‹ Cours de philosophieChapitre 258 sur 328 · I. — L£i science ne doit pas se contenter des autorités · texte numérisé non relu

I. — L£i science ne doit pas se contenter des autorités

Cet abus a été inauguré, dit-on, par les Pythagoriciens. Pour lover tous les doutes et résoudre toutes les difficultés, il leur suffisait d'un mot : le maître l'a dit, et la question était tranchée. L'autorité d'Aristote a été, elle aussi, à certaines époques, l'objet d'un respect superstitieux, et l'on a vu plusieurs de ses disciples se faire, selon le mot de Pascal, dcn oracles de toutes ses pensées, et des mystères même de ses obscurités. — Il est facile do démontrer qu'une pareille méthode n'est pas celle des sciences proprement dites, moins encore delà philosophie.

1. En etfot, toute science est une connaissance par les causes et par les principes; elle veutavoir l'évidence intrinsèque, s'expliquer leschoses, en découvrir le pourquoi, le comment. Or la méthode d'autorilé ne donne jamais qu'une évidence (extrinsèque; elle ne nous l'ait pas voir par nous-mêmes, mais seidement par les yeux d'autrui; ellenousdit bien que les choses .sont, elle ne nous fait pas voir pourquoi elles sont; aussi ne conduit-elle pas à la science, mais à la croyanci'.

Si donc on excepte l'histoire, que la nature de son objet oblige à recourir à ce mode de connaissance, aucune science ne doit se contenter de

recueillir et de critiquer les témoignages; on aucun cas, l'autorité la mieux établie ne saurait lui tenir lieu de raison (l).

2. Cet abus de l'autorité se réfute encore par les conséquences qu'il entraine. De fait, si chaque savant se contente de répéter ce qui a été dit avant lui; si, par lespoct pour ses devanciers, il se fait un crime de les contredire, et un attentat d'y ajouter (Pascal), la science n'est plus qu'un dépôt qu'il sufflt de transmettre intact aux générations futures; en d'autres termes, elle est condamnée à l'immobilité, et la raison humaine, « qui est faite pour l'infinité », se trouve ravalée au niveau de l'iustinct stationnaire de l'animal.

Non, la vérité étant infinie, et la science, comme la raison, toujours susceptibles de progrès, le savant etle philosophe ont plus et mieux à faire que d'eni-egistrer les résultats obtenus avant eux.

Page 1