‹ Cours de philosophieChapitre 141 sur 328 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

En général, on entend par détcirminisme tout système qui nie le libre arbitre, et prétend que riiomme est soumis dans tous ses actes à des inlluences nécessitantes. On désigne sous le nom de fatalisme cette forme spéciale de déterminisme qui attribue tous nos actes volontaires à une cause transcendante, supérieure à toute règle; tandis que le déterminisme proprement dit ne leur reconnaît que des causes naturelles, résultant, soit des lois générales du monde, soit des lois particulières à la nature humaine.

Les théories déterministes peuvent donc se ramener à trois types, selon qu'elles tirent leurs objections : de la nature de Dieu; c'est le fatalisme ou déterminisme théologique; des lois générales du monde, c'est le déterminisme cosmologique ou scientifique; enfin des lois de la nature humaine, c'est le déterminisme physiologique et psychologique.

ART. I. — Le Fatali>«me.

§ 1. — Fatalisme vulgaire. — Mentionnons d'abord le fatalisme vulgaire, celui que Leibniz appelle fatum mahumelanum et qui, sous le nom de Destin [fatum, àvaYxy]), admet l'existence d'une force aveugle, impersonnelle, irrésistible, dont nous ne saurions prévoir ni modifier les effets. Cette croyance faisait le fond de la foi religieuse des anciens Grecs; elle est aujourd'hui encore le dogme fondamental du fanatisme musulman.

Elle peut se résumer ainsi : Tout est écrit d'avance : or tout ce qui est écrit se réalise nécessairement ; donc, quoi que nous fassions, il narrivera que ce qui devait arriver.

— Remarquons que cette doctrine ne nie pas proprement la liberté de nos déterminations, mais seulement leur efficacité extérieure. D'après elle, l'homme peut toujours consentir au destin et ojler, pour ainsi dire, au-devant de lui, ou, au contraire, protester contre ses arrêts et essayer, bien qu'inutilement, de s'y soustraire. Or cela suffit pour que, au regard de Dieu et de la conscience, l'homme conserve sa responsabilité.

a) En réalité, le fatalisme nie l'efficacité des causes secondes; il admet, au mépris de toute évidence, que les contraires produiront des résultats identiques, que le feu, par exemple, agira comme l'eau, s'il est écrit que je ne dois pas me brûler; que j'ai beau manger ou jeûner, il en sera de môme, s'il est écrit que je dois mourir de faim.

h) La conclusion logique d'un pareil système est Vinaction absolue; car, à quoi bon agir, travailler, manger, etc., s'il n'en est ni plus ni moins? C'est le sophisme paresseux : loyo', àpYo'c, et dès lors, le lalaliste se trouve en perpétuelle et nécessaire contradiction avec lui-même; car vivre c'est agir, et agir c'est affirmer l'efficacité des causes secondes.

c) Bien plus, à parler en rigueur, on peut dire que l'inaction n'est pas plus justifiée que Faction. On dit au soldat musulman : si tu dois mourir, rien ne sert de fuir. D'accord; mais aussi, rien ne sert de rester. Impossible de tirer une conclusion quelconque de pareils principes.

Du reste, le fatalisme a toujours été une inspiration du fanatisme aveugle plutôt qu'un système raisonné et scientifique.

§ 2. — Fatalisme panthéistique. — 1. Il est évident que tout système panthéiste aboutit logiquement à la négation du libre arbitre. En effet, si tout est Dieu, tout devient nécessaire comme l'essence même de Dieu ; plus de contingence et dès lors, plus d'acte libre, puisqu'il est de l'essence de tout acte libre d'être accompli, pouvant ne pas Vêtre. C'est la conclusion de Spinoza : JXullum datur contingens in rerum natura. « Tout ce que Dieu fait, dit-il, suit nécessairement de sa nature. Donc, tout ce qui existe dans le monde ne peut exister d'aucune autre façon, car pour cela, il faudrait supposer à Dieu une autre nature. » Donc, rien de possible en dehors du réel, et tout ce qui n'existe pas actuellement, répugne.

