CHAPITRE II
MÉTHODE DE LA PSYGHOiO&IE EXPÉRIMENTALE
Au point de vue le plus général, on peut distinguer deux sortes de méthodes : la méthode a priori, qui, sans recourir à l'observation, part d'une idée abstraite ou d'un principe général pour en déduire rationnellement les conséquences; et la méthode a posterijri, qui part de l'observation d'un être ou d'un fait réel et concret pour remonter par voie d'induction jusqu'à la définition de cet être, jusqu'à la loi de ce fait.
De ces deux méthodes, laquelle convient à la psychologie? Faut-il commencer par définir l'âme humaine et ses facultés pour en déduire leurs modes d'action, c'est-à-dire leurs phénomènes et leurs lois? Ou bien est-il préférable d'observer d'abord les phénomènes pour remonter à la nature des facultés d'où ils émanent et conclure de là à la nature de l'âme qui en est douée?
MÉTHODE DK LA l'SYCnOLOGIE. 27
AI\ T. I. — La p-Hyclioloipie n'est pas une srience a priori.
Cortaias esprits, séduits par Ui rigueur des déductions mathématiques, ont prétendu appliquer à la s "ience de lame la méthode géométrique et procéder a priori. Telle est en particulier Terreur de Spinoza. J'analyserai, dit-il, les actions et les appétits des hommes, comme s'il était question de lignes, de plans et de solides (l^tliique. III. Proiég.). Partant de ce principe, il prétend tirer toute la psychologie dune définition de Tàme, déduite elle-même de la détinition de la substance, qu'il formule a priori.
— Il est évident qu'une pareille méthode est ici absolument <lérile et inefficace.
1. En effet, toute construction a pnort. quelque ingénieuse qu'on la suppose, peut bien développer une hypothèse, conclure à un ordre de choses simplement possible; jamais elle ne parviendra à constater ce qui existe en fait, et Ton est en droit de se demander comment, sans le secours de l'observation, Spinoza est arrivé à savoir qu'il y a des hommes, qu'ils se croient libres, que la pensée et l'étendue sont les deux attributs de la substance, etc. On dirait un enfant qui, après avoir vu, s'obstine à fermer les yeux pour faire croire qu'il devine ce qui est.
2. La méthode a priori appliquée à la psychologie est, de plus, fune-Ue dans ses conséquences.
On a beau faire, une fausse méthode tend toujours à dénaturer plus ou moins son objet, et l'âme est bien près de devenir ellemême une abstraction, dès qu'on prétend lui appliquer la méthode des sciences abstraites. De fait, nous la voyons dans le système de Spinoza s'évanouir, avec toute la réalité, dans les rêves de l'idéalisme ou dans les contradictions du panthéisme. ■ incluons que la psychologie se refuse à être ainsi traitée more i''ometrico.
ART. II. — Ij.i psychologie est une science d'observation.
\. La méthode d'une science dépend de son objet. Or l'âme liumaine n'est pas une idée abstraite exprimant des rapports >im lement possibles; elle est un être réel, concret, contingent, e'e?> -dire un être qui existe pouvant ne pas exister, qui possède l'rtaines facultés pouvant en posséder d'autres. Donc, pou" saoir si elle est et comment elle est, la seule méthode e/ficace ■st d'observer.
2. En réalité, l'existence de l'âme est une question/ de fait, aussi bien que l'existence des différentes espèces ani'males ou végétales. L'homme se souvient, désire, raisonne : ce *sont là des
phénomènes au même titre que ceux qu'étudie la physique. La colère, l'amour, les émotions diverses sont des états de Tàme analogues à ceux que peuvent présenter les corps. Comme les faits phvsiques, les faits psychologiques sont régis par des lois, c'est-à-dire qu'ils sont indissolublement liés à d'autres phénomènes qui les déterminent ou les conditionnent. Ainsi, point d'acte libre sans motif préalable ; point de souvenir sans attention; point de perception attentive sans quelque perception spontanée qui la provoque. Or l'analogie des objets entraîne l'analogie des méthodes et dès lors la psychologie devra, comme les sciences physiques et naturelles, faire usage de la méthode d'observation.
3. Elle aura donc successivement recours aux divers procédés qui caractérisent cette méthode :
a) Avant tout elle observera attentivement les faits, afin d'en noter tous les caractères, et de les décrire aussi exactement que possible.
b) Puis elle les comparera entre eux, pour les classer d'après leurs ressemblances et leurs différences.
c) Mais, toute science étant essentiellement une connaissance par les causes et par les lois, la psychologie ne saurait se contenter de décrire et de classer les phénomènes psychiques; elle doit encore en expliquer la production. A cet effet, elle s'aidera de Vhypothèse, de Vanalogie, et, dans une certaine mesure, deVexpérimentation, afin de discerner l'antécédent causal des circonstances accidentelles et fortuites qui l'accompagnent et souvent le masquent. . ^
d) Enfin, elle généralisera les rapports au moyen de Vinauction, et arrivera ainsi à formuler les lois psychologiques, qui lui permettront à leur tour de déduire certaines conclusions relatives à la discipline de l'àme et de ses facultés, certaines conséquences pratiques applicables à la poUtique ou à l'éducation.
Tels sont les divers procédés qui constituent la méthode de la psychologie expérimentale.
4. Toutefois, si dans son ensemble cette méthode offre les plus grandes analogies avec celle des sciences physiques et naturelles, . , on comprend que sur plusieurs points elle présente des différu'^nces notables, à raison de la nature spéciale de son objet.
lO'où la nécessité de revenir avec détails sur quelques-uns de ses v^rocédés, en particulier sur l'observation et lexpérimentation. Ce seira l'objet des chapitres suivants.
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CHAPITKE III