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L'IDÉE DU MOI — LA PERSONNALITÉ

Il importe, en terminant ce traité, de préciser l'idée du moi, principe de tous les actes et sujet de toutes les modifications qui font l'objet de la psychologie expérimentale, et de marquer exactement la nature et les prérogatives de la personne humaine en tant qu'elle se distingue de la chose.

ART. I. — Ij'idéeilu moi.

Le moi est la personne en tant qu'elle prend conscience d'elleftième, en tant qu'elle s'affirme, se pose et s'oppose au non moi. Vidée du moi est la représentation que nous nous faisons de ce moi. Quels sont les caractères les plus saillants de cette idée? Quel est proprement son contenu et comment se forme-t-elle? Trois points à examiner successivement dans ce premier article sur le moi.

§ 1. — Caractères essentiels de l'idée du moi.

1. Le premier caractère de cette idée est sa clarté absolue et son évidence immédiate. Tandis que les objets extérieurs sont perçus au moyen d'organes plus ou moins fidèles et à travers certains milieux qui les dénaturent toujours quelque peu, la conscience perçoit le moi et sa modification directement et sans aucun intermédiaire; aussi l'idée que nous en avons est-elle la plus claire, la plus évidente que nous puissions souhaiter, tellement que le doute sur la réalité de son objet est impossible. Comme dit Descartes, « je puis à la rigueur feindre que tous les corps,

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y compris le mien, sont anc-antis, mais je ne puis m'empêcher de croire que moi, qui doute, je suis et j'existe ».

"i. Un autre trait caractéristique de l'idée du moi, qu'elle ne partage avec aucune autre idée, c'est une fixilr invariable et une permanence qui contraste absolument avec les idées que nous fournit le monde extérieur où tout est mobile et changeant. En elFet, au sein de cette multitude infinie de phénomènes que nous constatons autour de nous, aussi bien que des faits intimes qui se succèdent en nous, la conscience nous atteste l'existence d'un être absolument un et identique, d'un être auquel je rapporte tous les actes que j'accomplis comme à leur cause unique et toutes les modifications que je subis comme à leur sujet invariable : c'est le moi.

Ce sont ces caractères d'unité et d'identiU' que l'idée du moi emprunte à l'objet qu'elle représente qui font sa valeur exceptionnelle et son importance capitale. Ce sont eux en efi'et qui nous permettent de nous élever aux idées rationnelles de durée, de substance, de cause, etc., et nous ménagent ainsi la transition du monde physique et concret au monde métaphysique, et sans lesquelles nous serions éternellement prisonniers du relatif et du contingent (Voir ci-dessus, pp. 185 et suiv.. Les donmes de la conscience) .

L'étude de ces caractères sera complétée et approfondie en métaphysique, alors que nous aurons à parler de l'âme ellemême, de sa nature et de sa distinction d'avec le corps. En attendant, il faut indiquer quels sont les éléments qui constituent le moi, et que représente l'idée que nous en avons.

5; 2. — Contenu de l'idée du moi.

1. L'idée du moi comprend d'abord et essentiellemenl notre ii'ps et notre fn/ic substantiellement unis l'un à l'autre pour former ce tout naturel qui est la personne humaine. Et de fait dans la pratique de la vie, les pronoms je et moi s'emploient indifi'élomment pour désigner notre corps ou notre âme. Toutefois, on !>• comprend, ces deux éléments, bien qu'essentiels, ne tiennent [las la même place dans l'idée que nous nous faisons du moi; en réalité, c'est toujours l'âme qui est au premier plan, car c'est elle après tout qui communique au moi son unité, son identité, son raractère de cause libre et responsable.

Tel est comme le fond substantiel autour duquel viennent se grouper les autres éléments de la personnalité.

2. Ces éléments accidentels sont d'abord la conscience do notre passé, tel que la mémoire nous le rappelle; puis nos habitudes bonnes ou mauvaises, notre expérience acquise, notre manière habituelle de penser, d'agir et de sentir qui constitue notre carac-

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tère personnel ; enfin, cette infinité de détails et de notes essentiellement individuelles qui font de l'idée du moi une notion absolu- - ment unique, indéfinissable, incommunicable.

§ 3. Formation de l'idée du moi.

1. La conscience, telle qu'elle nous apparaît à létat adulte, oppose nettement le sujet quelle appelle moi à tout ce qui n'est pas lui et, dans ce sujet lui-même, elle distingue sans effort diverses opérations et impressions, attribuant les unes à ce qu'elle appelle son corps, les autres à son âme; considérant les unes comme de simples manières d'<Hre ressenties par le moi, et les autres comme représentatives d'objets qui sont ou bien différents du moi, ou bien le moi lui-même perçu comme du dehors et non plus seulement éprouvé du dedans.

Nous avons vu plus haut ipp. 99 et suiv.), comment nous acquérions l'idée de notre moi corporel; inutile d'y revenir. Voyons maintenant comment se forme la notion de notre moi spirituel, c'est-à-dire de notre àme?

2. La conscience de notre àme s'acquiert et se perfectionne en même temps que celle de notre moi corporel.

Durant les premières années de la vie, l'enfant saisit tout ensemble et son àme et son corps dans les opérations complexes où tous deux ont part. Mais cette connaissance reste vague et implicite. L'enfant éprouve des perceptions, des sensations, des impulsions sensibles, sans savoir ce qu'est le corps ; il a conscience de pensées, de sentiments, d'actes volontaires, sans savoir ce qu'est la pensée ni ce qu'est l'âme. L'éducation, morale et religieuse surtout, contribuera beaucoup à dégager la notion nette et dis- » tincte de l'âme et du monde immatériel en général, dont l'enfant a l'impression confuse et que difficilement il interprétera sans un secours étranger.

Grâce au seul sens du toucher et en faisant allusion à l'affection qu'elle avait pour ses parents, la religieuse chargée de l'éducation de l'aveugle sourde-muette Marie Heurtin, fît comprendre à son élève la notion des êtres immatériels.

« Un jour, dit M. Louis Arnould, l'enfant venait de recevoir une lettre de son père, elle en était tout heureuse et elle baisa la lettre à plusieurs reprises. La sœur s'approche aussitôt et lui tient à peu près ce langage, s'assurant à chaque pas qu'elle est bien suivie : « Tu l'aimes bien, ton papa? Tu les aimes bien, ta tante et ta petite sœur? Mais avcQ quoi les aimes-tu? est-ce avec tes pieds? Non; avec tes mains? Non. C'est quelque chose en toi. dans ta poitrine, qui les aime. Eh bien ! ce quelque chose qui aime est dans le corps, mais ce n'est pas le corps, on l'appelle l'àme, et au moment de la mort, le corps et l'âme se séparent.

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Ainsi, quand Sunir Joseph est morte, tu as tâté son corps qui était glacé; mais son ;\me qui t'aimait est partie ailleurs; son àme vit toujours et continue i\ t'aimer... » Ainsi naquit dans l'esprit de reniant la notion si difticile des êtres immatériels. »

ART. II. — Ijc « Moi » et le « Je ».

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