DIVERS ÉTATS DE L'ESPRIT EN PRÉSENCE DU VRAI
L'intelligence humaine tend naturellement au vrai; mais, étant imparfaite, elle ne l'atteint pas toujours, et, quand elle l'atteint, ce n'est le plus souvent que d'une manière imparfaite. Aussi peuton distinguer cinq états de l'intelligence en présence du vrai.
1. Le vrai peut lui être entièrement inconnu, c'est-à-dire être pour elle comme s'il n'était pas : c'est l'état d'ignorance.
2. Le vrai peut n'être entrevu que comme simplement ^ossiéif^ .• c'est l'état de doute.
3. Le^vrai peut n'être perçu que comme probable : l'intelligence est alors dans l'état d'opinion.
4. Le vrai peut être perçu avec une pleine évidence : c'est l'état de certitude.
5. Le vrai, présent à l'esprit dans le cas de la certitude, peut avoir sur lui telle ou telle influence psychologique et, par suite, appeler des procédés de critique différents. — A ce point de vue nous distinguerons la science et la croyance et nous consacrerons un chapitre spécial à cette dernière.
6. Enfin, le vrai peut être méconnu, nié, ou alTirmé autre qu'il n'est : c'est l'état d'erreur.
— Comprenons bien le sens et la valeur de ces distinctions.
En soi et objectivement, il n'y a que des choses vraies. Car le vrai étant ce qui est, il s'ensuit qu'une chose est vraie ou qu'elle n'est pas. Toutefois, à cause de l'imperfection de notre intelligence, le vrai peut nous apparaître plus ou moins clairement.
De même que, dans la pleine obscurité, nous ne voyons pas les choses, bien qu'elles existent aussi réellement qu'en plein jour; puis, avec le crépuscule, nous commençons à les distinguer de moins en moins imparfaitement, jusqu'à ce qu'enfin la pleine lumière vienne les mettre en complète évidence : ainsi les mots douteux, probable, évident expriment, non pas des qualités absolues des choses, mais seulement différents rapports qui peuvent exister entre elles et notre intelligence.
Voilà pourquoi le même objet qui est douteux pour moi, peut très bien être certain pour un autre, mieux doué ou mieux placé pourvoir. Il est clair que, pour l'intelligence parfaite, tout vrai est par là même évident; ici les mots douteux ou probable n'ont plus de sens.
ART. 1. — Ij'içnorancc.
1. L'ignorance est cet rlaf purement négatif de l'esprit, qui consiste dans L'absence de toute connaissance relativement à quelque oljjel ; de là Timpossibililé d'en rien nier ou d'en rien affirmer.
2. L'ignorance est vincible ou invincible, selon qu'il est, ou qu'il n'est pas en notre ^JOmuo?'?-, de la faire disparaître.
3. A son tour, l'ignorance vincible est coupable ou excusable, selon qu'il était ou n^était pas de notre devoir de la dissiper.
ART. II. — Lie «loutc.
1. Le doute est l'état d'équilibre de l'esprit entre deux assertions contradictoires.
Dans le doute, le vrai n'est perçu que comme- simplement possible ; ^\).s,s\, faute de données positives, l'esprit s'abstient-il de toute affirmation
Il s'ensuit que le doute n'est pas susceptible de degrés.