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CHAPITRE PREMIER

CARACTÈRE ET PROCÉDÉS DES SCIENCES NATURELLES ART. I. — Objet et procédés jgfénéraux des sciences biolo§^îques .

Abandonnant aux sciences physiques tout ce qui concerne la matière inorganique, on réserve aux sciences naturelles l'étude de la vie et de ses diverses formes; d'où le nom de sciences biologiques qu'on leur donne de préférence.

§ 1. — Leur objet. — C'est la matière vivante, sa structure et sa composition chimique, avec les réactions de toutes sortes qui se produisent en elle, les lois de son développement, la nature et la fonction de ses divers organes, les types qu'elle réalise. — Les sciences naturelles n'ont pas proprement pour objet la nature intime de la vie et du principe vital; cette étude appartient à la Métaphysique. Mais leur domaine se borne à la description de Tétre vivant, à la recherche des phénomènes vitaux et de leurs lois.

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2. — Leurs procédés généraux. — Ce seront les mêmes que ceux des sciences physiques : observation, hupolhcse, expérimentation, induction, avec celte différence, toutefois, que la complexité de leur objet exigera en général une plus grande délicatesse dans l'emploi de ces procédés. Il est à remarquer que c'est dans le domaine des sciences biologiques que la méthode expérimentale a donné ses plus beaux résultats, témoin les expériences si claires, si décisives et si fécondes de Pasteur sur la culture et l'atténuation des microbes.

ART. IL — <iJi'!indfH iliTÎsîoii!* «les sciences biolOj^îques.

Nous avons donné ailleurs la classification des sciences biologiques. Nous l'avons vu, les unes décrivent la structure intime de l'être vivant, de ses différents organes, de ses tissus : c'est l'objet de Yanatomie; d'autres étudient les phénomènes vitaux, le fonctionnement normal et anormal des organes : c'est l'objet de la physiologie et des sciences annexes; d'autres enfin s'appliquent à décrire et à classer les innombrables espèces animales et végétales : c'est l'objet de la systématique, ou taxinomie, comme l'appelait A. Comte.

Les sciences biologiques comprennent donc à la fois des sciences de faits se succédant dans la durée, et des sciences d'êtres, c'est-à-dire de formes coexistant dans l'espace. Les premières observent les phénomènes vitaux pour en déterminer les lois; les secondes observent les formes et les individus pour remonter au type.

Les unes et les autres suivent une méthode essentiellement inductive et a posteriori; toutefois, les procédés qu'elles emploient subissent certaines modifications, suivant l'objet qu'elles étudient et le but qu'elles se proposent.

^l. — En tant que sciences défaits (physiologie^ pathologie, etc.), leur méthode s'identifie assez exactement avec celle des sciences physiques; elles font successivement usage de tous ses procédés.

Au lit du malade, par exemple, le médecin observe les phénomènes et les symptômes ; il interroge le malade sur ce qu'il éprouve; bientôt une idée se présente à son esprit sur la cause probable de la maladie. Cette hypothèse, vraie ou fausse, constitue le diagnostic, et ce n'est qu'après l'avoir vérifiée par tous les moyens en son pouvoir, que le médecin est en état de prescrire le remède convenable, ce qui est l'objet propre de la thérapeutique.

2. L'expérimentation, en particulier, tend à prendre dans les sciences biologiques une importance de plus en plus considérable.

606 LOGIQUH.

Sans doute les expériences présentent ici des difficultés spéciales, à raison de la complexité des phénomènes, mais l'expérimentateur dispose aussi de ressources proportionnées à sa tâche. Grâce à certaines substances telles que la strychnine, le curare, et en général les anesthésiques, grâce aux inoculations, aux sections, aux réactions électriques, etc., il peut ralentir, supprimer ou surexciter un grand nombre de fonctions; il peut écarter successivement les conditions accessoires d'un phénomène, jusqu'à ce qu'il ait découvert celles qui lui sont essentiellement liées 1).

Ainsi, pour déterminer la fonction propre d'un organe, on enlève cet organe et l'on observe les désordres que provoque son ablation ; on constate ainsi que la section d'un nerf entraîne la paralysie de tous les muscles correspondants, que la section du nerf optique entraine la cécité, etc. Yeut-on étudier l'influence de la respiration sur la composition du sang, on empêche l'animal de respirer, et Ton constate que c'est à loxygène absorbé par la respiration que le sang doit sa couleur rouge vermeil.

