I.A CROYA.NCi;. G
ce moiuonl des théories fausses ou incomplètes, il est clair que nous n'entendons pas désigner par ce mot les théories qui reconnaissent à la volonté une pari d'influence dans la production de l'adhésion de croyance, mais seulement celles qui lui attribuent sur celte adhésion un pouvoir absolu et discrétionnaire,
! . Parmi les scolastupirs, Ca.iétan prétendait que la volonté pouvait commander à l'intelligence l'adhésion à une proposition sans aucune raison intellectuelle, par exemple à la proposition que « les astres sont en nombre pair » (1).^
— Cette opinion de Cajétan est inacceptable, au double point de vue psychologique et logique : '
a) Au point de vue psychologique, elle méconnaît la nature de ïintellif/encc, en supposant que cette faculté peut être déterminée par un motif totalement étranger à son objet propre qui est le vrai; or c'est ce qui aurait lieu si, comme le prétend Cajétan, le seul poids de la volonté pouvait, sans aucune apparence de vérité, incliner l'intelligence à affirmer que les astres sont en nombre pair.
h) Au point de vue logique, cette théorie volontariste ruine la portée objective de la croyance. Quelle confiance, en effet, peut mériter une affirmation posée sous l'influence despotique d'une puissance aveugle ou en dehors de tout motif d'ordre intellectuel?
2. Pour Descartes et Malebranghe, croire et juger sont des actes de la volonté. D'après eux, l'intelligence propose, mais n'impose pas les idées ni les croyances; c'est la volonté qui librement croit, juge et affirme. « Par l'entendement seul, dit Descartes, je n'assure ni ne nie aucune chose; je conçois seulement les idées des choses que je puis assurer ou nier... Assurer, nier, douter sont des formes différentes de la volonté. » Or, d'après lui, la volonté est déterminée à affirmer les idées claires et distinctes; c'est alors la certitude de l'esprit qui adhère nécessairement au vrai; mais quand les idées sont obscures et confuses, la volonté peut exercer son libre arbitre et juger quand môme; c'est alors que se produit l'erreur.
— Les critiques que nous venons de fot-muler contre l'opinion de Cajétan atteignent tout aussi justement le volontarisme cartésien; en outre, attribuant à la volonté l'acte même du jugement, Descartes et Malebranche se trompent : la volonté, en effet, peut, dans certains cas, provoquer l'adhésion de l'intelligence à des propositions d'une évidence imparfaite, mais en aucun cas l'acte même du jugement n'appartient à la volonté.