2. Cette forme de fatalisme se réfute en montrant que tout n'est pas nécessaire en ce monde. De fait, l'observation la plus élémentaire y découvre partout des changements, des commencements, des successions, des modifications; or le nécessaire ne saurait ni commencer, ni changer, ni disparaître : il est éternel, immuable. Il faut donc admettre que tout ce qui est actuellement possible n'est pas actuellement réalisé; qu'il y a du contingent dans l'univers, et par suite aussi une liberté qui a choisi tel possible de préférence à tel autre, et décidé que les choses seraient ainsi et non autrement.

§ 3. — Fatalisme théologique. — Le fatalisme théoiogique se tire de \d, prescience divine.

1. 11 raisonne ainsi : Dieu, l'intelligence infinie, connaît de toute éternité tous nos actes futurs. Or ce que Dieu prévoit arrive nécessairement et tel qu'il le prévoit. Donc tous nos actes sont nécessaires.

— Remarquons d'abord qu être vu ou prévu sont des dénominations extrinsèques qui ne posent pas la nature de l'objet, mais la supposent, et par suite, que nos actes n'existent point parce

LE DKTERMINISME. -inr

que Dion les prévoit, mais au contraire, que Dieu les prcWoit parc gu ils seront et Ich qulls seront. Si donc ils sont libres

que DieuTna""' ''' "'"''"'' ^'' '' '''' ^' '' '•^^"-■^i-anJè

± On dit : mais des actes qui sont nécessairement prévus

^ont determ.nesd avance; ce n'est donc pas nous qui les déterl

humaine. ' P'"^^"-^""^^ ^^^ine est incompatible avec la liberté

Nous répondrons que ce mot deprescienre pose malle problème •

Dieu eZ t^LTh' '''''''n ''J''''''' ^"^^^ '^ connaissance de Dieu et 1 acte de 1 homme. Or, Dieu n'étant pas soumis à la durée successive du temps, il ny a pour lui ui passé ni futur, mais un éternel présent qui. dans son indivisible simplicité, emb;aTse tous es temps passés, futurs et même possibles. Donc à parler exatement, Dieu ne prévoit pas ce qui sera, pas plus qu'H ne se souvient de ce qm a été; il voit ce qui est, tel qu'il es?, et parce qu^l est (voir La science divine, Tome II, p. :ys3] ^

Sans doute nous ne saurions comprendre cette concordance de a durée successive avec une durée immuable : c'est là une des faces du problème redoutable de la coexistence du fini et de l'infini ; mais, s'il y a là mystère, il n'y a pas contradiction et dès lors, la prescience divine et la liberté humaine étant deux vérités également certaines, rien ne nous autorise à abandonner l" ne ou autre, quelque difficulté que nous ayons à les conci ier // faut au contraire j^onv parler avec Bossuet, tenir foZnntlil deu. bouts de a chaîne, guoùiu'on ne voie pas toujours le ml u par ou l'enchaînement se continue {Du Libre arb., ch. iv).

ART. II. — Déterminisme scientiflqne.

Le déterminisme moderne se place de préférence sur le t^rr^in scient.fique. A l'entendre, le libre arbitre esV fncompl fb :^^^^^^^ les résultats les mieu.x établis de la science, lien appelle

a) Au principe des lois et de Vuniforniitè de la nature leauel

r^^e^si;::;^" ^" '-' '^^^^ -^-^-^^^

Jlàl ^""''^' ''" rf^'^en,an,.s-m. mnversel,^ domine toute la c) Enfin, au principe mécanique de la comervation de V énergie,

§ 1. — Le libre arbitre et la statistique.

1. Les statistiques démontrent que les actes prétendus libres sont régis comme les autres par des lois fixes qui permètfPntT prévoir avec certitude leur fréquence et leur Zr\ Is? t nombre des mariages est aussi 'constant que o^Mos dS. !^

le nombre des crimes aussi régulier que celui des maladies. On peut prédire, à peu de choses près, quel sera, dans tel département et pendant tel mois de l'année, le nombre des vols, d(3S meurtres et des suicides. Or il est certain que personne ne meurt ni ne tombe malade de son plein gré. Il en est donc de même des autres actes; autrement, de pareilles prévisions seraient impossibles.

