CHAPITRE PRÉLIMINAIRE
OBJET. CARACTÈRE ET MÉTHODE DE CES SCIENCES ART. I. — Objet des sciences morales et sociales.
1. Par être moral on entend un être intelligent et libre et, à ce titre, vraiment cause responsable de ses actes. Or le seul être moral ici-bas, c'est l'homme. Les sciences biologiques nous font connaître en lui l'être vivant et organisé; les sciences morales nous le font connaître comme être pensant, sentant et voulant ; leur objet est de déterminer les lois gui régissent les manifestations de son activité p.sychique.
2. Nous avons déjà donné dans ses grandes lignes la classification des sciences morales ; nous avons vu qu'on peut étudier l'homme, soit en lui-même, soit dans son évolution à travers les âges, soit dans ses rapports avec ses semblables; d'où Iroisgrandes classes de sciences morales : les sciences psychologiques, les sciences historiques et les sciences sociales.
3. A un autre point de vue, on peut distinguer dans le.s sciences morales celles qui étudient l'homme rcel, c'est-à-dire tel qu'il est, et celles qui étudient l'homme idéal, c'est-à-dire tel qu'il doit être. Les premières sont purement théoriques; leur but est de constater les faits, enfin d'en déterminer les lois réelles. Les secondes sont des sciences ;j?'a/tVyMes et normatives, qui n'étudient l'homme tel qu'il doit être que pour lui indiquer ce qu'il doit faire. Leur but ultime est d'aider l'homme à réaliser son idéal.
4. Au premier groupe (sciences de faits, purement théoriques et descriptives) appartiennent :
a) La psychologie expérimentale, science des phénomènes de conscience el de leurs lois;
b) Vhistoire, science des événements passés et des causes qui les déterminent;
COURS DE l'IHLOSOI'lIIE. — T. I. 40
G2G Lor.inuE.
c) La sociologie ou science sociale, qui étudie la structure générale des sociétés humaines, les conditions d'équilibre de leurs institutions, et les lois qui président à leur développement.
5. Du second groupe (sciences idéales et normatives : relèvent :
a) La morale proprement dite ou science du bien ; la logique ou science du vrai et Vesthétique ou science du beau; enfin,
b) Les sciences politiques qui s'appliquent à déterminer, soit les lois générales de toute société, soit celles qui conviennent à telle ou telle nation particulière, à raison de son tempérament, de ses mœurs, de ses besoins, de son passé, etc.
APiT. II. — Caractère de ces Hciences.
1. On reproche parfois aux sciences morales et sociales de ne pas offrir la précision et l'exactitude qui sont le partage des sciences mathématiques. Plusieurs vont même jusqu'à leur contester le titre de sciences, pour ne voir dans leurs conclusions que des opinions personnelles plus ou moins plausibles.
— C'est être injuste à leur égard, car elles réunissent toutes les conditions qui font les sciences proprement dites.
a) Les phénomènes qu'elles étudient sont très réels et spécifiquement distincts de ceux qui font l'objet des autres sciences;
b) Les causes et les lois qu'elles déterminent expriment des rapports nécessaires (subjectivement ou objectivement), soit entre les faits, soit entre les actes et la règle idéale à laquelle ceux-ci doivent se conformer ;
c) Enfin, leurs conclusions ont un caractère incontestable de certitude, bien que d'un autre ordre que la certitude des sciences physiques ou mathématiques.
2. Cependant, si les sciences morales sont de vraies sciences, et les premières de toutes, à raison de la dignité de leur objet, on ne peut nier qu'elles soient les dernières au point de vue de la précision de leurs résultats.
Cette infériorité tient à plusieurs causes :
a) Les faits moraux, bien que pouvant se manifester au dehors par des phénomènes sensibles, sont en eux-mêmes hors de la portée des yeux. Nous percevons directement par la conscience ceux qui se passent en nous; pour les autres, force est de nous en rapporter aux signes extérieurs qu'on en donne. De là une difficulté spéciale quand il s'agit d'induire ou de généraliser.
b] Les faits moraux, en particulier les faits sociaux sont pour la plupart d'une complexité extrême; or, avec la complexité, croît aussi la difficulté et, par suite, les occasions d'erreur et de confusion. D'où la diversité souvent déconcertante des opinions sur certains points de morale et de politique.
