LES SIGNES
mrnt invisible, la trace d'une chose passée au Vindke d'un phénomène à venir.
2. Le signe est conventioirnel quand le rapport du signe à la chose sip;nifiée est le résultat d'une convention arbitraire. Ainsi le laurier est le signe conventionnel de la victoire. Les caractères sténographiques, les chitlVes qu'emploient les diplomates pour transmettre leurs dépèches, les signaux optiques, les sonneries de clairon dans les manœuvres militaires, la notation musicale, etc., sont autant désignes conventionnels.
Il suit de là que ces signes ne sont compris que par ceux qui sont an courant de la convention; tandis que, pour comprendre les signes naturels, il suffit de connaître la loi en vertu de laquelle ils se produisent. Or, comme nous connaissons tous par expérience ou par sympathie les principales lois qui régissent les rap" ports du physique et du moral, il résulte que les signes naturels, qui expriment les divers états d'âme : gestes, exclamations, jeux de physionomie, etc., sont plus ou moins bien compris de tous les hommes.
3. Les signes naturels, résultant de lois fatales, sont produits involontairement, parfois même inconsciemment et sans aucune intention de signifier: aussi ne sont-ils par eux-mêmes que des indices. Ils ne deviennent actuellement signes qu'autant qu'une intelligence est là pour les interpréter et les comprendre.
Au contraire, le signe conventionnel, étant intentionnellement produit dans l'unique but de signifier, est par lui-même essentiellement et exclusivement signe; car toute sa raison d'être est de signifier, d'exprimer quelque chose. Non seulement ilnepeut être compris, mais il ne peut être donné que par un être intelligent qui en connaît la valeur, et qui s'en sert pour éveiller une idée dans une autre intelligence.
ART. II. — l>c la protlnctioii rt île l'interprétation fies sig^nes.
L'école écossaise, suivie en cela par Joutîroy, Garnier et plusieurs autres philosophes, croit nécessaire d'admettre dans . rtiomme deux facultés spéciales : une faculté d'expression pour produire, et une faculté d'interprélalion pour comprendre les signes naturels, d'instinct et antérieurement à toute expérience,
.Nous estimons que c'est là une hypothèse inutile. \ln réalité, l'intelligence des signes s'exphque très naturellement par le simple jeu des facultés et des opérations connues.
§ 1 . — Comment l'enfant arrive-t-il à comprendre les signes ?
1. 1/cnfant souffre, il pousse des cris, c'esl là un phénomène involonlaire. simple réaction naturelle de la sfMisihilité sur les
organes. Ce cri n'est encore que Ve{fel de la douleur, il n'en est pas le sigt^e proprement dit, bien qu'il puisse en être l'mrfice pour ceux qui l'entendent. En réalité, ce n'est pas encore l'enfant qui parle, mais la nature qui parle en lui. C'est à ce degré qu'en restent les animaux.
2. Mais l'enfant a le germe de l'intelligence. Ces deux phénomènes de la douleur et du cri qu'elle lui fait pousser, se répétant fréquemment l'un à la suite de l'autre, finissent par s'associer dans son esprit; bientôt il en saisit le rapport; il comprend que le cri est signe de douleur : il se comprena.
3. Dès lors aussi il comprendra autrui. Qu'un autre enfant vienne à pleurer devant lui, l'association et la sympathie organique aidant, il comprendra vaguement qu'on souffre. Ce cri est pour lui vraiment signe, car il éveille en son esprit l'idée de douleur qui y est associée.
§2. — Comment l'enfant arrive-t-il à parler, c'est-à-dire à produire délibérément le signe avec l'intention de signifier?
1. 11 a remarqué une autre liaison : la souffrance lui a fait pousser le cri; à son tour, le cri lui a attiré quelque caresse, quelque soulagement. Ces deux phénomènes s'associent pareillement en son esprit; il perçoit leur rapport, et bientôt le désir d'obtenir cette caresse ou cette douceur le porte à produire avec intention et artificiellement le cri qui la réclame ou le geste qui l'appelle. Dès lors ce cri, ce geste sont un véritable langage, car ils sont l'expression comprise et voulue d'un désir ou d'un besoin.
Comme dit Maine de Biran, « l'enfant ne commence vérita- 4)lement à donner des signes que lorsqu'il transforme lui-même ses cris ou ses interjections en signes de réclame, ou qu'il s'en sert pour appeler à lui ».
2. L'enfant comprenant la valeur de ces signes et le parti qu'il en peut tirer, s'élève bientôt à l'idée générale de signe comme instrument universel; il comprend qu'il peut tout exprimer, tout demander. Cette idée engendre en lui le désir et ce désir engendre l'effort qu'il fait pour s'exprimer. Il imite les sons qu'il entend; il associe ces sons aux objets qu'on lui désigne; peu à peu il retient les mots qu'on lui enseigne, les reproduit plus ou moins exactement, et passe ainsi par une transition insensible du langage naturel au langage conventionnel.
Telle est dans ses phases successives, ce qu'on peut appeler Yorigine psychologique du langage, c'est-à-dire la manière dont l'enfant apprend à comprendre et à produire les signes.