II. — Les passions et le libre arbitre
D'après les Epicuriens, suivis en cela par plusieurs modernes, la liberté consiste à s'abandonner sans frein à la pa.ssion, et un homme est d'autant plus libre qu'il a plus de pa.ssions avec plus de moyens de les satisfaii'e.
— C'est confondre la liberté avec le libertinage qui en est le contre-pied. En réalité, la passion ne va qu'à diminuer le libre arbitre et même, en certains cas, à le supprimer.
1. En effet, la liberté, étant par définition le pouvoir de se déterminer soimême, sera d'autant plus entière et plus parfaite, que l'agent sera plus vraiment maître de lui, et que le non-moi aura moins de part à ses déterminations. Or la passion, le mot l'indique, est un état où le moi est plus passif qu'actif, où le moi est déterminé, entraîné, tyrannisé par le non-moi.
Donc celui qui .s'abandonne à ses passion.s, bien loin d'étendre sa liberté, d'affirmer sa souveraineté sur la nature inférieure, abdique au contraire et s'aliène en renonçant librement, mais honteusement, à la possession de luimême pour se faire l'esclave de la chose.
2. Les anciens l'avaient compris : .Xon ipsi votuptalem , sed ipsos voluplas kabety disait Sénèquc des hommes de plaisir. Et parlant do la cupidité : D'wiiLv apuil siipienlem virum in servUiilc sunl : apnd slultum in imperio. Aussi les Stoïciens proclamaient-ils que Ir sa;/e xcul e^l libre, parce que lui seul est maître de ses passions.
Nous pouvons (lonc conclure que le degré de liberté dont nous jouissons est en raison inver.se du pouvoir que les passions exercent sur nous, et que cotns nio piulosopiue. — t. i. 24
g-jQ PSYCHOLOGIE.
sa perfection consiste, non pas à se faire moins violence pour leur résister Su?rement ranimai serait plus libre que l'homme), mais a avoir moois besora de se Taire 4lence pour les vaincre. Leibniz a forniulé tn..s clairement et frèrexactement cette importante vérité. Eo magu est hberla^ qm maycs aaitnrZraUme; eo magis est ser.ilus quo magis agitur ex mum^ pa.siombas. Zmluamus à^imu^ ex rallone, eo magis sequimur perfecl.o^iem no.lrœ nZrœTquovero mugis ex passionibus agimus, eo rmgu .crvnms polenUee rerum extranearum.