‹ Cours de philosophieChapitre 278 sur 328 · III. — Lsi pensée intuitive · texte numérisé non relu

III. — Lsi pensée intuitive

I. - Existence et nature de l'intuition intellectuelle. — 1 . La pensée discursive est, comme le mot même l'indique, uu»? pensée en mouvement. A ce moment de la pensée, comme à tout mouvement, il faut assigner des points de départ lixes, il faut marquer sa dij-ectiom par des points de repère lixeseux aussi. 11 faut donc qu'il y ait de^ éléments deJa i>ensée ciui écliappent au discours, ^lui ne soient pas conception laborie^ise de l<^ur objet, mais saisie imraédiaite :oii un mot qui soient intuUifs.

Saint Thomas et k^ scolastiques ontreoonnu et proclamé cette néceesitéet ils ont trouvé ces points tixcsdatisles premiers j)nncipes et les <lonnées premières delà conscience. Ils affirment que l'homme possède la faculté de«aisir certaines vérités sans discours, par la simple vue de l'osprit : non par sa raison, mode de penser animal (3), mais par l'in^ei^mw, qui le rapproche (h'S purs esprits.

i. Seulement, tandis que les intelligences pures Jouissent d'intuitions intellectuelles distinctes, l'homme n'en a que de confuses ; sa propre existence est «aitiie par lui intuitivement, mais cetite intuition no lui révèle pas distinctement, la nature de son àme (3) ; flans son étrr ainsi directement appréhendé,

1. 1,'objectiviie dont il s'agit i(>i n'est pas, cela va sans dire, la souic objcclivil»' d'ea-Js/cMce concrète, mais aussi et surtout l'objcctivilc idcalp, c'est-à-dire la valeur notioniiellc, la réalité ou vérité d'essence, la p.issibilité positive des Icrmes inconiplexes du jugement.

(2) ' Rationale est dl(T(!rentia animalis, et nco non couTenit ncc angelig • (/«'Lti'rc des Sentences, Dist. XXV, quest. I, art, I,ad4).

(3) . De nulln rc potcst sciri an est, nisi q«o(|uo modo sciatur quid est, vol cobuI-

il litres loi'i de l'être et de la pensée, mais cott" vuo no lui révèle pas dlstinctoment la nature profonde de l'être et de la pensée.

3. Kant, d'accord en cela avec les grands scolastiques, sentit bien que l'êti-e, le noumène, la chose en soi, l'intelligible ne pouvait être atteint que par l'intuition; mais il méconnut l'existence de l'intuition claire confuse et, ne trouvant point en nous d'intuition distincte, il déclara que l'homme n'avait pas l'intuition intellectuelle de l'être ni du moi, que ses seules intuitions étaient de l'ordre sensible et empirique et que, en conséquence, tout ce que sa pensée contenait d'absolu ne lui venait pas des objets, mais n'était en elle qu'un ensemble do fonctions subjectives à l'aide desquelles elle imitait, tant bien que mal, la saisie de l'être réel, et tendait à l'être de tout son pouvoir sans jamais l'atteindre.

Il eût suffi à Kant, pour contenter sa tendance dogmatique, de reconnaître l'existence et la portée de l'intuition intellectuelle claire confuse.

II. — Deux sens du mot « intuition ». — 1. L'intuition intellectuelle dont nous venons de parler forme, on a pu s'en rendre compte, le fondement solide de la pensée. On pourrait la définir une connaissance intellectuelle, concrète et immédiate.

Il est un autre sens du mot intuition, sons vague qui s'applique à toutes les opérations de l'esprit qui, par leur soudaineté et leur caractère direct, sans raison apparente, et aussi par l'impression de vérité et de sécurité immédiate qu'elles produisent, ressemblent à l'intuition proprement dite.

Dans l'Émigré de P. Bourget, Landri de Claviors-Grandchamp a subitement l'impression très nette que l'intendant Chaffin trompe le marquis, son père, et fait partie de la bande d'exploiteurs qui complotent sa ruine. — Dans les Cœurs russes de E.-M. de Vogiié, l'oncle Fédia, le colporteur qui, par un mensonge héroïque, rend Akoulina à ses enfants, en se faisant passer luimême pour l'auteur de l'incendie dont on accusait cette femme, donne à tous les assistants l'impression que la vérité est trouvée et que toutes choses sont ainsi remises définitivement dans l'ordre.

L'intuition de Landri était vraie, celle que provoque l'oncle Fédia est fausse, toutes doux ont le même caractère de certitude immédiate.

2. Voilà pourquoi il impoi'te de distinguer soigneusement les deux sens du mot intuition :

a) Aux intuitions intellectuelles claires confuses, malgré les tentatives de doute produites par les objections purement abstraites, pleine confiance doit être accordée, elles touchent le fond de l'être et de la pensée.

b) Aux autres, malgré leur sécurité parfaite et leur appai-ence définitive, le contrôle de la pensée discursive doit être appliqué. Non sans doute un contrôle mesquin et étroitement rationaliste, dans les matières morales surtout, mais un contrôle rigoureux en même temps qu'approprié à leur nature. Ces dernières intuitions ne sont, en effet, que de la pensée discursive encore imparfaite et non critiquée.

tione perfecta vel cognitione confusa < (S. Thomas, Commentaire sur le traité de la Trinité de Boéce, VI, 3). — Quoi qu'il en soit de l'intuition idéale des principes premiers sous leur forme abstraite, admise par certains philosophes, l'homme, en fait d'objet réel existant, n'a l'intuition intellectuelle qne de son propre moi et cette intuition n'eat pas distincte, mais seulement claire confuse (Voir p. 492).

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