LA DÉFINITION
SI. — Nature de la définition.
1. En général, définir c'est expliquer le sens d'un mot ou la nature d'une chose.
Avant tout, la science veut se faire des choses une idée claire, distincte et, autant que possible, adéquate. Or le grand obstacle à la clarté de l'idée, c'est sa complexité; on y remédie en analysant, c'est-à-dire en énumérant les notions les plus simples qui la composent, en un mot, en la définissant.
La définition est une opération qui consiste à analyser la cornpréhension d'une idée.
2. Pour définir une idée, il n'est pas nécessaire d'énumérer explicitement tous les éléments qu'elle renferme; il suffit d'en donner un abrégé, en énonçant le genre prochain auquel appartient cette idée et en ajoutant la différence spécifique qui la distingue des idées du même genre. Ainsi, définir l'homme un animal raisonnable, c'est affirmer implicitement qu'il possède tous les caractères qui constituent ïanimal, plus la raison, qui le distingue de tous les autres animaux (1).
3. La définition par le genre prochain et la différence spécifique est la définition parfaite, car elle donne l'essence même de la chose, sa nature vraie et complète ; mais elle suppose une clas-
(1) si, au lieu de définir l'Iiomme par l'idée d'animal, je prenais pour point de départ quelque idée plus générale, c'est-à-dire plus extensive et moins compréhensive par exemple, l'idée d'être ou de vivant, je formulerais sans doute une vérité, mais, faute d'avoir énoncé le genre prochain, aucune différence spéciûqae ne suffirait à restreindre l'extension de cette idée ou à en épuiser la compréhension, et ma déQnition resterait incompié'e: en d'autres termes, elle ne serait pas une définition.
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sification définitive, aussi esl-ello rarement possible. Force est alors de recourir à d'autres procédés moins scientifiques.
rt) On décrit la chose par ses attributs extérieurs les plus saillants, ou ses propriétés les plus caractérisques : le papier est un corps blanc, mince, hhjer, propre à recevoir l'écriture. C'est la définilion descripdor, en usage dans les sciences naturelles.
b) On énumère les éléments matériels qui constituent l'objet : le papier est une substance composée d'hydrogène, de carbone, etc. C'est la définition anabjli<iue employée dans lès sciences chimiques.
c) On indique aussi comment l'objet se confectionne : le papier est du linge mis au pilon, réduit en pâte, blanchi au chlore, etc. C'est la définition industrielle.
Mais de quelque manière qu'elle se fasse, toute définition se ramène à une assimilation, et à une différenciation. Ainsi, on demande ce qu'est une montre; je réponds : une machine, et par là, j'assimile la montre aux autres objets du même genre; j'ajoute' propre à marquer l'heure, et par là, je différencie cette machine de toutes les autres.
;:; 2. — Lois de la définition.
1. La condition essentielle de toute définition, c'est de convenir à tout le défini et au seul défini : omni et soli defmito.
Autrement dit, la définition, doit être réciproque, c'est-à-dire qu'on doit pouvoir en intervertir les termes, sans blesser la vérité. En eftet, la réciprocité suppose que l'attribut développe si fidèlement la compréhension du sujet, qu'il y a équation parfaite entre les deux termes, en sorte qu'on peut les remplacer l'un par l'autre. C'est là ce qui distingue la définition de la proposition simplement vraie. Dans la première il y u identité totale entre le sujet et l'attribut : dans la seconde l'identité n'est que partiHle
2. Quant aux règles relatives à l'emploi de la définition, Pascal dans VArt de persuader, les ramène à trois : ' '
r Ne laisser aucune idée obscure sans la définir;
-2" N'employer dans les définitions que des termes clairs par eux-mêmes ou déjà définis. En conséquence :
a) Ne pas faire entrer le mot à définir dans la définition •
h) Ne pas définir une idée par son contraire, comme le mouvement par le repos, la vie par la mort, etc. ; car l'idée du contraire, présupposant la connaissance de son opposé, ne peut logiquement servir à l'expliquer. '
3° Enfin, ne pas prétendre tout définir, car la définition, étant essentiellement une analyse, doit nécessairement s'arrêter aux éléments simples, qui sont du reste suffisamment clairs par euxmêmes.
a) Il suit de là que toute idée simple est de sa nature indéfi-
COURS DE l'IlILOSOPHlE. — T. I. 3,
/SUH LOUiyLE.
nissable, Telles sont les idées d'ê/re, de possible, etc. L'idée d'être est encore indéfinissable, en vertu de la 2*^ règle ; car, comme le dit Leibniz, il y a de L'être dans toute proposition.
b] Pour une raison in verse , certaines idées ont une compréhension tellement vaste, qu'aucune définition ne saurait rétreindnni l'épuiser; ainsi, impossible de définir Tindividu, d'où l'adage scolastique : omrîis iudividuum ineffabile.
APPENDICE Définitiun tie unut>> et définition de choa>e>>.