— On peut répondre :

a) Que les statistiques ne déterminent que les moyennes et non les cas particuliers. Or, quelle que soit, par exemple, la moyenn^ reconnue des suicides pendant une année, il ne s'ensuit nullement que tel ou tel individu sera contraint de s'ôter la vie pour parfaire le nombre prévu; pas plus que tel chirurgien médiocre, quia déjà manqué quatre-vingt-dix-neuf opérations, n'est assuré de réussir la centièmepar cette seule raison que la moyenne des réussites est de une sur cent. Aussi Cl. Bernard a-t-il pu dire de la loi des moyennes qu'e//e esl toujours vraie en généra l et fausse en particulier.

h) Notons en outre que ces moyennes ne présentent une certaiiie exactitude qu'à la condition de se répartir sur un grand nombre d'années, et que la méthode des grands nombres a précisément pour but d'éliminer l'effet des causes variables et libres qui s'annulent et se composent, pour n'accuser que le résultat des causes constantes et fatales.

c) Entm, n'oublions pas que, même alors, cette exactitude n'est jamais qu'«;j;3/'0c/(e>; or, parmi les causes assignables de ces fluctuations imprévues, l'une des principales est sans doute la détermination ou, si l'on veut, le caprice des agents libres. Et c'est là ce qui empêchera toujours, quand il s'agit d'actes volontaires, d'appliquer dans toute sa rigueur le principe de l'induction, à savoir : que les mêmes causes, placées dans des circonstances identiques, produisent toujours les mêmes effets.

2. On insiste. Au contraire, dit-on, nous l'appliquons tous les jours : nous calculons d'avance ce que les hommes feront à tel moment donné, et cela avec une certitude sur laquelle nous n'hésitons pas à risquer notre vie. C'est même là une condition nécessaire de toute vie sociale. Ainsi, pour ne citer qu'un exemple, l'administration des chemins de fer ne craint pas d'annoncer avec la dernière précision la marche des trains, cinq ou six mois d'avance, d'indiquer le point précis où ils seront à telle heure et à telle minute. C'est donc que la compagnie est sûre d'avance qu'à cette date, la voie, les machines, les voitures seront en état, les billets distribués, les locomotives sous pression, etc., c'està-dire qu'elle est sûre que chacun de ses employés aura agi de telle manière. Or, si ceux-ci étaient libres, elle ne pourrait ni

prévoir tous ces détails ni les annoncer avec une pareille assurance.

La réponse à cette difficulté se tire de la nature même du libre arbitre, lequel, ainsi que nous le verrons au chapitre iv, n'est pas pure indi'tfirmination ni indifférence sans règle, mais exige pour se déterminer des motifs proportionnés, qui sans doute ne le nécessitent pas, mais sans lesquels il ne peut entrer en activité. Or, en entrant au service de ces administrations, les employés s'engagent implicitement, mais librement, à y remplir certaines fonctions; et comme d'autre part ils n'ont aucune raison de révoquer ce consentement librement donné, qu'au contraire leur intérêt et l'humanité s'unissent au sentiment du devoir pour les y fixer, nous n'avons, de notre côté, aucun motif de craindre qu'ils manquent de propos délibéré à leurs engagements. Et voilà comment le fonctionnement régulier et pour ainsi dire mathématique des administrations, qui sont comme les rouages de la vie sociale, est parfaitement compatible avec la liberté de ceux qui s'y emploient.

Une objection plus spécieuse est celle que Kant prétend tirer du principe de causalité et du déterminisme universel.

C'est un principe fondamental que tout se tient dans la nature; que les phénomènes sont reliés entre eux par des rapports nécessaires, en sorte que chacun d'eux trouve sa raison nécessaire et suffisante dans celui qui le précède. Ici, pas d'hiatus possible; ce serait admettre un fait sans cause. Or l'acte prétendu libre est, par définition, un phénomène qui n'est lié nécessairement à aucun de ses antécédents ; il suppose donc une solution de continuité dans l'enchaînement des faits; il constitue un commencement absolu, une violation du principe de causalité.

Distinguons d'abord deux choses qui sont confondues dans l'objection, à savoir le principe de causalité et le principe des lois.

