‹ Cours de philosophieChapitre 182 sur 328 · Après s'être pénétré lui-même du sens et du caractère do · texte numérisé non relu

Après s'être pénétré lui-même du sens et du caractère do

beauté des objets, tels qu'il les comprend, son premier soin sera

li abord d'élaguer tous les détails insignifiants qui le masquent

1 le compliquent inutilement ; car la nature est toujours plus ou

uns luxuriante et touffue. Voilà pourquoi certaines esquisses

s grands maîtres nous paraissent parfois supérieures à leurs

idéaux, précisément parce que le sens et le caractère s'y mon-

Ircnt plus clairement exprimés.

Après ce travail préliminaire de simplification, l'artiste doit 'ppliquer à intensifier, pour ainsi dire, les traits caractéristiques 11 de les faire mieux saisir et mieux sentir; sans exagération utefois, de peur de tomber dans la déclamation et dans l'emphase.

C'est ainsi qu'il imprimera à son teuvre le sceau de sa personnalité, qu'il en fera vraiment l'expression d'une âme, alors même ((u'elle ne paraît être qu'une copie du réel. C'est à ce prix seulement que se vérifiera à la lettre la définition de Bacon : ars, Jiomo 'dilus nalurir. C'est là ce qu'on entend par ïc.rpression (2).

i; Voil;'i piiiirquoi deux soiins d'espril ii'auronl jnmais grnnd sorti iionr les aris : lus esprits -jmiiitifs, qui ne s'intéressent qu'aux faits concrets «l A leurs circonstances parlieulicres, et les esprits abutraits qui ne se plaisent que dans la région ■'f^ l'idée pure.

■-) Cette loi de i'c-xprcssioM s'ct^^nd nirmc à Tait du portmit. I.;\ encore, pour cire

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Et, notons le, ce besoin d'idéaliser est pour l'homme aussi naturel, aussi impérieux, aussi universel que le besoin de vérité ou de moralité. Le sauvage lui-même, qui n'a qu'un lambeau pour se couvrir est mécontent de son propre corps; il le décore, il le tatoue, il veut faire mieux, être plus beau que nature. Lui aussi, il a l'instinct et le besoin de l'idéal, bien qu'il le comprenne à sa manière.

3. Mais, objecte le réalisme, ainsi entendu, l'art ne fait qu'altérer, que fausser la nature, et l'être ainsi modifié n'est plus luimême, il n'est plus vrai ; or, Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable.

La question est précisément de savoir si le réel représente toute la vérité dont l'être est susceptible. Nous prétendons au contraire que si l'idéal est plus beau que nature, c'est uniquement parce qu'il exprime la nature vraie et parfaite, tandis que la réalité ne nous en offre jamais que des exemplaires plus ou moins incomplets et défigurés. De même que le cercle idéal étudié par le géomètre est plus vraiment cercle que tous ceux que nous pouvons observer: ainsi l'Apollon du Belvédère est, au point de vue physique, plus vraiment et plus parfaitement homme que tous les individus que nous pouvons rencontrer: ainsi, au point de vue moral, le héros et le saint sont d'autant plus hommes qu'ils réalisent plus parfaitement l'idéal humain, qu'ils se rapprochent davantage de l'idéal absolu qui est Dieu même.

C'est en ce sens que, d'après Aristote, la poésie est plus vraie que rhistoire; parce que la poésie est la langue de l'idéal, tandis que l'histoire ne sera jamais que le récit des faits réels.

ART. III. — l-a création ai*tî»>tique.

L'expression n'est pas seulement le complément nécessaire de l'imitation; elle est encore le principe, le fondement même delà création artistique.

En effet, l'artiste ne se contente pas toujours de reproduire le beau réel dont il se borne à accroître la valeur expressive ; s'il a du génie, il lui arrive aussi de concevoir certains types de beauté vraiment originale, qui dépassent de si haut les éléments qu'il

vrai, l'artiste ne se bornera pas à copier servilement son nn^déle ; il doit savoir clioi-» sir, éliminer, atténuer, renforcer, afin d'exprimer la physionomie qu'il veut rendre non pas à tel ou tel moment insignifiant, sous l'impression de telle ou telle circonstance banale, mais dans son expression dominante, caractéristique, intéressante, c'est-à-dire vraie, belle et digne d'être reproduite.

Voilà précisément pourquoi un portrait peint par un maître sera toujours plus vrai et plus ressemblant que la plus exacte photographie. Et voilà pourquoi deux portraits de la même personne, exécutés par deux peintres d'égal mérite, ne seront jamais identiques, bien qu'ils puissent être également ressemblants.

CONCr.J'TlO.N \)K LIDKAL. Alli

emprunlo ;\ la réalité, qu'ils méritent le nom de crralion. (Voir VIma<jinalio)) oratrice, pp. 120 et suiv.)

Ici, on le conçoit, les indications sont difficiles à donner; ici surtout se vérifie l'adage : « le génie n'a point de règles » ; il faut le laisser à son inspiration. — Kn thèse générale, la création artistique comporte trois procédés :

a) Dans la nature, le beau est ordinairement défiguré par quelque défaut, ou du moins surchargé de détails insignifiants. I/imagination créatrice commence par le purifier des taches qui le défigurent, par en élaguer l'inutile ou le banal qui l'encombre cl l'obscurcit. C'est le procédé d'élimmation.

b) L'objet beau, une fois épuré de la laideur et de l'insignifiance qui s'y mêlent, se trouve manquer de plusieurs perfections et qualités que comporte sa nature. L'imagination les supplée et les lui ajoute sans marchander. C'est le procédé d'addition.

c) Knfin les perfections elles-mêmes qui se rencontrent dans le beau réel sont toujours susceptibles d'accroissement. L'imagination n'est satisfaite qu'autant qu'elle les a élevées à leur plus haute puissance. C'est le procédé de transcendance.