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<•) Les phénomènes pliysiques, étant régis par des lois fatales, peuTonl être préAiis mathématiquement, -et provoqués au gré de l'observateur; tandis que la liberté, qui intervient toujours plus ou moins dans les phénomènes moraux et sociaux, trouble les prévisions et déjoue les calculs. En pareille matière, les mêmes causes physiques ne produisent plus toujours les mêmes efl'ets; il faut tenir compte du caprice, des passions, du caractère d^es gouvernants, de rentraînement des fouies, de l'influence des grands hommes, des dévouements, comme aussi des làch-etés et des trahisons : toutes choses qui ne se laissent ni prévoir ni réduire en formule.
d) Enfin, 'les sciences physiques étudientdes faits et des objets matériels susceptibles d'être pesés et mesurés, et cette intervention du calcul communique à leurs résultats quelque chose de la rigueur mathématique. Les faits moraux se refusent à toute évaluation quantitative; les notions d'autorité, de liberté, de droit, de devoir, de plaisir ou de douleur ne se laissant pas ramener à l'unité, il n'est point de commune mesure qui puisse servir de terme de comparaison : autre élément de précision qui fait défaut aux sciences morales.
ï*our toutes ces raisons, on peut dire que, si les sciences mathématiques sont les plus simples, les plus exactes et les plus faciles de toutes, les sciences morales et sociales sont celles dont les résultats sont le moins précis et l'étude la plus difficile.
Alt T. III. Métlioile de ces seienceis).
Des sciences aussi diverses ne sauraient s'accommoder de la même méthode.
1. Celles du premier groupe {psychologie, histoire et sociologie) étant des sciences de faits concrets et de lois réelles, font u.-age de la méthode inductive.
En elFet, les phénomènes qu'elles étudient étant contingents, il est impossible de les connaître tels qu'ils sont sans les observer. D'autre part, les lois qu'elles recherchent, se réduisant t\ des rapports de coexistence ou de succession entre les faits, ne peuvent se déterminer que par l'induction et les procédés qui la préparent.
Toutefois il est clair que ces procédés devront subir certaines modifications pour s'adapter à des objets si variés.
— Nous avons étudié en son lieu la méthode psgchologique; nous analysons plus bas la métliode historique et la méthode de la socudogic.
2. Les sciences du second groupe [morale proprement dite et sciences poUliqucs) emploient une méthode rationnelle H déductivc
En effet, leur but n'étant plus simplement de connaître ce qui est, mais de conclure à ce qui doit être, l'observation ne saurait suffire, car dans le monde de la liberté l'écart est fréquent entre les actes et la loi à laquelle ils doivent se conformer. Toutefois les principes, d'où ces sciences déduisent leurs lois idéales, ne so formulent pas a priori, comme en mathématiques; ils reposent en grande partie sur l'observation de la nature.
De fait, pour connaître la fin de l'homme et le but qu'il doit se proposer dans tous ses actes, — ce qui est l'objet de la morale; pour connaître la fin de la société civile et les lois qui doivent présider aux rapports des citoyens entre eux, — ce qui est l'objet du droit civil; pour connaître la fin de l'Etat, et par suite déterminer quelle est, dans tel cas donné, la mesure d'autorité nécessaire et de liberté possible, ainsi que les garanties à donner à l'une et à l'autre, — ce qui fait l'objet de la politique ; il faut avant tout savoir quelle est la nature réelle de l'homme, de la société civile et politique, ainsi que les lois réelles qui les régissent.
C'est donc en partant des données expérimentales de la psychologie et de la sociologie, que la morale parviendra à déterminer la destinée humaine et, par suite, la règle idéale des actes humains. A son tour, c'est des principes établis en morale, que le droit déduira le code des lois civiles. Enfin c'est de la sociologie, du droit, de la morale et de presque toutes les autres sciences que devra s'aider la politique pratique pour accomplir sa tâche redoutable par son immensité (Voir p. 056 .
Nous parlerons en morale de la méthode qui convient à cette science. Il nous reste à exposer ici la méthode de l'histoire et la méthode des sciences sociales proprement dites.
