IV : BamaMpton, Camentes. Dimaiis, Fesapo, Fresisonovum
Les deux séries Baralipton et Bamalipton, ne sont que des formes moins naturelles données à la première figure. Nous ne nous en occuperons pas. Restent trois figures dont il nous faut indiquer et justifier les règles.
ART. IV. — Rèj^le.s des figures.
M P 1. Première figure : Sub jjrœ ; d'oîi le schéma : — 8 M
"WW.
Sit minor affirmans, major vero generalis.
Étant donnée la place des divers termes dans les prémisses :
a) La, mineure doit toujours être affirmative; car si elle était négative, la conclusion nécessairement négative elle aussi, en vertu delà 7'' règle, aurait son attribut général; mais cet -attribut est celui de la majeure, il devrait donc, de par la seconde règle, être général aussi dans la majeure qui serait alors négative : d'oîi on aurait deux prémisses négatives contrairement à la 6* règle.
b) La majeure doit être générale ; autrement le moyen terme qui forcément est particulier dans la mineure, puisqu'il est attribut de proposition affirmative, ne serait pas, au moins une fois, général contrairement à la troisième règle.
montrer la rectitude, en vertu de cette régie de logique formelle ; Ex vero no7i ■<equitur nisi verum (voir p. 310 note). Soit le Baroco suivant :
Tout animal est doue de sensibilité;
Or quelque vivant n'est pas doué de sensibilité;
Donc quelque vivant n'est pas animal.
Le prol)l(;me consiste à montrer que la conclusion : quelque vivinl n'est pas animal lUait bien contenue dans les deux prémisses. — Sui)posons qu'on le nie : si cette conclusion ne découle pas des prémisses, c'est (|ue sa contradictoire en découlerait. Mais alors, joignons cette contradictoire à la majeure dix Baroco. Nous avons ainsi les lieux prémisses d'un syllogisme en Barbara.
Toc.t animal est doué de sensibilité ; Or tout vivant est animal.
La conclusion certainement légitime de ce raisonnement sera :
Dune tout vivant est dour de sensibilité.
Cette conclusion est la contradictoire de la mineure du Baroro précédemment donnée comme vraie. Si donc on nie la conclnsl(m du syllogisme on Baroco, l'on est acculé à admettre si multanément comme vraies deux contradictoires. — Ainsi se trouve démontrée par l'absurde la légitimité de Caroco. On procéderait à peu prés de mémo pour Bocardo.
J22 LOGIQt'E.
P M 2. Seconde figure : /Va' prx : — S M
Vna Mgans esto, major vero generalis.
a) Étant donné la place da moyen terme, deux fois altrihut, il est nécessaire, pour qu'il soit une fois général, qu'une prémisse soit négative.
b) Dès lors la conclusion étant par suite forcément négative, son attribut sera général : ce même terme est donc général aussi dans la majeure où il est sujet.
M P 3. Troisième figure : Su/j su/j : — M S
Sit minor affirmans, conclusio particularis.
a) La mineure doit être affirmative pour la même raison que dans la première figure.
h) Par le fait même, l'attriljut de la mineure est particulier et comme ce même terme est sujet de la conclusion, celle-ci est particulière.
ART. V. — l'iXplifation des règles des figures ^ d'après J. I^aclielier.
Nouft venons d'iwdiquer et d''e.Kpliquer les règles générales du syllogisme et les règles particulières des figures, par rapport à la seule forme du raisonnement et en nous plaçant à peu près exclusivement au point de vue de Vexten^ion. J. Lachelier, se rapprochant davantage de la pensée d'Aristote, a proposé une justification plus profonde des figures du syllogisme, en se plaçant au point de vue de la compréhension et en considérant la nature même du raisonnement.
Le syllogisme a pour Lut de comparer deux idées avec une même troisième, afin de découvrir si ces deux idées se conviennent ou non. Or, cette comparaison peut se faire soit par un raisonnement a priori, reposant sur la nature des choses, soit par un raisonnement a posteriori, reposant sur un fait d'expérience.
