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Au point de vue de l'extension, on distingue

a) L'idée singulière ou individuelle, qui ne représente qu'un seul individu déterminé : cet homme, Socrate, moi:

b) L'idée particulière, qui représente mie partie indéterminée d'une classe ou d'un genre: plusieurs hommes, quelques plantes;

c) L'idée générale, qui désigne tous les individus d'un même

goiiro ou d'une uiéme espèce : ions /es hommes, le lriawjh% les

chrucs (!' ; . . .•

d) L'idée nnieerselle proprement dite qui exprime une notion faisant abstraction de tout élément d'expérience sensible ; et qui, par suite, sélcnd aux êtres spirituels aussi bien qu aux êtres matériels : la sM^s/ance, la cause, l'ac/io»;

e' Enfin l'idée proprement transcendentale, qui est applicable atout être existant ou possible. Telles sont les idées métaphysiques à' être, de vrai, de bien, etc.

;^ 2. — Loi. - De ce qui précède, nous pouvons déduire la loi

suivante :

La compréhension d'une idre est nécessairement en raison inverse de son extension. En d'autres termes, plus une idée est simple, et plus elle est générale : plus elle est composée, et plus elle est particulière ; pourvu toutefois qu'on la compare avec d'autres idées

de même ordre. . •,. j • . i-

1 De fait, il est facile de comprendre qu une idée devient applicable à un plus grand nombre d'individus, à mesure qu'on retranche aux éléments qui la composent, et inversement, que, plus on ajoute à ses éléments, et plus on restreint le nombre des individus auxquels elle convient. Ainsi, à mesure que j'ajoute à la compréhension de l'idée dliomme les idées de blanc, de grand, de savant, etc., je retranche par là même de son extension les individus noirs, petits, ignorants, etc.

2 Porphyre, philosophe alexandrin duiir siècle après J.-C, a donné un modèle célèbre de classification des idées générales d'après leur compréhension croissante et leur extension décroissante ; cet exemple-type est connu sous le nom d'arbre de Porphyre.

immalérielle

(Eapril) ( inorganique

\ {Minéral) i insensible matérielle l \ {Plante)

(Corps) I organisée { ., , \ («'""''')

( [Vivant) ] son--'-'" '

ïiulDsiance ^ niatérielle ■' ^ (Plante) ( sans raison

nsiljle imal) I raisonnable [ {Homme)

W Dans cette hiérarchie des idées, l'idée supérieure s'appelle nenre par rapport à l'idée inférieure, et celle-ci s'appelle espèce par rapport àl'idée supérieure. Plus exactement, on appelle genre

.roûjcts: par excinrlo, (o«.s tes vlévcs de ccUc classa tous les soldats de ce rogiment.

i9i LOGIQUE.

toute idée générale qui contient sous elle d'autres idées générales et espèce celle qui ne renferme que des individus.

La différence spécifique est cet attribut qui, ajouté au genre prochain, c'est-à-dire immédiatement supérieur, constitue l'espèce. Ainsi la différence sensible ajoutée au genre vioant constitue l'espèce animal, et la différence raisonnable ajoutée au genre animal constitue l'espèce homme.

A. Au-dessus de la substance, et dominant toutes les catégories, il y a l'idée transcendantale d'être. Celle-ci, qui a le minimum de compréhension, possède parla même, le maximum d'extension, c'est-à-dire qu'étant la plus simple, elle est aussi la plus générale ; tandis que l'idée de Socrate, qui est la plus riche en compréhension, est aussi la plus restreinte en extension.

Si l'on se place au point de vue de l'extension, c'est l'idée d'être qui embrasse toutes les autres, comme pouvant être attribut de toutes ; tandis qu'au point de vue de la compréhension, c'est l'idée de Socrate qui comprend toutes les idées supérieures (in eadem linea entis), comme pouvant être sujef de toutes.

5. Une idée peut aussi convenir à une autre idée sans faire nécessairement partie de sa compréhension : par exemple blanc par rapport à animal, ou savant par rapport à homme. Ces attributs possibles mais non nécessaires constituent, pour l'idée dont on les affirme, des accidents. Au contraire, l'ensemble des attributs qui conviennent nécessairement à une idée, comme faisantpartie de sa compréhension, constitue ï essence exprimée par cette idée. Ainsi, il est de l'essence de l'homme d'être animal et raisonnable.

ART. III. — Valeur objective et rèçle» feriaelle» «le l'idée.

§ 1. — Valeur objective de ridée.

