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CHAPITRE PREMIER

LES SIGNES ART. I. — Xalurc tlu sig^ne; ses espèces.

§ 1. — La Nature du signe.

1. En général, on entend par signe tout phénomène acluellemenl sensible qui éveille dans une inlelUgence l'idée d'un autre phénomène aOsent ou inaccessible aux sens. La fumée est le signe du feu; les bourgeons sont le signe du printemps, et une tenture noire appliquée contre une maison signifie que quelqu'un vient d'y mourir.

La signifcalion est donc cette propriété qu'a le phénomène ippelé signe, de nous faire penser à autre chose qu'à lui-même. Ainsi, quand j'entends prononcer le mot cheval, ma pensée va directement à l'animal de ce nom, sans s'arrêter au mot qui le désigne. Tout signe forme donc essentiellement un couple, dont k: premier terme est relié au second, et, sous ce rapport, la signili cation peut être considérée comme un cas particulier de l'association.

Toutefois, il y a cette difïérence essentielle, que l'association sopcre mécaniquement, en vertu de la loi de contiguïté; tandis que, dans le signe, primitivement du moins, le premier terme n'évoque le second qu'autant que l'intelligence a saisi le rapport qui les unit : car dans la suite, l'habitude aidant, le passage du signe à la chose signifiée s'opère automatiquement par le seul jeu •le l'association. — C'est ce qu'on appelle comprendre.

2. En analysant l'idée de signe, on y découvre donc trois éléments :

a) L'klée d'un phénoraène actuellement sensible : c'est la chose qui signifie, c'est le signe ;

b) L'idée d'un phénomène absent ou invisible : c'est la chose qui est signifiée;

c) Un rapport qui unit ces deux idées et en vertu duquel la première signifie la seconde.

Ces trois éléments ne constituent à vrai dire que le signe en puissance; le signe en acte suppose de plus la perception de ce rapport. Or, seule l'intelligence en étant capable, il s'ensuit que partout où celle-ci est absente, il peut sans doute y avoir des phénomènes susceptibles de signifier, il n'y a pas de signe actuel ni de véritable signification.

3. 11 s'ensuit encore que, plus un être est intelligent, plus pour lui les :hoses deviennent significatives^ précisément parce qu'il saisit mieux leurs rapports. Tout est signe pour le savant : tandis que les phénomènes ne disent rien ou presque rien à l'ignorant. D'autre part, il est évident que l'animal, étant dépourvu d'intelligence proprement dite, ne saurait comprendre le signe en tant que signe; il n'y a chez lui que des associations d'images. Ce qui fait illusion, c'est qu'un phénomène éveillant dans son imagination l'image d'un autre phénomène, il agit comme s'il comprenait.

§ 2. — Signes naturels et sig'nes conventionnels.

On peut sans doute classer les signes d'après la nature du pliénomène destiné à signifier, en signes visibles, en signes auditifs et en signes tactiles; mais une classification plus importante et plus scientifique est celle qui, se basant sur la nature du rapport qui relie le signe à la chose signifiée, distingue le signe naturel et le signe conventionnel.

i. Le signe est naturel quand le rapport résulte d'une loi de la nature. Ainsi la fumée est le sig;ne naturel du feu, parce que ces deux phénomènes s'accompagnent en vertu d'une loi physique. De même, le rire est le signe naturel de la joie, les larmes le signe de la douleur, la rougeur le signe de la honte, parce que ces phénomènes résultent de la réaction naturelle du moral sur le physique, de l'àme sur le corps (1).

On peut dire en général que comprendre un signe naturel, c'est voir dans le phénomène sensible la marque d'une chose actuelle-

(1) On peut ramener à cinq types les rapports naturels du signe à la chose signifiée :

a) Rapport de cause à effet : la fumée est signe du feu.

b) Rapport de moyen à fin : la charrue est signe de l'agriculture-

c) Rapport de smutfanét'ië habituelle : l'Iiirondelle est signe du printemps.

d) Rapport de ressemblance : le portrait est signe delà personne représentée.

e) Rapport A'analogie .-la couleur noire est signe de deuil.

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