LA CROYANCE
ART. I. — lia question «le la eroyance.
§ i. — Seois du mot <( croyance ». — Le mot « crO'vance » est susceptible de plusieurs sens :
1. Un sens vulgaire et impropre, employé dans le langage courant, selon lequel croire signifie s'arrêter en fait à nne opinion
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soit que Von y conforme sa conduite, soit que l'on agisse comme si on ne l'admettait pas.
exemples : « Je prends ee train parce que je crois qu'il n'y aura pas d'accident ». — < Je crois qu'il fera beau temps, mais j'ai soin de me munir d'un parapluie ». Entendue en ce sens, la croyance ne pose pas de problème de logique critique; nous ne nous en occuperons donc pas.
^. Vu sens philosophique, la « croyance » désigne l'adhésion certaine à ce qui nous apparaît comme vrai. — Cette acception philosophique se subdivise elle-même :
a) Au sens lar^e, le mot « croyance » signifie n importe quelle (iilkésion certaine, en sorte que toute certitude pourra être appelée une croyance. On trouve quelques traces de ce sens chez nombre de grands philosophes, mais peu d'auteurs l'adoptent théoriquement et y voient, comme S/uart Mill et Afalaprrf, la notion générique de la croyance.
/>! .4 m se7is générique sirict, la croyance s'oppose à la science : <> croire », c'est adhérer avec certitude aune proposition dont on n'a pas Yévidence intnnsèque médiate O'U immédiate (Voir p. 682). Ainsi, je sais que j'existe, que le feu brûle, que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits ; mais je crois que César a vaincu Pompée, que Dieu est un en trois personnes, que mon meilleur ami n'est pas occupé en ee moment à me trahir.
On le voit, toutes ces adhésions de croyance ont ceci de commun qu'elles se présentent comme certaines sans être fondées sur l'évidence directe ou intrin.sèque de l'objet même qu'elles allirment. Elles reposent sur un motif indirect dont la solidité présumée nous inspire confiance et nous permet la certitude. Ce motif indirect peut être de nature fort diverse. D'où :
c) Diverses espèces de croyances au sen<) sti^ict :
a) Lorsque le motif qui nous porte à croire est l'autorité d'un témoignage proprement dit, divin ou humain, la croyance qui en résulte s'appelle proprement la foi.
P) Lorsque le motif qui nous porte à croire, sans produire révidence de l'objet, se présente à nous comme digue d'emporter l'adhésion d'un homme prudent, nous avons affaire à la croyance au sens propre du mot dans la langue philosophique actuelle.
>; 2. — État de la question. — Étant admise la véracité essentielle de l'esprit liumain, les adhésions certaines, produites sous l'influence de l'évidence intrinsèque immédiate ou môme médiate, sont nécessairement conformes à l'objol et n'offrent aucune dilliculté au point de vue psychologique; tout au plus conçoit-on une intervention possil)le de la volonté pour fixer l'attention sur une série un peu longue de raisonnements démons-
tratifs dans le but de déterminer avec nécessité dans notre esprit l'assentiment à la conclusion médiatement évidente. Lorsqu'îl s'agit, au contraire, de l'adhésion de croyance, telle que nous l'avons décrite plus haut, un double problème se pose :
1. Problème psychologique. — Si l'objet u'apparait pas avec une évidence contraignante à mon intelligence, comment l'adhésion est-elle possible; quelles sont les facultés qui interviennent et comment interviennent-elles pour produire la certitude dans mon esprit? — C'est le problème psychologique.
2. Problème logique. — Comment un assentiment certain peut-il être légitime lorsqu'il est produit par une autre influence que celle de l'évidence de l'objet? — C'est le problème de logique critique.
Diverses théories prétendent résoudre ce double problème.
ART. II. — Théories fausses ou incomplètes.
Nous venons de le voir, deux sortes d'influences concourent simultanément à la production de l'adhésion de croyance. Tout naturellement, les théories fausses ou incomplctea sur cette matière se partagent donc en deux catégories opposées :
a) Les unes exagèrent l'influence des éléments extra-intellectuels; ce sont les théories anti-intellectualistes : instinctive, volontariste, sentimentale et pragmatiste.
b) L'autre exagère le rôle de l'intelligence, au détriment de la volonté et des facultés affectives; c'est la théorie intellectualiste.