1. L'argumentation de Kant est irréprochable si l'on conçoitia cause, ainsi qu'on le fait dans les sciences physiques, comme un simple phénomène passager, antécédent nécessaire d'un autre phénomène. En ce sens, il est vrai que l'acte volontaire n'est lié nécessairement à aucun de ses antécédents. Mais, nous l'avons dit, c'est un sens incomplet, dérivé et purement phénoménal du moi cause. La causalité vraie, au sens plein et métapiiysique du mot, telle que la perçoit la conscience, implique l'idée d'une substance douée d'une énergie réelle qui préexiste à sou oflet (1).

vl) llclirc à ce propos ce nui a élu dil de l'idée do rausc, iclle que nous la (ouniil la conHi'ience. fVolf p. iw,.

Sous ce rapport, Tacte libre est relié nécessairement au moi agissant par la volonté. Cette cause, pour n'être pas comprise dans la série phénoménale des antécédents, n'en est que plus réelle, plus eflicace, plus pleinement suffisante, puisqu'elle comprend la substance même d'où émane la détermination.

C'est donc àtort qu'on voudrait voir dans l'acte libre un fait sans cause, un commencement absolu; car c'est en lui au contraice que le principe de causalité trouve son expression la plus parfaite.

2. Quant au principe des lois, qui veut que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, il n'est rigoureusement applicable qu'aux sciences physiques, qui ne connaissent que des CdMSQSunilatércdcs, c'est-à-dire nécessairement déterminées à un effet unique; mais on ne saurait, sans pétition de principe, l'étendre à l'ordre moral, car la question est précisément de savoir si les causes de cet ordre ne sont pas bilatérales, c'est-àdire, enveloppant une double possibilité d'effets contraires.

Rien ne s'y oppose a priori; et a posteriori la conscience nous atteste que la volonté est une cause de ce genre ; que, placée successivement dans des circonstances identiques, elle peut néanmoins prendre des décisions opposées. Concluons que l'acte libre n'est nullement en opposition avec le principe de causalité. Ce qui est vrai, c'est qu'il ne tombe pas sous la loi d^uniformité de la nature; et voilà pourquoi le principe d'induction n'est pas rigoureusement applicable aux actes volontaires.

§ 3. — Le libre arbitreetla conservation de l'énergie.

1. Rien ne seperd et rien ne se crée dans la nature; on n'observe partout que des transformations. Ceprincipe, fondamental dans la science, s'applique aussi bien aux forces qu'aux substances. Or un acte vraiment libre, qui ne serait pas la simple transformation d'un mouvement préexistant, équivaudrait, suivant les cas, à une création ou à une annihilation de force, c'est-à-dire à un véritable miracle. Il faut donc admettre que tous nos états intérieurs, toutes nos déterminations s'engendrent les uns les autres d'après une loi nécessaire et absolue. Nous croyons y intervenir activement ; en réalité, nous sommes simples spectateurs des transformations successives de la force qui réside en nous, et ce que nous appelons volonté se réduit, en somme, à la conscience d'un réflexe.

— Rappelons d'abord le caractère purement mécanique de cette loi de la permanence de la force ; car elle ne se démontre rigoureusement que dans l'hypothèse d'un système ferme d'éléments matériels inertes. Or la question est précisément de savoir si l'univers dans sa totalité, si l'homme en particulier est un tel système.

Admettons que la loi ait été exactement vérifiée dans le do-

Ll^ DÉTERMINISMi;. 359

inaine de la physique et de la chimie. Admettons, bien que la démonstration n'en soit guère possible, qu'elle est applicable au monde végétal, et que la force végétative est, pour la plus grande partie, de la force solaire transformée sous l'action vitale. Admettons encore qu'il en est ainsi pour les mouvements réflexes : que les muscles de l'animal sont des accumulateurs de force mécanique, laquelle n'attend que l'excitation venue du dehors pour se transformer, par la réaction nerveuse, en contraction musculaire ; il ne s'ensuit nullement qu'il en soit de même pour les mouvements musculaires libres. Dans ces mouvements que nous produisons, que nous arrêtons, que nous modifions à notre gré, l'ébranlement nerveux provient nécessairement d'une force nonatomique, c'est-à-dire non matérielle, absolument soustraite à la fatalité, faits avulsavoluntas.