^ ^- En tant que sciences d'êtres et déformes [zoologie et botanique systématiques], la méthode des, sciences natureDes difi'ère assez notablement de celle des sciences physiques.

En effet, il ne s'agit plus ici de remonter du fait à la loi, mais de s'élever de l'individu variable et éphémère au li/pe général et permanent.

1. Dans les sciences de la nature, on entend par type un ensemble de formes qui s'impliquent et se supposent réciproquement, et par suite, coexistent toujours.

Nous avons défini la loi physique : un rapport de succession constant et nécessaire entre deux phénomènes, en vertu duquel l'un étant posé, l'autre suit nécessairement; on peut définir le .type naturel : un rapport de coexistence constant et nécessaire entre différentes formes, qui fait que l'une ne peut exister sans l'autre, en même temps quelles sont exclusives de certaines autres. C'est ainsi que le type ruminant implique toujours le sabot fendu, l'estomac multiple, les molaires à couronne plate, et exclut les griffes, l'estomac simple, la présence des canines et les molaires à couronne mamelonnée, qui caractérisent le type carnassier.

J2. L'objet propre des sciences naturelles enfant que sciences d'êtres, consiste donc à déterminer ce rapport de coexistence ; aussi leur méthode se ramène-t-elle à cette forme spéciale de l'induction, appelée généralisation, dont V observation et la compa-

(1) Rappelons que, jawais et sous aucun prétexte, certaines expériences ne peuvent licitement se pratiquer sur la personne humaine; elles ne sont autorisées que sur les animaux, dans un intérêt scientifique, et sous quelques réserves que nous aurons à préciser en Morale.

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raison conslituent les procédés caractéristiques. On conçoit, en olFet, que rexpérimentation soit impuissante à établir la loi de (Xiexistencc des organes, car il est impossible d'isoler artificiellement telle ou telle forme essentielle d'un type pour voir si telle autre pourra s'y substituer (1). La seule ressource est donc d'observer la nature. Quant à la géncralisalion des rapports constatés, elle consiste à affirmer de tout un groupe ce qui a été reconnu convenir à quelques individus pris dans ce groupe.

3. Ce procédé, lui aussi, ne se légitime qu'en vertu d'un principe de raison: toutefois, ce n'est plus, comme dans l'induction proprement dite, au principe des lois qu'on a recours, mais au principe de finalité.

En effet, cette loi de corrélation organique trouve, sans doute, sa raison immédiate dans certaines lois physiques et chimiques, plus encore dans certaines lois biologiques ; mais, pour avoir l'ex plication dernière de la fixité des types, de la coexistence constante et nécessaire de certaines formes, il faut recourir à un principe supérieur qui n'est autre que la destination des êtres à vivre d'un certain régime, laquelle entraîne l'adaptation harmonique de tous leurs organes en vue de ce régime. Or, cette destination suppose elle-même qu'il existe un plan dans la nature; que les êtres ne se forment pas au hasard, mais que chacun d'eux, selon son espèce, se conforme à un type idéal, lequel ne peut être que l'idée créatrice qui, ayant présidé à sa formation première, reste la loi de son développement.

Ainsi s'explique ce fait, que tant d'êtres, doués d'une existence individuelle et indépendante, soumis d'ailleurs à des conditions extérieures si diverses, s'accordent néanmoins et persévèrent de génération en génération à reproduire invariablement les mêmes caractères spécifiques.

4. Quand on est parvenu à déterminer les types plus ou moins généraux, reste à les grouper méthodiquement entre eux, suivant leurs ressemblances et leurs différences. C'est l'objet de la classification.

5. On est alors en état de donner de chaque type une définition scientifique parle genre prochain et la différence spécifique; ce qui est le dernier mot des sciences naturelles, considérées comme sciences d'êtres.

Ces deux derniers procédés demandent à être étudiés avec

quelque détail. Auparavant nous dirons quelques mots du procédé

d'analogie qui, tout en étant applicable aux autres sciences, est

d'un usage plus fréquent dans les sciences de la nature.

l\) Néanmoins, rexpérimealatinn réussit tians une certaine mesure à niodilier (luelques tormcs extérieures de l"<Hr<) vivant. Ainsi la culture, l'élevage, la greffe, les eroisenienls artiflcicis sont autant d'expériences très instructives, qui (tcrmcttenl de .'lisir le degré de lixité des espèces.

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