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ORIGINE DU LANGAGE

tiblos uno piolendue faculté d'expression. Une théorie très voisine est celle de Jlax Mullcr (dans ses premiers ouvrages), d'E. Renan et de quelques piiilologuos contemporains, qui voient dans le langage le résultat d'un instinct spécial en vertu duquel les mémos radicaux s'associent naturellement dans tous les esprits aux mêmes idées.

• C'est une loi primitive de l'esprit, disont-ils, que l'idée généi-ale appelle et suggère le mot . Ainsi l'homme n'a pu avoir dans la pensée les ide^es de voir, de labourer, de manger, sans avoir naturellement sur les lèvres les racines abstraites : id, ar et ed qui les expriment. Ces tvpes phonétiques irréductibles, qui se retrouvent identiques dans toutes lès langues ne peuvent s expliquer m par l'onomatopée, ni par Finterjection, et sont véritablement innés.

,,.'^^:~. Critique. - 1. Nous en avons déjà fait la remarque, le recours à 1 inneite est sans doute un procédé commode, mais peu satisfaisant Loin de nen expliquer, il équivaut en réalité à un aveu d'impuissance; c'est de la philosophie paresseuse, dirait Leibniz.

2. De plus, cotte théorie a pour conséquence d'exagérer le caractère naturel du langage et on se demande dès lors d'où vient la diversité infinie des langues et leurs métamorphoses continuelles; car enfin, un instinct est par tout le même. On répond, il est vrai, qu'avec le temps cet instinct a pu s'atrophier faute d'usage; mais ce n'est là qu'une assertion aussi gratuite aue les précédentes. ''

3. Cette prétendue identité dos racines primitives et irréductibles chez tous les peuples est une affirmation fantaisiste qui ne saurait s'établir d'une manière tant soit peu scientifique.

4. L'existence de mots innés entraine l'innéité des idées qu'ils expriment • car un mot n'est un mot qu'en vertu de son association avec l'idée qu'il" exprime, et une association ne peut être innée qu'autant que les deux termes le sont également. Or il est impossible d'admettre que nos idées soient vraiment innées. ov^imi,

5. Remarquons enfin que l'intelligence et, avec elle, lelaniragc ne débutent point par des idées générales, et qu'en conséquence . les" premiers tvnes phonétiques n'ont pu être aussi arrêtés dans leur forme et aussi abstraits et généraux dans leur signification que les racines citées . (M. Bréal).

IV. ~ Théorie de l'élaboration progressive du langage naturel.

I - Exposé. - 1. La plupart des philosophes contemporains, avec \\iutney. après Leibniz admettent que l'origine du langage arti.-ulé s'explique suffisamment par l'élaboration progressive du langage naturel, opé?ée sous la pression du besoin, avec le concours du temps et la collaboration de toutes nos facultés, militas expressil nomina rerum, dit Lucrèce "^ ^^'°° "^ JJ^^'lJ'^f' disent-ils, l'homme naît avec la faculté de parler; comme êti-c soc able. .1 en éprouve le besoin, étant pourvu d'un organe vocal il s'en sert natureUement pour manifester ses impressions et ses désirs '

6) Ltant inteUigent, il perçoit les rapports du signe à la chose signifiée etséleve spontanément a l'Idée générale de signe comme instruMamiunTversel d expression. ^"-'«n m uni-

c].Aussi euiploie-t-il intentionnellement les éléments que lui fournit \e^ langage naturel : h«<ery.c<io„ que lui arrachont la surpris., la c?a n ou la douleur (1), Vonomalopée, c'est-à-dire l'imitation des sons qu'î ^ntond"

(1) " Le langiige. «lit Whilney, a commencé par un cri <le.louleur arrirlui »nri, france, compris par la sympathie et répété ensuite int^XnïeiSïnt' nJ^ "^" •r.nmalion pour signifier : je soutn-e, j'ai souffert, je sc!iffrirai ° '"' "" '*"«

i34 PSYCHOLOGIE.

bruits de la nature, cris d'animaux, etc. (ta ôvôixata |X'.(iTn(iaT«, disait Aristote); et, s'aidantdes gestes expressifs, il parvient à désigner les objets, à signifier ses volontés.

d) Puis, recourant aux comparaisons, aux analogies, aux métaphores, il exprime les idées abstraites, les réalités suprasensibles, et peu à peu son langage se développe et se perfectionne pour s'accommoder aux progrès croissants do son intelligence et aux besoins de sa civilisation.