§ 1. — Syllogismes a priori. — Les deux premières figures.
Dans tout syllogisme de ce genre, le rapport entre les termes se r'duit à un rapport de condition à conditionné. Or, nous l'avons vu, ce rapport est soumis à deux règles :
a) La condition étant posée, le conditionné suit nécessairement;
b) Vaùsence du conditionné suppose, et donc entraîne logiquement, l'absence de la condition.
Lt: SYLLOGISME. 523
Celte double règle des relations de la condilion au conditionné restant présente à notre esprit, remarquons que le nun/en terme, par rapport aux deux autres, ne peut jouer que deux rôles : ou il sera cotiditiou, ou il sera condHionnc.
i. Première figure : Jh^sita conditionc, sequitnr condifiorva-
lum : — S M ST.
.)fest condition de P, c'est-à-dire que la compréhension de Tidée du moyen terme contient ou exi(je, ou au contraire rejette la compréhension de l'attribut P.
Par le fait même, M' étant aftirmé de S, dans la mineure, il s'ensuit que S récllame ou rejette P, selon que M, identique à S, exige ou repousse P.
Soient les deux syllogismes suivants en Darii et en Ferio :
a) Tous les hommes [Mjsont mortels [P] ; Or Pierre [S] est homme (M); Donc Pierre est mortel.
La compréhension du. moyen terme « homme » exige la note « mortel » . — Pierre qui possède cette compréhension exige donc aussi cette note .
b) Nul homme {3J) n'est pur esprit [P); Or Pierre [S) est homme {M) ;
Donc Pierre nesi pas pur esprit.
La compréhension du moyen terme « homme » rejette la note « pur esprit ». — Pierre qui possède cette compréhension rejette donc aussi celte note.
P M 2. Seconde ûg^re: i\ égal n condilionaloy negatur couditio : — S M
M est comiitionné par P, c'est-à-dire que la compréhension de l'idée de l'alti-ibut F* contient ou exige, ou au contraire rejette la compréhension du moyen terme M.
Par le fait même, lorsqne, dans la mineure, la compréhension de S exige M rejeté par P, ou au contraire rejette M exigé par P, — dans la conclusion, S rejette P.
Soient les deux syllogismes suivants en Cesaroil en Camesires.' a)' Aucu7i pur esprit [P) n'est homme {M); Or tous les Français (S) sont hommes {M): Donc aucun Français n'est pur esprit.
La compréhension de l'attribut « pur esprit » rejette la note « homme «. — Los Français dont la compréhension exige cette noter rejettent donc l'attribut pur esprit qui exclut cette note.
52i LOGIQUE.
b) Tous les morlels [P] sont co)nposés d'une âme et d'un corps [M]; Or aucun ange [S] n'est composé d'une âme et d un corps [M)y Donc aucun ange nest mortel.
La compréhension de l'atlribut mortel exige la noie « composé d'une âme et d'un corps ». — L'ange, dont la compréhension rejette cette note, rejette donc aussi l'attribut « mortel » qui exige celte note.
§ 2. — Syllogismes a posteriori. — Troisième figure: — S M
Dans les syllogismes de ce genre, le rapport des deux termes extrêmes, sujet et attribut de la conclusion, au moyen terme n'est pas fondé sur l'essence même des choses, mais n'est qu'un rapport de fait.
De ce que deux notes (S et P) se trouvent en fait toutes les deux, ou que l'une (Sj se trouve et l'autre (P) ne se trouve pas dans un même objet (M), on en conclut, pour ce cas particulier, qu'elles se conviennent ou ne se conviennent pas.
La mineure est toujours affirmative, car elle énonce la convenance du sujet avec le moyen terme, qui, lui, admet ou rejette l'attribut. — De ces syllogismes on ne peut évidemment rien conclure de général.
