Seconde règle. — 11 est nécessaire que les faits auxquels
et ne se justifie qu'au moyen de ce principe, et que l'application spontanée que nous en avons faite avant de le connaître, n'est que la manifestation d'une raison encore latente.
(1) t Je ne croispas, dit G!. Bernard, que l'induction et la déduction constituent réellement deux formes de raisonnement essentiellement distinctes.L'esprit de riiomme a par nature le sentiment ou l'idée d'un principe qui n-git les cas particuliers. Il procède toujours instinctivement d'un principe qu'il a acquis ou qu'il invente par hypoihèse, mais il ne peut jamais raisonner autrement que par syllogisme, c'est-à-dire en procédant du général au particulier » {Introd. à. la médecine expérimentale). Sur les rapports de l'induction et de la déduction, voir plus bas, (p. 596].
L INDrCTION. 595
on étond lo rapport soient vraiment identiques aux faits observés, et notaimneul, que la cause soit prise au sens total et complet.
En e(Tol, bien que les mêmes causes produisent toujours les mêmes eflots; bien que leur action soit toujours et partout uniforme, il peut arriver que le résultat de celle action, lequel constitue proprement l'elTet, varie suivant la matière qui lui est soumise. Ainsi la pesanteur qui produit la chute des corps graves, produit aussi l'ascension des ballons et l'équilibre des liquides ; et la chaleur qui fond les graisses, coagule aussi les albumines. C'est qu'en réalité, la pesanteur et la chaleur ne sont pas ici les causes complètes du phénomène. La cause totale et complète, c'est la pesanteur ou la chaleur agissant sur telle matière, laquelle, cà son tour réagit de telle manière. La loi est donc le rapport constant non seulement entre A et B, mais entre ka et B*, ainsi qu'il a été dit précédemment (p. 571).
3. Remarque. — Il peut arriver aussi que l'élément quantitatif soit essentiel à la loi: on doit alors le faire figurer dans sa formule. Il serait inexact, par exemple, dédire simplement: l'arsenic tue, et la quinine guérit la fièvre. Ce qui est vrai c'est qu'w«e certaine quantité d'arsenic fait mourir, et qxxune certaine quantité' de quinine fait tomber la fièvre.
ART. IV. — Valeur lo^iiine de rinduction.
1. Inutile de dire que l'induction vulgaire, qui généralise imprudemmenl sur quelque coïncidence accidentelle ou quelque succession fortuite, est un préjugé sans valeur, bien plus, un véritable sophisme qui se ramène, soit au dniombremenl imparfait [ab uno disce oinnes], comme le prétend Arnauld, soit à l'ir/norance de la cause [post hoc, errjo proptcr hoc).
1. L'induction purement formelle ou aristotélicienne, qui procède per enumeralionem simplicem. et se contente d'aftirmer d'un tout logique ce qu'elle a déjà affirmé explicitement de chacune de ses parties, est uneopération légitime sans doute, mais, se bornant à aller du même au même, et n'impliquant aucune extension de connaissance, elle n'a rien de commun avec l'induction proprement dite, qui conclut de queUpie à tous.
;{. Quant à l'induction vraiment scientifique, qui repose sur une expérimentation régulière et procède ;)^r(?a?c/M4-io»/?s rtrejecliones
l'itas, elle est théoriquement inattaquable ; car, s'il est prouvé que H- rapport constaté est réellement un rapport essentiel, il s'ensuit par là même qu'il est nécessairement constant.
Mais en fniieX pratiqunnent, il resle toujours quelque doute, si pelit qu'on le suppose, sur la valeur de rexpérimentation. Kn effet, la complexité des faits ne permettant jamais de réaliser
effectivement la coïncidence solitaire qui serait décisive, on est réduit à éliminer successivement les antécédents connus, afin de déterminer celui qui est vraiment cause. Or on peut toujours se demander s'il n'est pas resté quelque antécédent inconnu dont on n'a pas tenu compte, et qui cependant concourt pour sa part à la production du phénomène.
Et voilà pourquoi, en fait, le procédé induclif ne conduit pas d'ordinaire à une certitude vraiment absolue, égale à celle des sciences mathématiques.