‹ Cours de philosophieChapitre 146 sur 328 · I. — Lintelligence et le libre arbitre · texte numérisé non relu

I. — Lintelligence et le libre arbitre

P'apr^s Leilitii/., la volonté étant invinciblement déterminée jiar la connaissance du /««(V/t-'t;;', son indéloi'mination et saliberté ne persistent qu'autan qu'on délibère, c'est-à-dire qu'autant qu'on ignore et qu'on cherche entre tous les motifs lequel est le plus avantageux. Il s'ensuit que le degré de liberté est en raison inverse du degré de pénétration de l'esprit, et que, dans le cas d'une intelligence infinie qui a l'intuition immédiate de toute vérité, la liberté est nulle, précisément parce qu'elle ne laisse aucune place à la délibération.

— C'est le contraire qui est vrai. l:;n réalité, l'être le plus libre est celui qui a l'intelligence la plus ouverte et la plus ferme, celui qui a le plus de connaissances et de sérénité mentale. Il est facile de le comprendre.

I. Une activité est d'autant plus libre qu'elle est moins limitée dans son exercice, c'est-à-dire que .son champ d'action est plus étendu et qu'elle dispose de plus de ressources. Or un motif que je ne soupçonne pas, un avantage que i'ignore, une conséquence que je ne prévois pas, sont autant d'éléments qui échappent à la liberté de mon choix. Il y a là pour moi comme une issue fermée, une véritable restriction à ma liberté. Il faut donc conclure que tout ce qui diminue la portée de l'intelligence, comme l'ignorance, l'inattention, la faiblesse d'esprit, etc., diminue d'autant l'étendue et la perfection du libre arbitre. La preuve en est que, dans l'estimation des hommes, la responsabilité d'un acte est toujours proportionnée au degré d'intelligence et d'instruction de l'agent, à la préméditation qu'il y a apportée; tandis que l'ignorance ou le manque de réflexion sont considérés comme des circonstances atténuantes.

•J. D'autre part, l'indétermination de la volonté survivant à la pleine connaissance des motifs et de leur valeur relative, — nous l'avons démontré contre Leibniz, — il s'ensuit que la délibération n'est pas essentielle à l'acte libre; qu'elle est au contraire la mai-que d'une volonté imparfaite qui cherche la lumière et s'efforce d'assurer la liberté de son choix. Voilà pourquoi l'intelligence infinie de Dieu, qui le dispense de toute délibération, est la condition même de son absolue liberté.

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