Soit le syllogisme suivant en Darapii :
Les sept sages de la Grèce [M) sont vertueux [P); Or les sept sages de la Grèce {M) sont païens {S) ; Donc quelques payens sont vertueux.
Conclusion. — Tout syllogisme procède nécessairement soit a priori, soit a posteriori; d'autre part, il n'y a, nous l'avons vu, que deux manières de raisonner a priori, et une a posteriori; il y a donc trois figures du syllogisme et il n'y en a que trois.
ART. VI. — Olyerses espèces de syllui^ismes.
Le syllogisme, avons-nous dit, a pour but de comparer deux idées avec une même troisième afin de découvrir, par cette comparaison, si ces deux idées se conviennent ou non. D'après ce qui précède, il appert que cette formule s'applique sans difficulté aux trois figures classiques du syllogisme catégorique, c'est-à-dire de celui dont les prémisses et la conclusion affirment ou nient simplement un attribut d'un sujet.
Mais ce cas, relativement simple, peut se compliquer, et se com-
SYLLOr.ISME. 525
plique on eiVet très souvent. A chaque instant nous employons des raisonnements, considérés par nous comme tout à fait légitimes, et qui s'écartent de la forme ordinaire.
Kxaminons-en quelques-uns des principaux types :
i; 1. — Syllogisme conditionnel.
^^t' vous me payez cinquante millf francs, je vous céderai ma propriété ; or vous me les payez; donc je vous cède ma propriété.
Les règles de ce syllogisme, ainsi que celles des autres syllogismes/ji//J0//i'''</7ue.s' {disjonctif et conjonctif), ne sont que l'adaptation au raisonnement des règles des projjositions de même nom (Voir p. 507).
Quelle que soit la difficulté éprouvée à réduire ces syllogismes à la forme catégorique, tout en leur conservant exactement les mêmes termes et le même sens, la légitimité du processus mental suivi dans ces raisonnements ne peut faire aucun doute, puisque, comme nous l'avons vu, c'est la loi de conséquence conditionnelle qui régit les syllogismes catégoriques eux-mêmes.
§ 2. — Syllogisme de relation.
\ . Les syllogismes de relation sont ceux qui sont formés par des propositions de relation (Voir p. 508 .
Rien n'empêche de dire, écrit Lachelier, « Versailles est moins grand que Paris : or Fontainebleau est moins grand que Versailles : donc Fontainebleau est moins grand que Paris »; « Paul est fils de Jacques, frère de Jean, etc. : or Pierre est fils de Paul : donc Pierre est neveu de Jean, petit-fils de Jacques, etc. ». Ce sont bien là des syllogismes, en ce sens qu'un terme moyen, « Paul », dans un exemple, « Versailles », dans l'autre, sert à établir un rapport entre deux termes extrêmes, comme « Pierre » et « Jacques », « Fontainebleau » et « Paris ». Mais ces syllogismes ont leurs formes et leurs lois propres, plus voisines de celles du raisonnement mathématique que de celles de la logique traditionnelle (1). On pourrait croire qu'il suffit de traiter les propositions qui les composent comme des propositions d'inhérence, pour en faire des syllogismes aristotéliques de la première figure. Que Ton en fasse l'essai sur le premier des deux exemples qui précédent. « Versailles est moins grand que Paris » sera la majeure ; « Fontainebleau est moins grand que Versailles » sera la mineure. « Moins grand que Paris » prédicat de la majeure, sera le grand terme; « Fontainebleau », sujet de la mineure, sera le petit. Mais quel sera le moyen? Ce ne sera pas ■* Versailles », sujet de la
(1 A - B, n — C, donc A =:^ C; A > n, B > C. donc A > C sont dos raisonnnments mathématiques de tout repos; qui voudrait les traiter comme dos .syllogismes d'inhérence leur Irouvevail cepciulaiit (|natre termes.