1. L'idée considérée absolument et en elle-même, c'est-à-dire en tant que sa compréhension exprime une essence concevable, n affirme rien et ne nie rien. Elle n'est donc susceptible ni de vérité, ni d'erreur au sens plein du mot. Ce rapport représentatif entre l'idée et son objet constitue la valeur objective de l'idée.

2. Cette valeur objective de l'idée sera plus ou moins réelle, selon que l'objet qu'elle représente méritera plus ou moins strictement le nom d'être. — A ce point de vue :

a) L'idée que les scolastiques désignent sous le nom de concept de première intention possède une valeur objective réelle au sens propre. La première intention, en effet, signifie l'opération de l'esprit qui se porte sur un objet réel existant ou possible, réalisé ou réalisable. Ainsi l'idée de triangle, de cheval, d'homme, de rouge, sont des concepts de première intention.

h) L'idée appelée concept de seconde Intention est le résultat

L"ii>i':K. A^)o

U'uno r(Ml«'xion par laquelle Tespril élabore la donnée de première intention et lui atlvibuc , dans son état d'objel petis<', des caractères que cotte donnée mi possède pas dans l,a rrniité. L'objet d'un concept de seconde intention, dans Vrlal où Vespril se le représente, n'est donc ni existant ni possible. C'est ce que Ton nomme un élre de raison, « ens rafionis».

Telles sont les idées de genre et de différence, Yespace et le temps, la nature, les ténèbres et, en général, tous les concepts de prioation : la cécité par exemple, n'est pas-une chose réelle, mais une privation, le manque d'une qualité que l'homme devrait posséder. Mon esprit, pour penser cet objet purement nég-atif, lui donne du corps, lui prête une essence et, sans être dupe de son propre ouvrage, le traite comme s'il était un être.

J5 2. — Règles formelles de l'idée.

1. L'objet représenté par l'idée de première et même de seconde intention possède une certaine réalité : l'être de raison lui-même, bien qu'incapable d'existence, dans l'état où il est pensé, répond à une manière d'être des objets réels.

Il n'en serait plus de môme si l'idée tentait de réunir dans sa compréhension des éléments qui s'excluent réciproquement. C'est le cas des idées dites co«/rrtrfic/or/'es. Telles seraient les idées de cercle carré, de douleur inconsciente ou de nombre actuellement infini.

Il est évident que l'esprit qui conçoit de pareilles idées n'est pas d'accord avec lui-même, qu'il se contredit ; car se représentant comme un seul et même objet le cercle et la négation du cercle, la douleur et la négation de la douleur, le nombre et la négation du nombre, en réalité il ne se représente rien ; son idée n'est pas une idée, les mots seuls lui donnent un semblant d'existence.

Cependant même dans ce cas, l'idée n'est pas fausse à proprement parler, car elle n'iuiplique pas Vaff/rmation de la réalité de son objet contradictoire; — bien plus, elle peut entrer dans un jugement formellement vrai, tel que celui-ci : Le cercle carré est impossible; — mais son objet étant nul, elle na pas de valeur objective.

Donc la seule règle de logique formelle applicable à l'idée, c'est que celle-ci, pour avoir une valeur objective même purement idéale, ne doit renfermer aucun élément contradictoire.

2. La garantie de cette règle, c'est Yanali/se. En effet la contradiction ne peut se glisser dans une idée qu'à la faveur d'une certaine confusion, c'est-à-dire qu'autant que les divers éléments qui la constituent ne sont pas distinctement perçus de notre esprit. Or le moyen de transformer une idée confuse en une idée distincte, c est d'analyser sa compréhension, de comparer entre eux tous les éléments qu'elle renferme, alin de s'assurer qu'il n'en est aucun qui soit exclusif des autres.

496 LOGIQUK.

Ainsi, en analysant l'idée de cercle, j'y distingue trois éléments: l'idée de SMJ'/ace, l'idée de ligne courbe enfermant cette surface, et l'idée de Végalitc de toutes les droites qui mesurent la distance de chaque point de la circonférence à son centre; et, par là même, je constate que l'idée de carré lui est doublement contradictoire : d'abord, comme ne comprenant que des lignes droites, puis comme ayant plusieurs points de son périmètre situés à des distances inégales de son centre.

3. La conclusion pratique qui résume toute la théorie formelle de l'idée, c'est qu'on ne doit jamais se servir que d'idées claires et distinctes, c'est-à-dire d'idées qui aient été scrupuleusement analysées; or le grand procédé d'analyse et, par suite, le grand remède à la confusion des idées, c'est la définition.

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