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MÉTHODE DE LA SCIENCE POLITIQUE

La science politique n'a plus seulement pour objet d'étudier la société telle quelle est, mais encore de déterminer ce quelle doit être en principe, et ce qu'e//e peut être dans telles ou telles circonstances données. Elle se propose donc la solution de deux problèmes bien distincts :

1° Concevoir l'idéal d'un État bien organisé : c'est l'objet de la politique théorique ;

2" Choisir les moyens les plus propres à rapprocher de cet idéal une société donnée : et c'est l'objet de la politique pratique.

!;; 1. — Politique théorique. — 1. La politique théorique commencera par étudier la nature de l'État, ses lois d'existence, ses organes nécessaires, etc., en vue de déterminer la fin à laquelle il doit tendre, ainsi que les conditions à remplir pour l'atteindre.

Pour déterminer la nature et la fin d'un bon gouvernement, il faut avant tout observer. Vouloir ici raisonner a priori et négliger l'expérience, comme l'a fait Platon, serait s'exposer à aboutir avec lui à la chimère et à l'utopie.

2. Cette nature et cette fin une fois déterminées, il s'agit de dégager, par la déduction, les conséquences qui en découlent, relativement aux droits et aux devoirs respectifs de l'État et des citoyens. On conçoit en effet que ces droits et ces devoirs seront très ditTérents, selon que la fin assignée à l'État sera la prospérité matérielle de la communauté, le règne de la vertu, ou la protection des droits.

§ 2. — Politique pratique. — La lâche de la politique pratique est bien autrement complexe. Elle consiste à appliquer les lois

générales de la sociologie à telle ou telle société donnée, afin de la rapprocher le plus possible de l'idéal fixé par la théorie.

1. L'homme politique devra donc d'abord connaître à fond la valeur des différents moyens dont il dispose. Dans ce but, il étudiera les diverses formes de gouvernement : monarchie, aristocratie, démocratie, afin de savoir laquelle ré.sout le mieux le problème politique; il analysera les différents systèmes d'impôts, de sanctions, de procédure criminelle, de législation civile et commerciale, etc., etc., afin de découvrir les avantages et les inconvénients de chacun d'eux.

2. Puis il passera à l'examen approfondi de la société sur laquelle il doit opérer, afin de se rendre compte de quels progrès elle est susceptible, de ce qu'elle peut ou ne peut pas supporter de réformes ; lesquelles sont immédiatement réalisables, lesquelles doivent être ajournées; car il peut très bien se faire qu'un système de gouvernement excellent en lui-même, ou que tel moyen très efficace de sa nature ne soient pas applicables à cette société, vu son tempérament spécial, ses ressources actuelles, ses antécédents ou les circonstances particulières qu'elle traverse.

On voit combien de prudence, de tact, de savoir sont nécessaires à l'homme d'État pour résoudre ce problème effrayant par sa complexité : étant données la population, les mœurs, la religion, la situation géographique, les relations politiques, l'histoire, la richesse, les bonnes et les mauvaises qualités de telle ou telle nation, trouver les lois qui lui conviennent.

D'autant plus que, en dépit de toute sa science et de toute sa prudence, il peut rarement compter sur l'infaillibilité des moyens qu'il emploie, tant de circonstances imprévues pouvant toujours déjouer ses calculs et frustrer ses efforts.

, Pour toutes ces raisons, lapolitique pratique peut être considérée, moins comme une science proprement dite, bien qu'elle les suppose presque toutes, que comme un art, et le plus difficile de tous.

.\PPENDICE li'induction et la déduction dans les scienres.

— En terminant la Méthodologie, il est à propos de revenir brièvement sur les deux méthodes fondamentales, auxquelles se ramènent toutes les méthodes, afin de rappeler leurs caractères distinctifs, leur rôle dans la science, ainsi que les services réciproques qu'elles sont destinées à se rendre.

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