LA DÉFINITION EMPIRIQUE
La définition et la classification sont deux procédés logiquement inséparables, qui correspondent, le premier à la compréhension de ridée générale, le second à son extension. En effet, impossible de classer à moins de connaître les caractères essentiels qui sont exprimés par la définition, et d'autre part, impossible de définir sans avoir classé les êtres qui possèdent ces caractères essentiels.
ART. I. — i\ature et règles de la définition empirique.
§ 1. — Sa nature. — Comme toute autre définition, la définition empirique peut s'énoncer : une proposition réciproque dont l'altrihut développe toute La compréhension du s:ujet.
Définir ne consiste pas à énumérer successivement tous les attributs essentiels d'un type animal ou végétal, mais à en donner un résumé scientifique par le genre prochain et la différence spécifique. Le genre prochain comprend tous les caractères que le défini possède en commun avec d'autres êtres ; la différence spécifique énonce ceux qu'il ne partage avec aucun type du même degré et qui l'en distinguent essentiellement.
De la sorte, la définition exprime, non seulement toute la nature d'un genre ou d'une espèce, elle marque encore la place qu'ils occupent dans la classification, les rapports qui les unissent aux groupes voisins, comme les différences qui les en séparent. Ainsi ■le type oiseau se définit un vertébré (genre prochain), ovipare, à circulation double {àiKévencQ. spécifique).
ce problème fondamental de toute science, soulevé jadis par les Sophistes grecs et résolu par Socrate, à savoir, que la nature ne contenant ni genres ni espèces, mais seulement des individus, ces classifications prétendues naturelles sont dépourvues de toute valeur ol)jective : qu'elles sont notre ouvrage et que •• nous ne les avons laites que pour le soulagement de notre esprit » (Buffon).
— A ce compte, c'en serait lait de la science; car, nous l'avons vu. Non datur scientiade individuo. Si les classifications étalilies par les naturalistes se réduisaient à des classements purement artiûciels, imaginés pour soulager la mémoire, elles ne vaudraient ni la peine qu'on se donne pour les chercher ni l'imporlance qu'on leur accorde quand on les a trouvées. Mais il n'en est pas ainsi.
En fait, les classifications naturelles expriment quelque chose de réel et leur fondement existe vraiment dans la nature. Ce fondement, cette réalité qui (ait leur valeur, ce sont les /•aj:;^;iûr/s constants que l'on constate entre les différentes formes animales et végétales; ce sont ces lois de coexistence, ces types immuables que, par voie d'observation et de comparaison, le savant s'applique à dégager des individus multiples et passagers que lui présente la nature, alin de les grouper hiérarchiquement sous le nom de genres et d'espèces. Or, on l'a dit, et il est vrai, l'individu passe et meurt, mais l'espèce demeure.
LA nÉKIMTiON EMriRIQUl',. *>21
v^2. — Règles de la définition empirique. — Ce sonl celles de
la dotinition en général. , ..r • ,
1. Elle doit convenir omni et solidefimto, à tout le délini el au souZ-détîni; en d'autres termes, elle doit être réciproque.
2. Elle ne doit contenir que les caractères essentiels et constitut^ifs du type à définir. C'est là ce qui distingue la définition de la simple description, qui admet aussi les caractères accidentels.
3. Elle doit se faire par le genre prochain et la différence spécifique.
4. Elle ne doit pas contenir le mot à défimr; etc. (relire ce qui a été dit de la Dé finit ion en général, p. 497).
ART. 11. - Caractères et rôles divers de la définition empirique et de la définition rationnelle.
§ 1 . — Caractères. — 1 . Nous l'avons dit, les sciences mathématiques, étudiant non pas des êtres réels, mais des notions idéales, doivent tout d'abord se créer à elles-mêmes leur objet en le définissant. Aussi la définition rationnAlr est-elle génétique ou constructive; elle a le caractère d'un modèle auquel l'objet idéal est nécessairement conforme. Au contraire, la définition empirique est essentiellement descriptive: elle a le caractère d'une copw qui doit se conformer aussi fidèlement que possible à un objet réellement existant.
2. Les notions mathématiques expriment des objets simplement possibles, aussi se définissent-elles pour une large part a vriori; tandis que l'objet des sciencesnaturelles, étant réel et con tingen't, ne saurait être connu et décrit qu'après avoir été observé. La définition empirique se fait donc a posteriori.
3. La définition rationnelle est une donnée ; elle dit : soit tel nombre ou telle figure... Aussi, pourvu qu'elle ne renferme aucune contradiction, est-elle indiscutable. Et de fait, elle est nécessairement exacte et identique à son objet, celui-ci n'existant que par elle, et ne contenant que ce qui y a été mis par elle. Au contraire, la définition empirique est un résultat ; elle suppose de nombreuses et délicates observations ; l'erreur peut s'y être glissée ; on peut y avoir introduit quelque élément accidentel, omis quelque élément essentiel; bref, elle peut être contestée, discutée; il faut prouver qu'elle convient omni et soli de/inito. En tout cas, elle est plus ou moins imparfaite et, à ce titre, toujours révisable et perfectible, comme la classification qui lui sert de base; tandis que la définition rationnelle est de soi immuable et irréformnble.
Aujourd'hui, par exemple, les naturalistes connaissent beaucoup'mieux les diverses espèces de plantes et d'animaux qu'au temps d'Aristote; aussi sont-ils en état de les définir plus exacte-
ment; mais les définitions du cercle et du carré, que donnent les géomètres modernes, ne diffèrent point de celles d'Euclide.
i^ 2. — Rôles différents de la définition empirique et de la définition rationnelle. — Quant à la place que doit occuper la définition dans les procédés de la méthode, Aristote remarque avec raison (Organ. Post. Anal., I, 8j qu'elle est, ou le principe, ou la conclusion de la démonstration.
1. De fait, la définition rationnelle devant présenter à l'esprit l'objet idéal qu'il s'agit d'étudier, et les autres procédés de la méthode mathématique n'ayant pour but que de déduire les propriétés et de développer les conséquences qui résultent de cette définition, il est clair qu'elle a sa place marquée au début même de la démonstration.
2. Au contraire la définition empirique est le procédé final des sciences de la nature, celui qui résume leurs recherches et en formule les résultats; car on ne peut définir un animal ou une plante qu'après les avoir observés, comparés et classés.
3. Notons que, dans certaines sciences morales pratiques et normatives, telles que la morale, le droit, la politique et quelques autres, qui n'établissent leurs définitions que pour en déduire les lois idéales qu'elles entraînent, la définition ne sera ni au commencement ni à la fin, mais au milieu de la démonstration.
APPENDICE
Oe l'emploi du principe de finalité dans les sciences de la nature.