Section I. — MÉTHODE HISTORIQUE CHAPITRE PREMIER
L'HISTOIRE ART. I. — Objet de l'histoire.
î. Au sens large, l'histoire embrasse toutes les manifestations de l'activité humaine, considérées dans leur succession, leurs développements et leurs rapports de mutuelle dépendance. Ainsi il y a une histoire de la littérature, de l'art, du langage, une histoire des institutions politiques, économiques, juridiques, etc. Il y a aussi une histoire des sciences, qui étudie dans l'ordre chronologique de leurs découvertes les vérités que les sciences exposent dans leur ordre logique.
MÉTHODE UISTUHIQL'U. 629
Au sens propre du mol, l'histoire se défiuil : la science des principaux événements qui constituent la vie politique, économique, intellectuelle et morale d'un peuple, d'une époque ou de l'humanité entière.
2. Les deux auxiliaires indispensables de l'histoire sont : la géographie et la chronologie. Ces deux sciences sont comme les deux coordonnées qui permettent à l'historien de localiser dans le temps et dans l'espace les faits qu'il étudie.
Avant de déterminer la méthode qui lui convient, il faut établir les droits de l'histoire à être considérée comme une science proprement dite, car on les lui a contestés.
ART. II. — Caractère Traimeut scientiflque de l'histoire.
On a dit : l'histoire a pour objet la connaissance de faits particuliers et en un sens, uniques, car les mêmes événements ne se reproduisent jamais dans des conditions ideatiques. Or il n'y a pas de science du particulier.
On dit encore : la science est une connaissance certaine par les causes. Or l'histoire ne remonte pas aux causes; elle est incapable de formuler de vraies lois, et de plus, elle ne donne jamais une entière certitude : elle ne mérite donc pas le nom de science. — Ce sont là autant d'erreurs.
§ 1. — L'histoire est une science véritable.
1. Il est vrai que les faits historiques sont des faits particuliers; c'est là précisément ce qui distingue l'histoire humaine de l'histoire naturelle. Il n'en est pas moins vrai que ces faits sont régis par certaines causes, et que la connaissance de ces causes permet de remonter à certaines lois plus ou moins générales. Sans doute, en pareille matière, les causes sont si nombreuses et si complexes que l'historien peut toujours se demander s'il ne lui en a pas échappé quelqu'une, et s'il a fait à chacune d'elles sa juste part d'influence; aussi n'est-il guère en état de formuler de ces lois rigoureuses qui permettent de prévoir l'avenir. Mais, si l'histoire n'est pas une géométrie inllexiblc, elle n'est pas non plus une simple succession d'incidents sans autre lien que le caprice des acteurs.
En réalité, les événements humains, bien qu'ils déjouent souvent les conjectures des esprits les plus sagaces, prêtent néanmoins au calcul, et les faits du passé contiennent, si l'on sait distinguer l'essentiel de l'accessoire, les lignes générales de l'avenir (1).
(I) On voil dans quelle mesure et sous (iiiellos réserves il fattl accepter le nml de
kj^i LOGIQUE.
2. Notons de plus que, dans cette reconstitutioa du passé, riiistorien doit observer cette méthode rigoureuse, cette critique sévère du document et cette impartialité scrupuleuse, qui sont le.« conditions mêmes de toute science digne de ce nom.
3. Et maintenant, est-il vrai que les faits historiques ne soient pas susceptibles d'une véritable certitude; « que la critique la plus savante ne parvienne jamais, théoriquement du moins, qu'à une très haute probabilité » ; qu'en tout cas, « la certitude de l'histoire diminue à mesure que les événements s'éloignent du temps où nous vivons », en sorte que l'histoire ne serait vrédment, selon le mot de Renan, « qu'une petite science conjecturale »; ou, comme dit un autre, « la plus incertaine des sciences inexactes » ; ou même comme la définit plaisamment J.-J. Rousseau, « l'art de choisir, entre plusieurs choses fausses, celle qui ressemble le plus à la vérité »? Pour répondre à ces scrupules du scepticisme historique, il suffit de demander s'il est possiljle à un homme instruit de douter de l'existence de Napoléon I'^', de la bataille d'Âusterlitz, de l'assassinat de Henri IV, de la prise de Constantinoplepar les Turcs, ou même de l'existence de Jules César.
