‹ Cours de philosophieChapitre 285 sur 328 · LUCIOLE · texte numérisé non relu

LUCIOLE

dans un sens tout spécial. Pour lui, rroirc c'est affirmer certaines choses dont la certitude résulte, noa d'une intuition de la raiiion théorique, mais d'une nécessité de la raison pratique. Ainsi, dit Kant, le devoir s'impose à nous avec une nécessité inéluctable; or il est impossible dadraettre le devoir sans admettre du même coup tout ce rpie le devoir exige ou postule comme condition essentielle de son existence et de sa réalisation, h savoir : la liberté humaine, l'existence de Dieu et ïimmortalité de iànie. Il nous faut donc admettre ces choses, non à titre de connaissauices proprement dites, car, d'après Kant, elles sont indémontrables à la raison Ihéoriqui', mais à titre decroijances exigées par la raison pratique comme conditions de la moralité (1).

— Kant a bien compris le caractère de certitude immédiate des notions premières et des principes premiers de la moralité (voir Tome I(, pp. 23 et 47) ; mais pi-essé par les exigences du reste de son système, il n'a pas vu cpie ces notions et ces principes jouissent, à leur propre compte, d'une évidence spéculative tout aussi forte que celle du principe de contradiction et que, par suite, les vérités qui en dérivent sont objets de science certaine et non pas seulement de croyance, au sens intellectuellement diminué qu'il donne à ce mot. — Ajoutons que ces trois prétendus postulais s'établissent non seulement par la preuve morale tirée du fait de rohligation, mais encore par des arguments d'ordre strictement rationnel (voir plus haut, pp. 3i8 et suiv. et Tome 11, pp. 4-59 et 473 et suiv.).

§ 3. — Théories sentimentales. — Ce SOnt toutes celles qui font de la croyance une pure affaire de sentiment, une affaire de cœur. Ces théories, on le comprend, sont aussi diverses que les points de vue divers auxquels on peut se placer pour examiner 'et pour apprécier l'efficacité psychologique et la valeur des états affectifs dans la production et le développement des opinions et des croyances (Voir, plus haut, ce que nous avons dit sur la loi d'intérêt, pp. 372 et suiv.). Nos croyances dépendront donc de nos sympathies; des préjugés de famille, de nation, d'école; de nos habitudes d'esprit, de notre caractère et de l'influence du milieu.

— Il est ehiir que tous ces facteurs aiîèctifs ont une grande

(•1) Be même îIctovvier et les néocriticistes aflirment que c'est volontairement que l'on croit à la liberté, parce que, disent-ils, afin de poursuivre l'œuvre de libération personnelle qui nous est imposée par le devoir, il faut commencer par croire qu'elle est possible, et donc que nous sommes libres. — Ajoutons que Renouvier, fidèle au principe du relati-vlsme entendu dans toute sa rigueur, fait dépeiMire de la volonté l'affirmation du principe de contradiction. « I-e principe de contradiction dit-il, se ramène à la ferme volonté de refuser son assentiment et le titre de vérité à toute proposition qui renferme des éléments contradictoires entre eux.»

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intlueuoo sur la genèse el, le dévdoppomcnl des ci-oyances, mais si l'on donne, comme nous Je faisons, au mot « croyance » son sens plein, il est évident que toutes les raisons afleclives ■du monde sont impuissantes à l'établir et à la justifier en tant qu'adhésioB cerlaiiie.

§ 4. — Tliéoane pragmatisfte. — Parmi les divers facteurs d'intérêt dans lesquels les théories sentimentales croient découvrir les causes déterminantes de la croyance, le pragmatisme fait choix de l'intérêt qui s'attache à l'action. Pour lui la pensée n'est que pour l'action et à son tour notre manière d'agir modèle nos croyances à son image.

— 1. La part de vérité contenue dans oe système est évidente.

11 est certain, en effet, que l'action est en rapport étroit avec la croyance :

a) D'une part, la pratique de la vie introduit tout naturellement les croyances qui la conditionnent ;

b) D'autre part, la croyance tend à déterminer Taction dont elle contient la formule.

2. Mais le pragmatisme a tort d'exclure les autres facteurs déterminants de la croyance. En outre, il oublie que l'action ellemême a besoin d'êti*e é>clairée et qu'elle ne l'est que pai* des convictions préaJables. Si l'on prétend que ces convictions à leur tour ne sont éclairées que par l'action, cela revient à dire que l'action humaine est aveugle et que les convictions qui en dérivent sont livrées au caprice et n'ont rien à voir avec la vérité.

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