I. — Distinction des deux méthodes
« Tout ce que nous apprenons, dit Aristote, nous l'apprenons par induction ou par déduction. » En effet, ou la raison cherche ce qu'elle n'a pas. ou elle développe ce qu'elle a ; ou elle est en quête de principes, ou elle est curieuse de conséquences.
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1. Ce qui Cviraciérise C(>s deux niouvomenls de la raison, c'est que, pour développer ce qu'elle sait, elle procède par voie d'identité; elle va du même au même, et, comme dit Platon, ■> ne sort pas de son point de départ •; tandis que. pour trouver les vérités générales qui lui manquent, elle doit sortir d'elle-même et consulter la nature. Ses points d'appui sont alors le princiiiw de causalité et le principe des lois qui en découle. Le mouvement déductif ne manifeste proprement que l'accord de la pensée avec elle-même, tandisque le mouvement inductif a pour objet d'établir l'accord do la pensée avec leschoses.
'2. L'induction conclut de quelque à tous; elle s'élève des faits à la loi, des individus au genre. La déduction conclut de tous à quelque; elle dit : ce qui convient à tout le genre convient à chaque individu compris dans ce genre.
La première est donc plus féconde ; c'est elle qui fait les découvertes et les conquêtes que la seconde se contentera d'exploiter. Celle-là est une méthode d'invejition ; celle-ci est plutôt une méthode de démonstration.
3. Mais en revanche, il faut reconnaître que la déduction satisfait plus pleinement l'intelligence. Elle ne se borne pas, comme l'induction, à constater l'existence d'une relation, elle fait en outre comprendre pourquoi cette relation existe à l'exclusion de toute autre.
Ajoutons que la déduction est d'un maniement plus facile et plus sûr; la certitude qu'elle engendre a un caractère métaphysique qui exclut jusqu'à la possibilité même du doute. Au contraire, le mécanisme de l'induction étant plus délicat, les occasions d'erreur y sont plus nombreuses; puis, l'expérience, qui en est le point de départ obligé, ne permet jamais d'arriver qu'à une certitude physique.
— Quoi qu'il en soit des avantages et des inconvénients inhérents à chaqtie méthode, on aurait tort d'en conclure que l'une doive être ]iréférée à l'autre, ou que l'une puisse suppléer l'autre; en réalité, elles sont l'une et l'autre d'une nécessité égale, suivant les objets qu'on étudie et les fins qu'on se propose.