On voit, en somme, que la création, Vexprcssion et Vimitatio7i ne sont pas trois moyens indépendants et parallèles d'exprimer le beau, mais trois procédés qui se supposent et se complètent pour aider l'art à atteindre sa fin et sa perfection. Avant d'inventer, il faut apprendre, c'est-à-dire imiter; puis on accroît la valeur evpressive; puis enfin, si l'on a du génie, on est mûr pour la création.

Mais, ne l'oublions pas, toutes ces transformations, toutes ces transfigurations de la réalité s'opèrent à la lumière d'un idéal, c'est-à-dire d'un type supérieur de beauté que tout artiste porte en lui-même, qu'il s'efforce d'imiter, sans se flatter jamais de l'égaler, et qui devient ainsi comme l'àme de toute création artistique.

Comment se forme cet idéal et quelle en est la valeur?

APPEXDICll Conception de ritléal.

Quand il s'agit d'cxpliquor l'oi'igiiio do ce type siipérioiir do la beauté, qui lous soit de modèle et de critérium pour juger de la beauté des choses, lOus rencontrons les mômes sj'stèmes que nous avons eus à discuter à pro- |os de l'origine des idées. C'est d'une part, Vidéalisnii'qnino voitquo la rai - Son et en appelle à l'innéité; de l'autre, c'est Vempirhine qui ramène tout à rexpcrienco pure; enfin, c'est un système mixte qui admet le concours de l'expérience et de la raison. — Et de fait, qu'il s'agisse des principes directeurs de la connaissance ou des principes directeurs de la conception artis-

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tique, la quostion est toujours la môme: rien d'étonnant que chaque système y apporte les mêmes solutions.

I. — Théorie idéaliste. — D'après Platon et les Académiciens, l'idral est inné en nous et inliérent à l'àme humaine : Insidel animai spccies qv.sedam piUchriludiais, dit Cicéron; il n'est en .somme qu'une réminiscence de cette vie antérieure, qui nous a permis de contempler en Dieu même les types éternels des choses.

— Sans nous arrêter à cette hypothèse gratuite de la préexistence des âmes, la difficulté est toujours de comprendre comment et sous quelle forme cet idéal peut être inné en nous. S'il est unique, comment pourra-t-il s'appliquer à tous les genres de beauté : à la beauté des sons, des formes, des couleurs, etc., et, s'il est multiple, faudra-t-il admettre que chacun de nous apporte en naissant autant de formes idéales qu'il existe d'objets et de détails dans chaque objet : un idéal pour chaque espèce d'animal ou de plante, pour chaque figure, pour chaque symphonie; bien plus, pour chaque attitude, pour ciiaque mouvement, etc., car toutes ces choses sont susceptibles d'être belles?

Puis, si ces modèles existent tout formés dans l'imagination, en sorte qu"il n'y a plus qu'à les copier pour enfanter des chefs-d'œuvre, d'où viennent les hésitations et les tâtonnements de l'artiste, ses efforts si pénibles et si souvent stériles?

Concluons que l'idéal ne saurait préexister en nous à l'état de représentation concrète et fixée d'avance.

II. — Théorie empiriste. — S'ensuit-il, comme le veut l'école empiriste, que l'idéal soit le fruit exclusif de l'expérience? Que le seul moyen de l'obtenir soit de comparer les plus beaux spécimens que nous présente la nature et d'emprunter à chacun d'eux leurs formes les plus parfaites pour en coniposer le type cherché? On cite en exemple Phidias composant son Jupiter, et Zeuxis qui, dit-on, forma le portrait d'Hélène en réunissant les beautés éparses des plus belles femmes qu'il avait rencontrées.

— On oublie de nous dire comment ces artistes ont pu préférer une forme à l'autre, à moins d'être guidés dans leur choix par une idée préconçue de beauté, laquelle dès lors n'a pu être obtenue par comparaison. D'autant plus que le rapprochement de parties séparément belles peut former un tout discordant, si l'artiste ne porte déjà eu lui-même le sentiment du lien qui doit les unir et le? harmoniser.

ÎII. — Théorie raixte. — La conclusion, c'est que l'idéal ne peut être purement inné ni simplement acquis, mais qu'il est nécessairement et partiellement l'un et l'autre, à la fois fruit de l'expérience et de la raison.

Il est innéea ce sens que le beso'in d'unité, d'ordre et d'harmonie que nous portons en nous et qui est la loi même de notre raison, nous permet de discerner au premier coup d'œil la beauté des choses. Il est acquis en ce sens que ce besoin ne s'éveille, que celte exigence ne se manifeste que sous la provocation de l'expérience.

L'idéal ne préexiste donc pas en nous tout formé; en réalité, il se forme à chaque instant au contact des choses. A la vue d'un objet que la nature nous présente, la raison esthétique en saisit tout de suite les imperfections et les lacunes. Elle conçoit que l'effet en serait accru s'il était modifié en tel ou tel sens; et aussitôt, pour satisfaire son besoin d'absolu et de perfection, elle s'applique à Vidéalisej' : elle corrige, elle retranche, elle ajoute afin de lui donner son maximum d'expression et de beauté.

On conçoit dès lors que l'idéal puisse varier d'un indi^idu à l'autre, non seulement d'après la puissance native de ses facultés esthétiques, mais aussi d'après la culture qu'il leur aura donnée et l'expérience qu'il aura acquise par l'étude des belles formes et des belles choses.

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