2. Mais alors, dira-t-on, si la volonté peut à son gré introduire de nouvelles forces dans le monde, que deviennent la rigueur et laprécision de la science?

— A cette objection nous répondons :

a) Que ces variations d'énergie produite par les volontés sont nécessairement de peu d'importance et disparaissent devant l'énorme quantité de force de l'univers physique; d'autant p-lus que, tantôt positives, tantôt négatives, leurs etTets se compensent et s'annulent.

h) Que la force corporelle nécessaire à l'exécution des volitions préexiste dans les muscles, et s'entretient par la nutrition; que le rôle de la volonté libre se borne à provoquer ou à suspendre, à diriger dans un sens ou dans l'autre la transformation de ces forces ; comme le mécanicien sur la locomotive ne produit pas les forces qui la mettent en marche, mais, par un mouvement imperceptible, les dirige, les arrête ou les lance à son gré. — Bref, ladécision libre, en elle-même, comme force immatérielle, écha,pi>e k là loi physique de la conservation de l'énergie; mais les antécédents organiques qui la conditionnent et l'exécution matérielle qui la suit sont rigoureusement soumis à cette loi. Voilà pourquoi le/'oit, cliez qui le cerveau refuse son concours aux antécédents de l'acte de volonté, est incapable de se décider librement, et, d'autre part, la décision prise d'aller en promenade n'est pas suivie d'exécution chez le paralytique, faute d'énergie disponible dans ses facultés motrices.

Il nous reste à examiner les deux formes de déterminisme qui tirent leurs objections de la nature humaine : à savoir, le déterminisme phi/siologiqueel le déterminisme psychologique.

ART. III. — lie déterminisme physiologique.

§ 1. — Exposé. — Le déterminisne physiologique attribue les actes volontaires au tempérament, à l'état des nerfs et en particulier du cerveau: il n'y voit que des réactions nécessaires de l'organisme au contact des influences extérieures. D'après lui, la volonté, loin d'être une cause, n'est que la résultante fatale de toutes les forces qui agissent sur nous. Si les hommes n'agissent pas tous de la même manière, c'est uniquement qu'ils sont différemment conformés. Ainsi raisonnent Cabanis, Broussais, Taine et tous les matérialistes.

« L'homme, dit Moleschott, est la résultante de ses aïeux, de sa nourrice, du lieu, du moment, de l'air, etc.. Sa volonté est la conséquence nécessaire de toutes ces causes..., l'expression nécessaire d'un état du cerveau produit par des influences extérieures. » La conclusion est que, si l'on connaissait exactement toutes les influences extérieures et intérieures auxquelles un homme est soumis, on pourrait en inférer à coup sûr la manière dont il agira dans tel cas donné.

§ 2. — Critique. — 1. Sans doute l'organisme, l'hérédité, les circonstances extérieures exercentsur la volonté une influence considérable en bien et en mal; mais il est faux que cette influence soit irrésistible. Des faits nombreux prouvent qu'une volonté énergique peut avoir raison du tempérament le plus vicieux. Par la réflexion l'homme se possède lui-même, et sa volonté a toujours le pouvoir de résister aux impulsions, de quelque part qu'elles viennent. Du reste, le tempérament n'imprime à la volointé qu'une direction très générale qui ne détermine en aucune façon les actions particulières. Ainsi, un homme sanguin éprouvera sans doute un vif besoin d'agir et de se dépenser, mais ce besoin pourra se satisfaire aussi bien par des acte? de courage et de dévouement que par des actes violents et criminels.

2. On conçoit que toute théorie déterministe a pour conséquence immédiate de supprimer la morale ; car, sans liberté, plus de devoir, plus de responsabilité, plus de mérite ni de sanction. Aux yeux du déterminisme physiologique, la vertu se confond avec un heureux tempérament et le vice avec la maladie; les châtiments deviennent des remèdes, et l'éducation une hygiène. Les prisons se transforment en hôpitaux et les plus grands criminels ne sont que des malades, d'autant plus dignes d'intérêt et de sympathie qu'ils sont plus coupables. Nous ne nous arrêterons pas à discuter de pareilles conclusions.

Page 1