LES LANGUES
Les langues ne sont que les diverses formes de langage usitées chez les différents peuples.
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ART. 1. — Oriîçine «les laiipues.
5) 1. — Théorie. — Si, comiTie nous l'avons démontré, il est impossible de voir dans les mots des signes purement arliticiels. adoptés à la suite d une convention arbitraire, d'où peut venir la diversité des langues qu'on remarque chez les diflerents peuples? Si les si£;nes ont été naturels à Tori^àne, comment expliquer, — la nature de l'homme et la nature des objets restant la même, — l'infinie variété des mots employés pour signifier les mêmes
choses ?
i. Pour le comprendre, remarquons que, si c'est toujours If même objet qui inspire au même homme le choix du mot, cet objet peut être considéré sous des aspects bien divers, avec des dispositions d'esprit et sous la pression de besoins bien dilirrents. Or ces dispositions et ces besoins varient pour chaque peuple sous l'infiuence d'une foule de causes :
a) psychologiques d'abord, telles que son génie propre, ses aptitudes intellectuelles et morales, son imagination ;
h) physiologiques : son tempérament, son genre de vie, la rudesse ou la flexibilité de ses organes;
c) historiques : ses institutions, son degré de civilisation ;
d) qéogmphiques ;la région, le climat qu'il habite, le voisinage de la mer ou des montagnes, les déserts ou les forêts, etc. ; — autant de causes qui influent sur le choix des mots, sur leur signification, leur prononciation, et l'on comprend comment un langage, uniforme à l'origine , ne tarde pas à se modifier profondément dès que le peuple qui le parlait, venant à se diviser par la force des choses, ses différentes branches commencent à vivre separô-
, ment et que leurs civilisations se développent en sens divers. ^
Delà, pour ne citer qu'un exemple, les noms multiples donnes au chien. C'est toujours quelque qualité, quelque trait saillant de cet animal qui sert à le désigner; mais un peuple agriculteur, appréciant davantage sa fidélité, le nommera le fidèle, tandis que pour un peuple chasseur, il sera le rapide ou le courageux et pour un peuple pasteur, le oigilant, etc.
2 Remarquons en second lieu que l'origine des langues ne saurait s'expliquer par voie de génération spontanée. Toute langue naît d'un idiome plus ancien par voie de développement ou d altération. Le français, par exemple, est né du bas latm, corruption du latin classique, descendu lui-même, avec les autres langues indo-européennes, d'un idiome dont l'origine remonte aux temps
préhistoriques. .
— Quant à savoir si toutes les langues proviennent d une même souche, c'est làune question qui s'identifie avec celle des origines
Lies LANGUF.S. '(43
tlo rimnianilé. Il est évident en effet que, si tous les peuples actuellement existants descendent d'un seul couple, toutes les langues ne peuvent être elles-mêmes que des modifications d'un idiome primitif.
Mais la question de l'origine historique des peuples nest pas directement du ressort de la philosophie ; et d'autre part, la science philologique, outre qu'elle est loin d'avoir analysé toutes les langues du globe, n'a pas encore réussi à saisir dans celles quelle connaît les signes certains d'une origine commune.
En attendant, elle se contente de ranger en familles naturelles celles qui présentent des ressemblances assez profondes pour permettre de conclure qu'elles sont sorties d'une même souche.
sj 2. — Rectifions ici un malentendu. — On a prétendu voir dans les langues des organismes véritables, vivant de leur vie propre et indépendante aussi bien qu'un animal ou une plante. « Les langues, dit Schleicher, sont des organismes naturels qui, en deliors de la volonté humaine, et suivant les lois ordinaires de la vie, naissent, croissent, se développent, vieillissent et meurent... La science du langage est donc, elle aussi, une science naturelle. »
— Quoi qu'il en soit de ces analogies, sous peine de se tromper sur la nature vraie du langage, on ne doit voir dans ces expressions que de pures métaphores. En fait, une langue n'existe et ne vit que dans et par l'intelligence qui s'en sert pour exprimer ses idées. Dire qu'elle naît, qu'elle vit, qu'elle meurt, c'est dire simplement et métaphoriquement que l'esprit humain l'adopte, la néglige ou cesse de s'en servir.
