II. — Importance praticiue «le la lo§^ique
§ 1. — Le bon sens, logique naturelle.
Constatons d'abord que nous sommes souvent arrivés au vrai sans le secours de la logique. La raison en est que tous nous sommes plus ou moins doués d'une certaine logique naturelle appelée bon sens, laquelle n'est autre chose que l'aptitude innée de l'intelligence à rechercher et à découvrir la vérité.
De même que nous avons respiré et digéré avant d'étudier les
OIi.lEï KT PIVISION DE LA LOGIQUE. 489
lois de la physiologie, ainsi nous avons souvent pensù juste avant d'apprendre les règles de la logique. Et il le faut bien : autrement jamais cette science n'eût pu se constituer, et nous-mêmes, nous serions incapables d'en comprendre les préceptes et de les appliquer à propos. Ici comme toujours, la pratique spontanée a précédé la théorie, et Leibniz a raison de dire que les lois de la • hjique ne sont quelesrèghsdubon sens mises en ordre el par écrit.
§ 2. — Le bon sens, logique imparfaite.
Toutefois, s'il ne faut pas s'exagérer l'importance de cette étude, encore moins faut-il la méconnaître, comme Descartes, par e.xemple, lorsqu'il prétend qu' i< elle sert plutôt à expliquer à autrui les choses qu'on sait, ou même à parler sans jugement de celles qu'on ignore, plutôt qu'à les apprendre». Non; le simple bon sens est loin de suffire à tous les besoins de l'esprit.
1. Bien qu'on puisse observer spontanément et comme d'instinct les règles de la logique, il est évident qu'on a plus de chances de le faire quand on les connaît que quand on les ignore.
2. Si le bon sens arrive souvent à la vérité, c'est presque toujours sans se rendre compte du pourquoi et du comment; aussi est-il d'ordinaire impuissant à résoudre l'objection et à réfuter l'erreur. Au contraire, en nous apprenant à raisonner notre certitude, en nous initiant aux méthodes qui la légitiment, la logique nous met à même de démasquer le sophisme et de faire partager notre conviction.
3. Le bon sens suffit à tirer d'une vérité les conséquences les plus prochaines, mais il se perd dans une longue suite de raisonnements. La logique nous apprend à descendre aux conséquences les plus éloignées, comme à remonter jusqu'aux premiers principes; aussi sa connaissance est-elle indispensable, dès qu'on aborde l'étude de la science et qu'on veut aller plus avant dans la recherche de la vérité.
§ 3. — Rapports de la logique et du bon sens. — Ces rapports peuvent se résumer dans les propositions suivantes :
1. Le bon sens supplée souvent la connaissance de la logique ; mais celle-ci est radicalement impuissante sans le bons sens; elle le suppose^ elle ne le donne pas.
Si la logique ne donne pas le bon sens à celui qui en serait dépourvu, elle le développe grandement chez celui qui le possède; elle le rend plus prompt, plus sûr, plus pénétrant; elle lui fait voir mieux et plus vite ce qu'il voyait déjà imparfaitement, elle lui découvre de nouvelles vérités, auxquelles il ne serait jamais parvenu sans secours.