‹ Cours de philosophieChapitre 270 sur 328 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LA VÉRITÉ LOGIQUE ET LE PROBLÈME DES XJNTVERSAUX ART. I. — Lia Tenté dans le» diTcrse»* opérations intellectuel le»».

Nous avons défini la vérité de la connaissance ou vérité logique, la conformité de l'intelligence avec ce qui est, c'est-à-dire avec l'objet. Tous les actes par lesquels rintelligence se conforme aux objets seront donc, pour autant, chacun à sa manière, susceptibles de vérité logique.

§ 1. — La vérité dans le jugement et le raisonnement. — Dan.-> le jugement et le raisonnement, l'esprit possède consciemment cette vérité : par le fait qu'il a conscience d'affirmer ou de nier un attribut d'un sujet, l'esprit sait qu'il juge ainsi et il affirme implicitement dans son opération même [exercite, comme disent les scolastiques), qu'il considère ce jugement comme vrai, et. par suite, que lui-même est actuellement en possession de la vérité (1).

§ 2. — La vérité dans Tidée ou concept. — Par le simple concept, nous l'avons vu plus haut (p. 491), l'esprit se borne à appréhender un objet sans en rien affirmer ou nier. Le concept peut être dit vrai s'il est conforme à son objet, — on le dirait faux dans le cas contraire ; — mais l'absence d'affirmation et de négation qui le préserve de Verreur proprement dite, l'empêche, en revanche, de s'élever jusqu'à la vérité logique au plein sens du mot. Yoilà pourquoi, au lieu de parler de la venté du concept, on préfère ordinairement employer l'expression valeur objective du concept.

— Donner des règles pour atteindre la vérité par le jugement et le raisonnement et pour discerner les jugements et raisonnements vrais* des jugements et raisonnements faux ou douteux, tel est l'objet de toute la logique; la vérité, ou mieux la valeur objective de l'idée ou concept pose des problèmes spéciaux dont nous donnerons la solution dans le présent chapitre. L'ensemble de ces problèmes constitue ce que l'on appelle depuis le moyen âge la question des universaux.

(1) Cette persuasion implicite de posséder la vérité a lieu, remarquons-le, dans les jugements et raisonnements faux aussi bien que dans les autres. — La fausseté d'un jugement et d'un raisonnement consiste même essentiellement en ce que lespril se croit à tort en possession de la vérité logique.

LA VÉRlTlî LOr.IOUK. '«Oli

AKT. II. Ii<' iii'olil^me Avh iiniTei*N»ux.

i:;!. — Sens de la question. — L'idée, nous l'avons vu en Psychologie (pp. ITi et suiv.^, est abstraite et générale, alors que tout objet réel ,est nécessairement concret et singulier. — De là naît un double problème:

(i) Gomment l'idée abstraite peut-elle représenter vraiment un objet, alors qu'elle l'isole mentalement de l'existence des déterminations particulières qui le constituent dans sa réalité concrète?

h) Comment l'idée générale, essentiellement commnnicuhle et indifférente à telle ou telle réalisation singulière, peut-elle représenter avec vérité un objet essentiellement inconiniwncahle dans sa singularité?

§ 2. — Vraie solution. — i. La meilleure manière de résoudre ce double problème, c'est de montrer, comme nous l'avons fait en Psj'chologie, la genèse de l'idée abstraite et générale. Des explications données alors il ressort clairement que, sans doute, en concevant l'idée abstraite et générale, l'esprit donne à l'objet un mode idéal d'existence dUVôrent de celui qu'il possède en luimême, mais que cependant le contenu objectif de cette idée, lorsqu'elle est bien faite, ne représente pas autre chose que ce qui constitue réellement l'objet tel qu'il est en lui-même.

2. Le concept, disent les scolastiques, est conforme à l'objet seciindum id quod repraesenlat, non oero serundian moduni qno repraesentat . Le concept abstrait dlionime, par exemple, se vérifie quant à son contenu objectif {id quod] dans Pierre, Paul, etc., car chacun de ces individus est véritablement un animal raisonnable ; mais ces deux notes se trouvent en Pierre et en Paul unies intimement à d'autres que le concept ne nie pas, mais qu'il néglige, dont il fait abstraction. D'autre part, du seul fait qu'elles sont ainsi abstraites, ces notes « animal raisonnable » n'impliquent aucun des caractères singuliers qui sont propres à un individu comme tel, à l'exclusion de tout autre etqui font, par exemple, que Pierre a tel corps, telle ilme, tandis que Paul a cet autre corps et celte autre àmc : tout au contraire ces notes se présentent à l'esprit comme susceptibles de représenter un nombre illimité d'individus semblables à Pierre et à Paul. Le mode d'être des notes « animal raisonnable » n'est donc pas le même dans la pensée et dans la réalité. Mais cela ne nuit en rien à la valeur objective du concept d'homme, car l'esprit n'entend appliquer à l'objet réel que le contenu objectif [id quod) et non le mode abstrait et général [modus quo) de ce concept.

3. Cette solution qui nous paraît aujourd'hui si simple ne s'est fait jour qu'à travers plusieurs siècles de discussion (1). Disons un mot des principales opinions fausses ou incomplètes qui se sont produites sur cette question.

ART. III. — ^olutiouH fausser ou incomplètes du problème des unÎTer.saux.

Nous venons de le voir, la clef de toute cette question est la distinction entre ce qui est représenté par l'idée et le mode idéal de la représentation : id quod et modus quo.

Toutes les erreurs, dans la question des universaux, viennent de la méconnaissance de cette distinction.

Page 1