Ainsi se constitue le langage, non pas tardivement, non par voie de convention ni de construction raisonnée et réiléchie, mais prompteraent, naturellement et pai- le jeu spontané des facultés humaines (1).

2. On voit que, dans cette théorie, la parole nait et se développe dans l'humanité à peu près de la même manière et en passant par les mêmes phases que dans chaque enfant, et l'on peut dire que l'enfance du langage n'est en somme que le langage de l'enfance.

Du reste, il en est de même de tous les arts, .\insi, l'homme est naturolliment doué de la faculté de se vêtir et de se loger. Sous la pression du besoin, il se contente d'abord des ressources que lui offre la nature : il se couvre de peaux de bêtes, il se réfugie dans des cavernes; bientôt, par son industrie, il modifie les éléments naturels, il se confectionne des vêtements, il se construit des abris, grossiers sans doute, mais mieux adaptés à ses besoins. Peu à peu il devient plus exigeant et plus habile, et, profitant de l'expérience des siècles, il finit par réaliser des chefs-d'œuvre. Ainsi, toute proportion gardée, en a-t-il pu être du langage.

II. — Conclusion. — Ou le comprend dès lors, s'il est faux de dire que 1<> langues se composent de signes purement naturels, que l'homme parle comme le chien aboie, pour emplo\ er la comparaison d'Épicure, — car alors les hommes parleraient tous le même langage, — il est encore moins exact de prétendre qu'elles sont formées de signes purement artificiels, choisis arbitrairement et adoptés à la suite dune convention préalable.

En réalité, l'élément naturel et l'élément conventionnel s'y trouvent mêlés d'une façon si intime qu'ils ne peuvent plus se discerner ni se séparer. On l'a ti'ès bien dit, la liaison du sens au mol n'est jamais nécessaire, jamais arbitraire, toujours elle est motivée à la fois parla nature de l'objet et par le caractère et les conditions du sujet.

Eu somme, le langagi- est en lui-même bien plutôt un produit des causes naturelles que de l'activité libre de la pensée, et ses dé\ eloppements ont un caractère tout spontané par lequel ils échappent presque complètement à l'action directrice de l'activité réfléchie. Sous ce rapport la science du langage se rapproche des sciences de la nature.

Donc, à la question de savoir si les mots d'une langue sont des signes naturels ou des signes conventionnels, on peut répondre qu'ils ne sont proprement ni l'un ni l'autre, ou plutôt, qu'ils sont à la fois l'un et l'autre; que» de naturels qu'ils étaient à l'origine, ils sont devenus plus ou moins conventionnels dès que les interjections et les onomatopées ont fait souche en devenant les racines des mots, et ont été défigurées par l'addition de suffixes et de préfixes qui en modifient la signification primitive. A peu près comme dans le langage écrit, les premiers signes, qui consistaient à représenter graphiquement les objets, sont peu à peu devenus méconnaissables à la suite de simplifications et d'abréviations successives, au point de ne pouvoir plus être compris sans initiation.

(l) Sous ce rapport, l'exemple des jeunes sourds-muets est instruclil'. Laissés à euxmêmes, ils ont bientôt fait d'imagiuer une langue moitié naturelle, moitié conventionnelle qui leur permet de communiquer entre eux. On peut conclure a fjrtiori qu'il en serait de même d'entants en possession de tous leurs sens.

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