LA PERSONNALITÉ
C'est ce que le docteur Prince entreprit de réaliser. Par tout un système de suggestions habiles, il tenta de faire cette unité autour do B IV qui lui sembla être le moi primitif de sa malade. Cette première tentative n'eut pas de succès : la personnalité vraie de miss Beauchamp n'était pas B IV seule, mais une combinaison de B I et de B IV. La personnalité adventice et fausse, dans ses éléments vraiment irréductibles, semblait être Sally. Comme Félida dans son état second, Sally connaît les autres moi de miss Beauchamp, mais elle refuse de se les attribuer. La guérison sera complète lorsque Sally sera éliminée comme personnalité spéciale. C'est à quoi s'appliqueront les suggestions du médecin et les elTorts conscients de la malade : ce qui est invention pure dans les pensées de Sally perdra peu à peu le • aractère de la réalité ; quant à Sally elle-même, elle cessera de s'opposer à miss Beauchamp et parlera à la première personne des événements qui lui sont communs avec elle.
^3. — Conclusions psychologiques et métaphysiques.
Un sujet apparemment unique se comporte comme s'il j)osséda\t soit successivement, soit même simultanément plusieurs personna^ lités distinctes. Tel est le caractère commun qui se dégage des faits observés.
i. Au point de vue psychologique, il faut rendre compte de ce double aspect de multiplicité des personnalités, et d'unité de sujet.
a) La multiplicité des personnalités n'est que ïétat fort d'un phénomène normal. Il arrive fréquemment qu'un même je possède des moi divers qui constituent des synthèses d'associations bien caractérisées et plus ou moins complètes. Un magistrat, par exemple revêtira, avec sa robe rouge, le moi du président de tribunal et durant les longues heures d'audience restera dans ce moi, sans elTort et sans défaillance, par le seul jeu des associations dont la synthèse constitue son moi de juge. Dans les cas anormaux et morbides, ces synthèses associatives s'organisent complètes et peuvent être étrangères les unes aux autres.
h) Vunitc du sujet se fait jour à travers ces diverses personnalités. En effet :
a. Si l'état normal ignore ce qui se passe dans la condition seconde, les cas que nous avons rappelés et nombre d'autres étudiés notamment par M. Pierre Janet, montrent que dans l'état aecond, le sujet connaît les faits de conscience éprouvés à l'état normal.
p. Il n'est pas rare même qu'à l'élal second, le sujet reconnaisse comme lui appartenant les faits de conscience de l'état
COUnS DE PHILOSOPHIE. — T. I. 27
normal; et lorsqu'il en refuse la respoasabilité, la nianière même dont il témoigne les connaître indique qu'en réalité il en a, non pas une connaissance absiraile, mais véritablement conscience.
2. Aupoint de vue métaphysique, les altérations de IdL conscience de la personnalité laissent intactes Yunité et VideniiJé réelle, donc la personne réelle, du sujet. En effet, outre les raisons psychologiques que nous venons de rappeler, les faits montrent clairement que les diverses synthèses associatives qui constituent les différentes personnalités se composent exclusivement d'éléments qui appartiennent à la vie psychologique d'un même sujet (voir p. UO et 411, Le « je »).
APPENDICE li'héréilité psychologique.
L'hérédité est cette loi fondamentale de la ne en vertu de laquelle le semblable engendre son semblable. Cette ressemblanee ne porte pas seulement sur les caractères essentiels et spécifiques du générateur, mais encore sm* une foule de détails individuels et de particularités acquises, tels que le tempérament, les traits du visage, le germe de certaines maladies, le son de la voix et jusqu'à l'attitude et à la démarche. S'il est des exceptions, il faut les attribuer au dualisme des générateurs, aux accidents qui ont pu survenir pendant la période embr}'onnaire, à certaines circonstaDees extérieure-s, ou enfin k l'atavisme (1).
On peut donc distinguer deux sortes d'hérédité : une hérédité fondamentale et spécifique qui assure la perpétuité de l'espèce, et une hérédité secondaire plus ou moins individuelle qui donne une certaine stabilité à la famille et à la race.
Cette grande loi de l'hérédité, souveraine en biologie, n'est pas sans ïbfluence dans les choses de l'àme ; comment et dans quelle mesure s'exercet-elle ?
I, — L'hérédité en psychologie.
1. Remarquons d'abord que l'hérédité n'est, dâne aucun ordre ai à aucun degré, un principe de création et d'acquisition, mais seulement un principe de conservation et de stabilité. Par elle-même, elle se borne à transmettre
(1) On dislingue une liérédité directe et imméliate par laquelle le descendant reproduit certaines particularités individuelles de ses ascendants immédiats, c'est-àdire dé son père et de sa mère, et ime hérédité médiate ou en retour, connue aussi sous le nom A'atavisme, par laquelle les descendants ressemblent à lears ancêtres plus qu'à leurs parents immédiats. Ainsi un petit-fils ressemJjlera à son grand-père plus qu'à son propre père, et une maladie liéréditaîre dans une famille sautera une ou deux génération* pour reparaître à la seconde «u à la troisième.
Quant à l'hérédité collatérale, en vertu de laquelle &ertaiiie6resseml»lajiCB« paraissent se transmettre en ligne collatérale, par exemple, d'un oncle à un neveu, elle n'est en réalité qu'une combinaison des deux précédentes; car, si un oncle et an neveu se ressemblent, celte ressemblance dérive évidemment d'un ancêtre commun. On réserve le nom d'hérédité collatérale au.\ cas où les caractères semblables trouvés dans les deux collatéraux n'ont apparu clairement chez aucun des ascendants coraojuns, mais sont restés en œs derniers à l'état latent.