326 LOGi(?UE.
majeure, maais qui n'est, dans la mine'ure, qu'une partie du prédicat; ce ne sera pas « moins grand que Versailles », prédicat de la mineure, mais dont une partie seulement figure dans la majeure, comme sujet; il n'y «n aura point, et un raisonnement irréprochable en lui-même paraîtra, sous une forme qui n'est pas la sienne, irrégulier et illégitime. »
2. On pourrait sans doute, en modifiant de la manière voulue les propositions qui composent ces syllogismes, les ramener à la forme du syllogisme d'inhérence et les juger, dans cet état, d'après l€S règles générales. On dirait, par exemple, « ^ce qui est moins grand que ce qui est moins grand qu'une Chose est moins grand que cette chose; or Fontainebleau est moins grand que Versailles qui est moins grand que Paris; donc Fontainebleau est moins grand que Paris ».
Reste à savoir si cette réduction laborieuse est opportune et si elle n'est pas oin procédé artificiel. Elle serait tout à fait inutile, si l'on devait reconnaître au syllogisme de relation le droit à l'existence. Or il semble bien qu'on le doive, et voici pourquoi.
3. Nous avons vu en traitant des propositions de relation que leur réduction aux propositions d'inhérence, par le transfert au prédicat des modalités delà copule, est une opération artificielle; « fils de », « moins grand que » ne sont pas des qualificatifs des termes, mais des modes du rapport entre ces termes : ils ont par suite nécessairement gardé cette même fonction logique dans le syllogisme.
Dès lors les expressions « est plus grand que », « est fils ou frère de » devant être envisagées directement en elles-mêmes comme des modalités du rapport énoncé par la copule, il conviendra de tenir compte immédiatement de leur sens, — en dressant au besoin le tableau, et comme le barème de leurs équivalences, — €t de conclure tout de suite :
« Pierre est frère de Paul : or Jacques «st fils de Pierre; donc Jacques est neveu de Paul », ne voyant dans ce syllogisme qite trois termes unis entre eux par les copules appropriées.
Nous conclurons donc, avec Lachèlier, qu'il faut « distinguer deux genres de syllogismes, comme deux genres de proposition, des syllogismes d'inhérence çfi des.syilof)ismes de relation )i,
§ 3. — Syllogisme modal. — Ce syllogisme ressemble au syllogisme de relation en ce que, dans les propositions modales qui entrent en lui, les copules sont modifiées. Bien que l'on puisse avec un changement plus ou moins notable des termes et du sens ramener ces syllogismes à la forme simple, il semble plus conforme à une logique bien entendue de les employer sous la
SYLLOfiISME. 5:27
forme modale, on leniint compte, an besoin, des équivalences do modes.
Fxnn^tlc : « Ce quiiexiste d'une anaamière oontiaugente CKige une cause qui u'eviaie pas d'une mamèrc rontingen/e : or le monde existe d'une manière contingente; donc le monde exige une cause nécessaire. »
ART. \'\\. — Njllog-ismex iri^és^tilicrs.
Le syllogisme est rarement employé dans sa forme complète et régulière, telle que nous venons de l'étudier; le plus souvent il apparaît modilié, simplifié ou développé de différentes manières. Les principaux syllogismes irréguJiers sont les suivants :
1. L'enthymème (Êv-fli»!x.£t!îeai, avoir dans l'espril), syllogisme dans lequel l'une des prémisses, parfois même aussi la conclusion, se trouve sous-entendue. Tel est, par exemple, ce vers delà .Médée de Sénèque : Celui à qui sert le crime en <'st coupable. [Or il fa servi; donc tu es coupable).
2. L^épichérèjne (l7ti)r£i'pYîua, altaque], syllogisme dont chaque pré(miisse est accompagnée de sa preuve,
Od cite ordinairement comme exemple l'argument qui résume le plaidoyer de Cicéron pro Milone :
Il est permis de tuer un injuste .agresseur.: — Lu Im naturelle^ la loi positive l'autorisent...