Sans doute, un fait qui ne repose que sur des traditions o*ales plus ou moins constantes, peut voir sa probabilité s'aflaiblir avec le temps ; mais un événement qui a laissé après lui des traces profondes dans les objets et dans l'esprit des hommes, un événement attesté parles documents écrits ou des monuments authentiques ne saurait être exposé aux mêmes vicissitudes, et, quelle que soit son antiquité, on peut dire que sa certitude est et demeure aussi inébranlable qu'au premier jour. Autrement, il faudrait prendre au sérieux cette saillie d'un conteur qui, au début de son récit disait : « 11 y a si longtemps de cela, que ce n'est déjà, p-lus vrai. »
Cicéroa : Historia magislra oj'te. S'il est ridicule de soutenir avec Renan que <^ l'histoire est un scandale permanent au point de vue de la morale » ; que l'homme est, « en général, puni de ce qu'il a fait de bien et récompensé de ce qu'il a fait de mal », il n'est pas vrai non plus, ainsi que le prétend l'école iransformiste, que toal acte reçoive dès celte vie sa sanction déliuitive et adéquate ; que. la force étant de la vertu accumulée, le fort a toujours raison ; que les destinées des peuples s'expliquent et se jusliftent uniquement par leurs vertus et par leurs vices.
En fait, il y a beaucoup à rabattre sur ce qu'on appelle: la moralité de l'hisktire. Le vice el la vertu ne sont pas, à beaucoup près, les seuls agents de la fortune et de la puissance des nations; trop de faits éclatants nous empêchent de voir dans la force le critérium du bon droit, et dans le succès le signe et la mesure de la moralité. Loin d'être l'arbitre suprême de la vie et la règle de nos actes, l'histoire est elle-même justiciable de la raison et de la morale.
Sans doute, là comme ailleurs, le passé éclaire le présent : l'histoire offre «ne ample collection de faits et d'événements heureux et malheureux qu'elle explique par leurs causes; nous pouvons y chercher des enseignements et des leçons. L'histoire a donc, elle aussi, sa moralité, mais cette moralité ne consiste pas à monlrer les t3Tans toujours punis et les bons citoyens chargés d'honneurs; elle se borne à nous faire constater l'existence de certaines lois politiques et sociales auxquelles les peuples ne peuvent impunément se soustraire. C'est en observant ces lois qu'on jirofilera de l'expérience du passé et des leçons de l'histoire.
MKTnODE HISTORIOLTÎ- t>'U
Donc l'histoire otif^ondre une véritable reriitudr; et comme, d'autre part, elle est une connaissance /3«r/r?.« causes, elle doit être considérée comme une véritable science {i\
^2. — L'histoire est une science morale :
1. Far son objel, car les faits qu'elle étudie sont des faits humains, des faits dont les causes sont, en dernière analyse, des idées ou des passions, c'est-à-dire des causes morales et psychologiques.
2. Par sa méthode, car la plupart des principes sur lesquels elle s'appuie sont d'ordre moral. La foi au témoignage suppose, en effet, que les hommes sont naturellement honnêtes et portés à la franchise; qu'ils sont très sensibles à la honte d'être surpris en flagrant délit de mensonge, et par suite, qu'ils ne s'y exposent pas sans de graves motifs d'intérêt ou de passion ; d'où l'axiome historique : nemo gratis mcndax, personne ne ment sans raison.
Donc, si l'histoire a toute la dignité et tout l'intérêt d'une science morale, il faut aussi savoir prendre son parti du peu de rigueur qu'elle présente parfois dans l'explication des faits, et surtout se contenter du genre de preuves dont elle est susceptible.
A RI". III. — l>e ia méthotlc propre à rfaÏNloire.
Com.ment arriver àla connaissance des faits historiques? Comment connaître des faits qui n'existent plus?
