d'images et d'associations spontanées qui menace de tout envahii" et de tout submerger.
/') Puis, après avoir nettement (ixé le but à atteindre, qu'il soit scientifique, moral ou esthétique, elle s'appli(}uera, par une sélection intelligente, à faire un choix parmi tant d'éléments disparates qui se présentent automatiquement afin d'écarter ceux quelle juge impropres à son dessein tout en retenant ceux qui paraissent y convenir.
c) Enfin, taisant usage de son pouvoir d'évocation, elle travaillera à accroître la force des idi'>es-maîtresses au point de les rendre prédominantes et d'en faire un centre d'attraction iri'ésistible pour les idées connexes ou subsidiaires.
C'est ainsi que le savant ou l'artiste parviendra, par le concours de l'automatisme et de la réflexion, à mûrir et à féconder un sujet, à réaliser un idéal entrevu.
II. — l. On le voit, de l'équilibre et de la bonne iiarmonie de ces deux activités dépendent la santé, la vigueur et la fécondité de l'esprit. L'activité rélléchie s'est-elle développée au point de nous rendre pleinement maîtres de nos acquisitions passées, capables d'en disposer à notre gré, de les combiner do mille manières pour en composer des synthèses nouvelles : c'est la supériorité de l'esprit, c'est le talent, et, s'il s'élève jusqu'aux synthèses créatrices, c'est le génie. Au contraire, l'activité automatique est-eÙe devenue prépondérante au point d'étouffer toute activité rélléchie, et qu'au lieu d'être maître de ses associations, l'esprit en soit tyrannisé : c'est le déséquilibre mental et moral; c'est la folie.
Entre ces deux eus extrême^;, se placiul naturellement une foule d'états intermédiaires où les deux formes d'activité se trouvent mélangées dans des proportions variables : c'est le cas de l'esprit moyen, des talents et des vertus ordinaires.
Z. Quoi qu'il en soit de ces degrés et de ces variations, il est certain que, dans un esprit sain, l'automatisme et la réflexion, loin de se gêner et de se combattre, se supposent, s'aident et se complètent l'un l'autre.
Supprimez le pouvoir de rénexion et d'inhibition, nous devenons de purs . automates, des déséquilibrés, esclaves de la loutine et des circonstances extérieures: supprimez l'automatismi', nous restons d'éternels enfants, incapables d'éducation et d'expérience ; dans les deux cas, nous sommes condamnés à l'immobilité la plus .stérile et la plus dégradante.
(I; Le rAIctIo l'auloiiiaiisiac dans la vie psyctiologique peut se comparer a celuique jout! la machine dans la vie industiielle. De même que rintroduclion des machines dans le monde de l'industrie n'a pas eu pour résultat de rendre la main d'œiivre inutile et «l'enlever à l'ouvrier son gaf?ne-paiii, comme on l'en accusait d'abord, mais de réserver le travail humain pour des leuvres nouvelles et plus relevées, en quoi consiste le progrès industriel: ainsi le Imt providentiel de l'aclivilê automatique n'est pas de supprimer l'elfort ou la réflexion, mais de leur permettre de s'appliquer à de nouveaux objets et «le réaliser sans cesse de nouveaux propres intellectuels et moraux. Kelire ce qui a étr dit plus haut sur les r.Tpi>orts de l'attention et de l'habitude (p. 3i7).
340 PSYCHOLOniE.
C'est que tout progrè?, comme tout mouvement, suppose à la fois et une force qui meut et un point d'appui immobile. De même que le progrès social résulte d'un certain mélange de l'action conservatrice et de l'action novatrice; ainsi le progrès individuel suppose une sage combinaison de l'activité automatique qui conserve et de l'activité réfléchie qui innove. C'est en confiant à la première la garde des acquisitions déjà faites et des résistances déjà vaincues, que nous permettons à la seconde d'engager de nouvelles luttes et de marcher à de nouvelles conquêtes.
Section II. — ACTIVITÉ RÉFLÉCHIE CHAPITRE PREMIER
LA VOLONTÉ ART. l. — ^'ature de la Tolontë.
1^ 1. Définition. — La volonté se définit : la faculté d'agir d'après les lumières de la raison, sinon toujours raisonnablement. « Velle potest esse adversus rationem, disait l'Ecole, nunquam vem absque ratione. »
1. L'activité instinctive était aveugle, spontanée, fatale; l'activité volontaire est intelligente, réfléchie et libre.
a) Intelligente, c'est-à-dire qu'elle connaît le but où elle tend, l'opportunité des moyens qu'elle emploie, les conséquences probables de ses actes.
h) Réfléchie, c'est-à-dire qu'elle ne cède pas, comme l'instinct, à l'impulsion spontanée du penchant, à la force aveugle de l'image, mais qu'avant d'agir, elle se recueille pour prendre connaissance de ces mobiles, pour en apprécier la convenance et la valeur, et transformer ainsi cette image en idée, ce mobile en motif {l).
c) Libre enfin, c'est-à-dire capable de se déterminer elle-même et de choisir entre difTérents biens.
2. Le bien, tel est, en effet, l'objet propre de la volonté. L'homme tendant nécessairement au bonheur dans tous ses actes, ne peut vouloir une chose qu'autant qu'il y voit un bien réel ou apparent. Nous pouvons sans doute choisir entre différents biens,
(i) Le terme mobile est équivoque, parce qu'il désigne également un objet mû et une force qui meut. En psycliologie. il signille une impulsion de la sensibihte qui nous pousse à agir avant toute réflexion ; tandis que le motif est une raison d agir dont on se rend compte, dont on apprécie plus ou moins la valeur et qui, par suite, suppose la réflexion. Ainsi, l'attrait du plaisir, un premier mouvement décolère -u de pitié sont des mobiles; l'idée de devoir ou de notre utilité sont des motifs.
L'animal cède fatalement à l'impulsion du mobile; l'homme seul est capable de se déterminer par des motifs.