Or Clodius a été V injuste agi^sseur de Milon: — Ses antécédents, son escorte, ses armes le protivent^
Donc il était permis à Milon de tuer iJlodius.
3. Le polysyllogrisme. — Ce raisonnement est composé 'de plusieurs syllogismes, disposé de telle sorte que la conclusion du premier sert de majeure au second, et ainsi de suite.
Ce qui est simple ne peut se dissoudre;
Or Vàme humaine est simple ;
Donc Vàme humaine ne peut se dissoudre.
Or ce qui ne peut se dissoudre est incorruptible ;
Donc rame humaine est incorruptible.
\. Lie «orite (uwpd;, monceau) (1) est une suite de propositions enchaînées de telle sorte, que l'attribut de la précédente devient sujet de la suivante, et ainsi de suite jusqu'à la dernière proposition, qui unit le premier sujet au dernier attribut : c'est le sorite régressif. Soit, par exemple, le raiisonnement du renard de TWontaigne : Cette rivière fait du bruit; rr qui fait du bruit remue,
(1) A l'origine, le nnri'ir sx dr-signô le sophisme (vl»4)i-c pnr lequel ruhniide tic Mcgare prouvait <|u'iin «nsdc 1)16 peut élrc forme par nn seul K'raiii ; car. disait'il.il n'y a qu'un Krain de difll'ércnce entre le nombre de crains qui suftil ot celui qui ne suffit pas à former un las (C<. plus bas : Qucli/nes xo/i/uxmrs /lixforiqucs, n'M).
ce qui remue nesl pas gelé, ce qui n'est pas gelé ne peut me porter, donc celte rivière ne peut me porter.
Parfois aussi les propositions sont enchaînées de manière que le sujet de la précédente devient attribut de la suivante, jusqu'à la dernière qui unit le dernier sujet au premier attribut : c'est le sorite progressif.
La seule règle à observer dans l'usage du sorite, c'est que la connexion existe entre les idées, et non pas seulement entre les mots. On s'en assure en veillant à ce que chaque terme conserve exactement le même sens dans chacune des propositions oîi il figure. Ainsi le sorite de Thémistocle pèche contre cette règle :
Athènes gouverne la Grèce, à\i-\\; moi je gouverne Athènes, ma femme me gouverne, mon fils, enfant de dix ans, gouverne sa mère: donc cet enfant gouverne la Grèce. Il est évident, en effet, que le mot gouverne n'est pas pris partout dans le même sens.
5. Le dilemme (Sic Xv;[i.[jLa, qui a deux propositions) est un double syllogisme avec une seule conclusion. C'est un argument par lequel on accule l'adversaire à une alternative dont chacun des termes conduit à une conclusion identique. Soit, par exemple, ce dilemme d'un général à une sentinelle qui n'avait pas donné l'alarme à l'approche de l'ennemi : Ou tu étais à ton poste, ou tu n''y étais pas. Si tu y étais, lu nasjias fait ton devoir ; si tu n'y étais pas, tu as forfait à Vhonneur; dans les deux cas, tu mérites la mort.
Les règles du dilemme sont au nombre de deux :
a) Il faut que la disjonction soit complète, et qu'il n'y ait pas d'échappatoire possible entre les deux termes de l'alternative ; ce qui suppose qu'ils sont opposés contradictoirement.
b) Il faut que le dilemme ne puisse être retourné contre celui qui l'oppose (1).
(l) Le dilemme suivant, par lequel Epicure prétend démontrer que la mort n'est pas à craindre, pèche évidemment contre la première règle:
Ou notre âme périt avec le corps et ainsi, ix'ayant plus de sentiment, nous n'éprouverons aucun mal; ou, si Vàine survit au corps, elle sera plus heureuse qu'elle n'était dans le corps. Donc la mort n'est pas à craindre.
Épicure omet ce troisième cas où l'àme. bien que survivant au corps, sera, par suite de ses fautes, plus malheureuse qu'elle n'était lors de son union avec lui.