Sans doute, si l'on entend la nature au sens large, elle comprend l'homme et toutes les manifestations de la vie de l'homme; à ce compte, l'histoire des mœurs, du costume, de l'habitation, des arts et des sociétés rentrent dans l'histoire naturelle aussi bien que le langage. Mais, si l'on admet une différence entre les sciences naturelles et les sciences morales, il faut bien reconnaître que le langage, qui est l'œuvre immédiate de l'homme intelligent, libre et social, n'a aucune réalité ni aucune vie en dehors de l'intelligence humaine, et par suite que la linguistique qui l'étudié, ne peut être qu'une science morale.
A HT. II. - OiverNeM CHppces île Ihiii^upn.
>; I . — Langues isolantes, agg^lutinantes et flexionnelles.
Au point de vue de leur formation, les langues se ramènent à trois types principaux : les langues isolantes ou monos\jUabiques, les langues aggluimanles, et les langues flexionnelles.
Pour comprendre cette classifu ation, rappelons-nous que toute
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langue doit exprimer deux choses, parce que ce sont les éléments de toute pensée: d'une part, les idées, et de l'autre, les relations qui existent entre ces idées. Les idées s'expriment nécessairement au moyen des mots, mais les relations peuvent à la rigueur s'exprimer sans signe spécial, par le seul arrangement des mots dans la phrase.
1. Tel est le cas des langues dites isolantes. Les rapports grammaticaux n'y sont indiqués que par la position relative des mots et par l'accent oratoire ; aussi ces langues se composent-elles de racines isolées, absolumentinvariables, par suite monosyllabiques comme toutes les racines pures. On peut citer en exemple le chinois, l'annamite, le siamois, le birman, etc.
2. Les langues agglutinantes expriment les relations entre les idées au moyen de mots spéciaux acîcolés à la racine principale sous forme de préfixes, de suffixes ou même d'infixés ; mais, ces mots conservant leur physionomie et leur signification propre, leur union à la racine est peu compacte et la suture toujours apparente.
A ce groupe appartient la grande majorité des langues connues : les langues américaines, océaniennes et africaines; en Asie, les langues ouraliennes, finnoises et tartares ; en Europe, le turc, le hongrois et enfin le basque.
3. Les langues flexionnelles sont les plus parfaites de toutes. Elles expriment les rapports entre les idées en modifiant les racines elles-mêmes au moyen de désinences, lesquelles primitivement avaient sans doute leur sens propre, mais qui se sont peu à peu si intimement fondues avec la racine, qu'elles ont perdu toute existence indépendante et toute signification propre pour ne plus former avec elle qu'un seul mot.
Les langues à flexion forment deux grandes familles : la famille sémitique comprenant l'arabe, l'hébreu, le syriaque, etc., et la famille indo-europ renne, qui se subdivise en six branches : les branches indienne et persane pour l'Asie; et pour l'Europe, les branches germanique, slave, celtique et gréco-romaine. Â cette dernière appartiennent les langues dites latines ou romanes, telles que le français, l'italien, l'espagnol, etc. (1).
§ 2. — Langues analytiques et langues synthétiques.
1. En général, une langue est synthétique quand, d'un seul mot, elle exprime plusieurs idées; elle est analytique quànà chaque élément de la pensée a son mot spécial. Ainsi le latin
(l)Dans l'hypoUièse évolutionniste, qui nous paraît admissible dans l'espèce, toutes les langues ont débuté par être monosyllal)iques. Plusieurs d'entre elles en sont demeurées à cette première étape. Les autres sont devenues agglutinantes, et la plupart n'ont pas dépassé cette forme. Un certain nombre seulement se sont élevées jusqu'à la llexion, ce qui constitue pour une langue le dernier terme de l'évolution.