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Les documents, ou transmission écrite

On comprend que chaque mode de transmission ait ses règles de critique spéciales; d'où trois formes de la critique des sources.

ART. I. — Critique de la tradition.

1. Un appelle tradition la transmission des témoignages faite d'abord oralement, puis fixée ultérieurement par des monuments ou des écrits. Tout récit écrit plus d'un siècle après l'événement peut être considéré comme traditionnel.

Ce mode de transmission est sans doute le plus instable, le plus exposé aux altérations et aux exagérations : fama crescit eundo ; mais on aurait tort de prétendre, avec Locke et Bayle, qu'il ne puisse jamais engendrer une véritable certitude. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il doit être soumis à une critique plus rigoureuse.

2. Quant aux règles à suivre pour apprécier la valeur d'une tradition, il faut s'assurer : '

a) Que les faits qui en sont l'objet sont d'une importance exceptionnelle; car en général, la tradition n'est valable que pour les événements de premier ordre, susceptibles d'impressionner vivement l'esprit des peuples ;

b) Qu'elle a été ininterrompue ; en recherchant, par exemple, si le souvenir des faits qu'elle rapporte s'est perpétué par quelque fête périodique; car la tradition historique n'a de valeur qu'autant qu'on peut en suivre la trace jusqu'aux témoins oculaires;

c) Qu'elle est uniforme, au moins dans ses grandes lignes, et qu'elle n'a pas varié chez les différents peuples de mœurs et d'intérêts divers;

d) Qu'elle n'est pas contredite par les monuments plus stables de l'histoire;

e) Enfin, si, à un moment donné, cette tradition aété recueillie dans quelque ouvrage, il reste à faire la critique de cet ouvrage lui-même, et à se demander quel degré de croyance il mérite.

B.'ii LOGIQUE.

AltT. II. — Ci'îtî«iuc des monuments.

^1. — Définition — Au seus le plus général, on entend par munument tout objet matériel qui conserve d'une manière quelconque l'empreinte des événements passés et peut servir à les reconstituer. Tels sont les arcs de triomphe, colonnes, bas-reliefs, monnaies, armes, etc.

La première condition du monument, c'est qu'il subsiste dans son identité première. Ainsi une inscription dont on ne possède que la copie perd sa valeur de monmnent pour passer r>i\ rang de simple document. Toutefois, la reproduction photographique pourrait lui conserver quelque chose de son premier caractère.

Inversement, certains parchemins et manuscrits officiels et authentiques, conservés dans leur identité première, peuvent être considérés comme de véritables monuments, et critiqués d'après les mêmes règles : nature du papier et de l'encre, forme des caractères, etc.

§ 2. — Règles de la critique des monuments.

1. Il faut d'abord établir leur authenticité en s'assurant qu'ils ne sont pas une imitation, une reproduction artificielle et posthume, mais qu'ils remontent vraiment au temjys et à Yaute'nv auxquels on les attribue.

a) On s'en convainc par l'observation de leurs caractères intrinsèques, tels que la nature des matériaux, le style, les procédés d'exécution, l'état de conservation, etc.

Il est clair qu'un monument qui porte les caractères d'une époque, ne peut être antérieur à cette époque; mais il peut lui être postérieur, car une forme ancienne a pu être reproduite ultérienremeut (1 ).

b) L'authenticité d'un monument s'établit encore par certain.'^ caractères extrinsèques. On recherchera, par exemple, si l'histoire en parle et le décrit; si la tradition locale est constante et unanime à son sujet; s'il n'est pas en contradiction avec d'autres monuments connus d'ailleurs pour authentiques, etc.

2, L'authenticité du monument établie, on est assuré d'avoir devant soi le vrcri témoignage d'une époque, d'un peuple, d'un souverain. Reste à critiquer le témoignage lui-même, à s'assurer qnil dit vrai; car l'erreur ou le mensonge peuvent se glisser dans les monuments comme dans les paroles et les écrits; les exemples ne manquent pas. Ainsi l'arc de Titus à Rome est évi-

(1) C'est ainsi, qu'en découvrant les noms d'Auguste et de Tibère écrits en caractères hiéroglyphiques sur les murailles du temple de Denderah, Champollion a pu ramener ce monument, et le zodiaque qui l'ornait, aux premières années de notre ère.

LA ciuTiouE I1ES sorncHS. r>;{5

deinmenl l'œuvre de la llalterio. On y lit : Urbem tiicronolumam omnino intentalam delevit; or il est certain que Pompée l'avail déjà prise : d'où le surnom de Hierosohj marias qu'on lui donne quelquefois dans Thistoire.

Autre exemple plus récent : la colonne commémorative du grand incendie de Londres KUil) portait une inscription qui accusait faussement les catholiques d'en avoir été les auteurs. Cette inscription n'a été effacée qu'en 1820, lors de la restauration du monument.

ART. m — Critique des document» éerits.

C'est sous cette forme que nous parvient l'immense majorité des témoignages relatifs aux événements passés.

Les documents écrits sont de deux sortes :

ci Ceux qui se proposent expressément de garder le souvenir des événements passés : annales, mémoires, biogi*aphies, histoires proprement dites, etc. ;

//) Ceux qui relatent certains faits sans aucune intention de servir à l'histoire : chartes, lois, jugements, actes de vente ou d'achat, etc.

• § ^- — Authenticité. — L'authenticité du document est la première question à résoudre. Il faut recherclier s'il est vraiment de l'époque et de l'auteur auquel on l'attribue. De même qu'en justice, avant de recevoir la déposition d'un témoin, le magistrat s'assure de son identité, afin de savoir quelle râleur il peut attacher à son témoignage; ainsi en est-il en histoire.

V authenticité s'ét.^blit :

1" Par la critique interne. — c'est-à-dire par des signes intrinsèques.

a) Le sti/le est-il bien de l'auteur supposé? — La langue ^vocabulaire et syntaxe) est-elle bien celle de l'époque à laquelle oq fait remonter le document? — Les formules sont-elles bien celles que l'on rencontre dans ce genre de pièces (formules de chancellerie, c^^rsus)?

h] Les idéc^, les réllexions s'accordenl-elles avec ce qu'on sait d'airlleui-s de son caractère, de son éducation, de sa profession?

c) N'y est-il point fait allusion à des faits ou à des coutumes notoirement postérieurs au temps où il vivait?

2° Par la critique externe, — c'est-à-dire par des signescr^riMsèiiues.

a) Le document, dans sa forme extérieure, pFésente-t-il les caractères propres à l'époque et au milieu auxquels il est attribué : écriture paléographique, matière sur laquelle il est

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