— Quant à la seconde règle, on sait comment le fameux dilemme de Protagoras lui fut habilement rétorque par son disciple Evalthe.
^ Le sophiste avait enseigné la rhétorique à Evalthe, moyennant une certaine soramc dont la moitié avait été payée d'avance, et l'autre devait l'être après qu'Évalthe aurait gagné sa première cause. Evalthe ne saisissant pas assez vite l'occasion de plaider, au gré de Protagoras, celui-ci intenta un procès à son disciple en lui disant : » Que tu gagnes ce procès ou que tu le perdes, tu seras également tenu de me payer. Si lu gagnes, nos conventions fy obligeront: si tu le perds, les juges le condamneront à acquitter ta dette. • Évaltlie repartit: « Tout au contraire, quoi qu'il arrive, je ne te devrai rien : Si je gagne, les juges m'en dispenseront, et si je perds, nos conventions y ont pourvu. •
\.E SVLLOGlSMi:. 52U
AKT. VIII. — Objections).
SUiart Mill a soulevé contre le syllogisme une double objection. Il l'accuse de n'être qu'un procédé stérile, une pure tautologie; bien plus, un procédé incorrect, un véritable cercle vicieux.
Kn effet, dit-il, la règle fondamentale du syllogisme, c'est que la majeure doit contenir la conclusion. Dès lors, à quoi bon raisonner, si c'est pour ne trouver à la fin que ce que nous avons nous-mêmes mis dans les prémisses? N'est-ce pas là un puéril tour de gobelets?
Soit le syllogisme classique : Tous les hommes sont mortels, or Socrate est un homme : donc Socrate est mortel.
De deux choses l'une, continue Stuart Mill : ou je sais que Socrate est mortel, et alors je n'ai pas besoin de raisonner pour le découvrir; ou j'en doute, et alors je n'ai pas le droit d'affirmer que tous les hommes sont mortels. Il faut donc conclure que toute inférence du général au particulier est un cercle vicieux.
Réponse. — 1. Répondons d'abord que, sans doute, la majeure renferme la conclusion; mais, autre chose est qu'une proposition soit contenue dans une autre, et autre chose, que nous sachions qu'elle y est contenue. Le mérite, l'utilité du syllogisme est précisément de nous l'apprendre, en nous faisant voir ce que nous tenions déjà, mais sans y prendre garde. Un principe renferme en lui-même une infinité de conséquences; or n'est-ce pas un progrès, une véritable découverte de les y trouver? Toute la géométrie est contenue dans quelques définitions : Stuart Mill soutiendra-t-il qu'elle n'est qu'une vaine tautologie, et que le syllogisme, qui en tire tant de conséquences imprévues, est un procédé stérile?
2. En second lieu, pour qu'il y ait cercle vicieux ou pétition de principe, il faudrait que la majeure ne puisse être obtenue que par rénumération complète de tous les cas particuliers auxquels elle s'applique dans V ordre de Ver tension. Il est clair, en effet, que dans cet ordre, je ne puis dire : « tous les hommes sont mortels », si la mortalité de l'un d'entre eux est encore en question. Il en est tout autrement si, comme cela a lieu en réalité, la majeure est une proposition générale fondée sur la considération de la compréhension. « Tous les hommes sont mortels » signifie non pas : « la collection complète dea hommes ne renferme que des mortels », mais « le fait de posséder la nature humaine entraîne l'attribut mortel ». Je puisévidemment établir cette vérité et l'énoncer tout en ignorant encore si tel ou tel être fait partie de l'extension de l'idée d'homme : quand je découvrirai qu'il en fait partie, 'le syllogisme sera fini et je connaîtrai la conclusion cherchée.
coiRs DE iMiir.osoi'iin:. — t. i. 34
APPENDICE L'!»aisr« et abus du syllogisme.
lesvUoeisme a donné lieu à des débats passionnés, et. comme il arrive presque toujours en pareil cas, on est tombé de part et d'autre dans des exa-
'tS"uïïS"xal5-au point d'y voir, no. seulement la forme la plus parfaite du raisonnement, mais encore l'unique moyen d arriver aii vrai; SrS ont prétendu en proscrire absolument lusage, sou.s prétexta qu il est un embarras pour la pensée et même une source d'en-eur.
ll^t facile de faire justice de pareilles exagérations, en di.tin-uant l'usage légitime et fécond du sj-lîogisme, de l'abus qu'on en peut faire.
