‹ Cours de philosophieChapitre 256 sur 328 · II. Véritable valeur de l'argument négatif · texte numérisé non relu

II. Véritable valeur de l'argument négatif

1. Par rapport à Vemploi raisonnable de l'argument négatif la prudence nous semble dicter la conclusion suivante :

Si Ton ne possède aucun témoignage contemporain d'un fait ou de l'auteur présumé d'un document, on se trouve matériellement en présence de l'argument négatif. Par lui-même, cet argument ne constitue pas une preuve de la fausseté du fait ou delà non-authenticité du document. Il faudrait, pour qu'il en fût ainsi, prouver que tel écrivain contemporain :

a) n'a pu ignorer l'existence de ce fait ou de ce document;

b) et que, étant donné le but qu'il poursuivait, il devait le mentionner et n'en était empêché par aucun motif.

2 Eclairons cette doctrine par -un exemple.

Tout le monde connaît la célèbre prophétie attribuée à saint Malaclue (t 1148), dans laquelle les événements remarquables de la vie et du pontificat des papes qui se succéderont jusqu'à la fin du monde, sont indiqués par des devises ingénieusement composées. Entre autres raisons (I) contre l'authcn-

{V L'un des caractères esseutiels de la méthode historique est d'engendrer ou tout au moins d'augmenter la certitude au moyen de la convergence des preuves NOUS en trouvons ici un exemple : outre l'argument négatif, qui sans doute pourrait suffire à lui seul dans ce cas, la fausseté de la prophétie ressort de l'ensemble des raisons suivantes indiquées par M. Mounet : , . , ,

\o . comment attribuer une origine surnaturelle à une prophétie qui place sur le même rang les papes et les antipapes, et qui, malgré la sentence du Sauveur, fixe, a quelques dizaines d'années près, la date de la fin du monde?

2o « Des erreurs manifestes ont été relevées dans la prétendue prophétie.

3° . Cette prétendue prophétie de Malachie, publiée pour la première lois en loa. « fut comnosée en 1590, dit Vacandard, pour soutenir la candidature du cardinal Simoncemrqui prétendait à la tiare. Il est remarquable, en effet, que jusqu'à Gré-

L\ COMPOSITION DE L'hISTOIRR. 643

ticito de cette prophétie, M. F. Mourret invoque avec succès l'argument négatif suivant : . Aucun auteur n'en parle avant la fin du xvi» siècle ; saint Bernard, dans sa 1 ita Malachiae, écrite alors que la prophétie aurait eu son acoomplisseniont partiel jiar les élections de Célestin II, de Lucius II et d Eugène 111. n'y fait pas la moindre allusion », ce qui, étant données l'admiration enthousiaste de saint Bernard pour l'évêque Malachie et ses relations très intimes avec Eugène III, est tout à fait significatif.

On comprendra sans peine que le maniement de cet argument négatif ex sileiifw demande une grande délicatesse. Il v faut apporter science, modestie et finesse psychologique, sous peine, comme il arrive, de déconsidérer une excellente méthode.

Page 1