1. Remarquons que, si ces faits se refusent à l'observation directe, ils peuveatdu moins être constatés incitrec^emeni dans les traces qu'ils ont laissées après eux, et par le témoignage de ceux qui ont vu; or le témoignage n'est autre chose que la relation orale ou écrite d'au fait par celui qui en a été témoin. Le témoin est dit oculaire ou imimfdial s'il a observé lui-même le fait qu'il rapporte; il est dit auriculaire ou médiat s'il tient ce qu'il affirme d'un autre témoin.
±. Mais faut-il croire tousles témoins et admettre tous les témoignages, ou, s'il faut choisir, quelles règles suivre, quelle méthode employer pour reconnaître ceux qui sont dignes de foi .''
(1) Il tant avouer cependant que Hiistoire n'est pas une science comme les autres, en ce sens qn'ellc n'a pas d'objet qui lui appartienne en propre par sa nature noi^nie. En eifet, le doraaioe de l'histoire ce sont les faits |>ass<'8, qui, par suit*', ne peuvent plus (Hro obscrvrs directement. Or, ('tre présent ou jiasst^, n'est p.is un caractère iDlrinsèque tnliérenl .i la nature du (ait, mais ane simple différencp de i>osiiion par rapport à un observateur donne. Ce qui a été prcseni pour l'un est passé pour un autre. La prise de la liaslillo, lait historique pour nous, no l'était pas pour les contemporains (|ui ont pu l'obseivcr directement; à moins que l'on ne prenne le mot historique au sens de • diffne d'être raconte ». on peut donc dire (ju il n'y a pas de fait historique par nature, mais seulement par position. S<nis ce rapport, l'histoire est moins une science (luun pruéilé de connaissance : l'art de connaître les événements passés.
632 LOfilOLE,
Il est clair que Vanalyse du témoignage lui-même n'y saurait suffire; car, n'ayant avec le fait qu'il énonce aucun rapport nécessaire, il ne porte pas avec soi son évidence. Soit, par exemple, ce témoignage historique : Henri IV a été assassiné par Ravaillac; j'ai beau l'étudier en lui-même, en analyser tous les termes, je n'y trouve que la possibilité qui laisse dans le doute; tout au plus, si je connais d'ailleurs les caractères, les intérêts et les passions, arriverai-je à la probabilité qui engendre l'opinion; jamais je n'y découvrirai l'évidence qui commande la certitude.
3. Ne trouvant pas l'évidence dans la proposition elle-même, je la chercherai dans V autorité de celui qui l'affirme; ne pouvant arriver à l'évidence intrinsèque, je chercherai l'évidence extrinsèque ; en d'autres termes, je m'assurerai que le témoin a su la vérité, et que son témoignage est digne de foi.
La méthode qui en donne le moyen et qui est la méthode propre de l'histoire s'appelle critique historique. Elle se définit : l'ensemble des règles propres à nous guider dans l'appréciation des témoignages et qui nous permettent de nous prononcer avec une certitude plus ou moins ferme sur leur aptitude à nous faire connaître exactement les faits de l'histoire .
La critique n'est pas à proprement parler l'histoire. Celle-ci suppose en effet un travail synthétique qui maîtrise les documents et domine les faits, et une vigueur de pensée qui sache dégager de ces mêmes faits leur véritable portée : la critique tout au contraire est une opération analytique, minutieuse et souvent ingrate dont le but est de préparer les matériaux à l'historien. Mais pour avoir une moindre envergure, cette opération préalable n'en est ■pas moins nécessaire; l'histoire ne se conçoit pas sans critique, sous peine d'être à la merci de toutes les fables et de n'être plus l'histoire.
4. D'après ce que nous avons dit, l'appréciation des témoignages, c'est-à-dire la critique historique prise dans son ensemble, comporte l'examen de deux questions distinctes, mais que, dans la pratique, on ne saurait séparer :
a] Ouel crédit doit-on accorder aux diflférents intermédiaires de qui l'on tient les faits historiques. Leur témoignage est-il bien celui qu'ils ont déposé pour ou contre tel fait et ce témoignage est-il complet? Tel est l'objet de la critique des sources.
b) Ce témoignage étant reconnu authentique et complet, quelle viiJeur a-t-il et quelle est son autorité? Tel est l'objet de la critique du témoignage proprement dit.
i.A cKiïiijii: ORS souucios, 633