I. — UtiUté du syllogisme. — Les adversaires du syllogisme lui reprochent d'être inutile. , , ^ . ...
ns ne voient dans ces classifications de modes et de f'S^res que jeu pneril ou ridicule pédanlisme. A quoi bon savoir, cUsent-ils, si 1 on raisonne en Baroco ou en Ben^alipion ? .
1 San^ doute, il ne faut pas attacher trop d'importance a cette mnemotechnie scolastique ; mais, de bonne foi, est-il permis de traiter de jeu denfanUes Analytiques d'Aristote, vrai chef-d'œuv,^ de l'e.pnt humain, ou ce CTand homme a tracé le code de la déduction d'une main si sm-e, que, depuis plus de vingt siècles, on n'a rien pu y ajouter ni en neu retrancher d e<-
^Abttîaction faite de toute utilité pratique, l'étude du syllogisme présente un intérêt théorique de premier ordi-e, et Thomme, qui étudie avec tant de soin le fonctionnement de ses organes, ne saurait se désintéresser dc^ lois de son intelligence, ni ignorer comment il raisonne. - Assurément, dit Hegel, S it pour le'moias aus:si grave de connaître les figures et les modes du svlk.gSme, que de savoir qu'il y a plus de quarante espèces de perroquets. .
9 ^Tflis est-il vrai que la science des règles du raisonnement ne soit d aucune u^iW^^ pratique, et peut-il être superflu de connaître les lois d'un arts délicat et si important ? . i n •
Evidemment non; et il est facUe d'énumérer les services que le syUogisme peut rendre à l'expression ou à l'interprétation de la pensée.
Dans le discours ordinaire, le raisonnement est parfois accompagne d 'explications et de développements qui empêchent d'en saisir nettement le lieu iSue Parfois aussi les idées intermédiaires sont sous-entendues : on ae Sr^ soi-même, on suppose trop facilement qu'on est compris des Tu^esT là des obscurités, parfois des inconséquences et des errem-s.
Le svrio-i^me déban-asse le raisonnement de tout détail inutile, de tout artifice de langage ; il en dégage les éléments essentiels, pour le ramener a sa ?^me la plusî^ple. la plus claire et la plus rigoureuse ; au.si e^t-il un procé^infaiUible de démoastration, un moyen assure de decouvru- 1 erreur et
%tTTerrl^d?es|rrUs-sont d'accord en ce point. Bossuet non. dit luimême qu' 1 avah soin d'ôter du discours . les Ogures et les autres ornements de p^le qui en sont comme la chair et la peau, de sorU. que, n'j- laissant eue cTSsemblage d'os et de nerf^, il soit aisé de voir ce -lue la logique fait daL^ce^uviages, et ce que la rhétorique y ajoute -Kant reconnaît que ftousîS vices du 'raisonnement se découvi-ent très facilement quand on les fait ressortir en mettant un argument en forme ».
LE SYLLO<aSMr. 53J
' . Tout i-î«isoniiement .|ui no p.nit èuv mis sous celle l'orme, du de son côté \. cousin, est u« raisonnomeul dont il faut, so métiev .. Et Uihiiiz ■ . Je tiens .)ue 1 inu'ntion do Ut form.^ ,ies sylloi^isinos ost uao dos plus belles d« l'esprit l.u,ua.u lu art d^iafadlil-ilit.". y e.t contenu, pomvu ^u'cu sache et S
rA wi'2.r^^ ' "' '" '"^ '" '"*'"" P"""^ • ^'^'^"^^^"-^ ^^-'*
3. Enfin, outre les services positifs ,,ue 1.; syllogisme est appelé à rendre à lascieace son et«de et su.-tout sa pratique assidue offrent Àcme cette utii pSét^tSli ' ''''"'■ ""'"'' '-' ^'-"^'^'^'^^^ fe-anden.ent sa précision et Bossuet reconnaît expressément combien il en a retiré de prolit, et combien son esprit se fortifia a cette gymnastique intellectudlo, à iL^ue le irSlVs" l.vivr pendant des .uint^s. D'après V. Cousin, . l'art svll^istique est mie t^crnne puissante, qui donne à rosprit l'habitude de la' précisZ et de a ..gueur. C'est à cotte n.àle école q^»e se sont formés nos jX^s ^S n'y a que de 1 avantage a y retenir la jeunesse actuelle » »^ , t^i- u u J a que
Il est œrtain <iue le syllogisme, si généralement pratiqué pendant tout le ruoyen âge a oxoire l'influence la plus salutaire sur la formation des inlligeacôs etdesIa.i«:iK^s modernes; que c'est à hii en particulier que la lanCTe française est redevable pour une large pa.t, de la clarté et de la précS qui la distangueiit. ^ « . xa t»rfciMon
II. - Objections contre le syllogisme. - Mais, dit-on, le svllo-isme n'a jamais rien mventc. Bien plus, il a paralysé les progrès de la Se pendant des siècles, et retenu le moyen âge dans une honteuse ignorance des ventes physiques les p'ns élémentaires. Bacon l'accuse d'être une sorte de jonglene, qui se prête également à la démonstration du faux comme du vrai et en somme de n'avoir servi qu'à élei^iser l'erreur '
1. X.^us accordons que le syllogisme est plutôt un procédé de démonstration qu un moyen d'invention; que, se bornant à développer Ie.s mïïeures qu on lui lournit, il s'adapte mieux à enseigner ou à prouver ce ûTon saU qu a trouver ce qu'on ignore. Il ne s'ensuit nullement qu'il n'ait conduU à au,:une découverte, m réalisé aucun progrès. Après tout, r^sonn^r c'est chercher entre les idées des rapports qu'on ignorait, et conséqueinment Progresser dans la connaissance de la vérité. L'exemple de Le VerwèrTt dé Sut d autres prouve assez qu'on peut arriver à de véritables découvertes scîenti flques, en déauisant d'un principe les conséquences qu'il renferme
■2. Que dire maintenant de ceux qui accusent le svllogisme'd'être un ins trument d'erreur N'avons-nous pas montré, au contraire, qu'Hseiî es" eflicacement a la démasquer et à la réfuter?
Quant aux erreurs scientifiques dans les-iuell-^s sont tombés certains sco lastiqucs ce n'est pas le syllogisme .pi'il en faut rendre responsable mais ?ô manque d observation parfois aussi un., confiance trop aveugle en certaines autorités. Pascal est plus équitable à l'endroit des anciens :. Ils doivent dit-iL être admires dans les cons.'.quences qu'ils ont bien tirées du peu dé principes «m'ils avaient, et ils doivent être excusés dans celles où Is ont plutôt, manque du boi.heurde l'expérience que de laforce du raisonnement
« Ce qui a au 1 impuissance (scientifique) de la .scolastique, dit encore Cousin, c.. n est pas du Kmt l'c-mploi du syllogisme ; c'est, dan. le sylloSne radmis.sion de majeures artificielles ». . ^ "- '^J^wfeJsnK,
Du reste, si le syllogisme a et.-- l'occasion de plusieurs erreurs, qui osera soutenir que 1 induct,,„ „.a,t jamais fourni ,,ue des véritésV n ^.^"^ pohu de niellinde miailliblc entre les mains de l'homme. ^