‹ Cours de philosophieChapitre 287 sur 328 · LA CROYANCE · texte numérisé non relu

LA CROYANCE

léo qu'inspire le témoignage, soit par la valeur reconnue des motifs divers do crédibilité, l'esprit sali qu'il est prudent de croire dans ce cas.

2. En revanche, parfaitement illégitime serait tout influx direct immédiat de la volonté tendant à peser sur l'intelligence par des mobiles qui ne seraient pas un bien pour celle-ci, étant euxmêmes d'ordre extra-intellectuel.

i; 3. — Conclusion : part de la volonté dans la croyance. —

1. La croyance est sans doute avant tout un acte intellectuel, résultant de la tendance innée de l'esprit à adhérer au vrai dès qu'il lui est suffisamment proposé; si nous croyons, c'est parce que nous voyons qu'il faut croire : nemo crédit nisi vident esse credendum, dit saint Thomas. De plus affirmer au delà de ce que nous voyons directement ou indirectement, c'est nous mentir à nous-mêmes, c'est manquer à l'un de nos premiers devoirs qui est la sincérité.

2. Mais si toute croyance doit être proportionnée à nos raisons de croire, il n'en est pas moins vrai que ces raisons de croire peuvent être prises dans tous les ordres, et se tirer de l'ordre moral et psychologique, aussi bien que de l'ordre purement rationnel : entre ces divers ordres dans l'homme concret il n'y a pas de cloisons étanches.

D'autre part, si dans la croyance (et notamment dans l'acte de foi), la volonté ne peut pas exercer sur l'intelligence un rôle direct immédiat, elle peut cependant y jouer un rôle très actif dont les principales caractéristiques seront les suivantes :

a) Rappelons d'abord que la volonté peut agir sur l'intelligence par le moyen de Vallention. De fait, par cela seul qu'elle dirige l'attention sur un point plutôt que sur un autre, qu'elle l'y retient ou l'en détourne, la volonté peut favoriser certains jugements, ou les empêcher de se produire. Le premier devoir de la volonté, dans les préliminaires de tout jugement et de toute croyance, est donc, par l'attention, d'ouvrir largement notre esprit à la lumière quelle qu'elle soit et de quelque part qu'elle vienne; de dominer l'empressement naturel qui nous porte à conclure avant d'avoir donné aux raisons le temps de se produire; de résister au préjugé, qu'il résulte de l'imagination ou de la passion; en un mot, de sauvegarder ïimpartialité de l'esprit.

h) Souvent aussi le concours de la volonté est requis au moment où l'enquête étant close, il s'agit de prononcer le jugement. Il peut arriver en effet, surtout à la suite de longs raisonnements, que nos conclusions, toutes solides qu'elles soient en elles-mêmes, ne s'imposent pas à l'esprit avec cette évidence qui force tout d'abord son adhésion. Si, de plus, elles se trouvent contrarier

COURS DE l'inLOSOl'IlIG. — T. I. 4i

nos passions, comme c'est le cas de certaines vérités morales d'ordre rationnel, telles que l'existence d'une autre vie, d'un souverain juge, ou de quelque obligation pénible à la nature, une intervention j^lus énergique de la volonté est alors indispensable pour triompher du doute imprudent et adhérer au vrai, quoi qu'il en puisse coûter.

c) Enfin, la volonté agira plus efficacement et moins indirectement, surtout sur les croyances religieuses, en faisant prendre corps dans la vie psychologique à des dispositions morales qui favorisent Tintelligencede certaines vérités préliminaires à l'acte de foi et nécessaires pour l'assentiment au témoignage divin : on sait assez, en effet, l'importance de la culture de la bonne volonté comme préparation à la foi. En développant par exemple les vertus naturelles d'honnêteté et de sincérité dans les rapports avec les autres hommes, on se rend plus apte à comprendre la force de l'argument apologétique qui s'appuie sur la yéracité d'un Dieu personnel; plus exactement, tant que ces vertus ne seront pas devenues quelque chose de réel, de vécu pour un sujet, celui-ci restera insensible à tout argument qui y fera appel. Or, quoi de plus raisonnable, de plus conforme à l'ordre essentiel des choses que ce travail de la volonté sur la vie morale?

2. L'action de la volonté sur la nature et la genèse de nos croyances est donc considérable en bien ou en mal, suivant qu'elle résiste ou qu'elle cède aux influences malsaines de la passion et du parti pris; mais, quelque puissante qu'elle soit, cette action est toujours médiate. En aucun cas la volonté n'est la cause efficiente du jugement ou de la croyance ; son rôle se borne à favoriser l'action des motifs qui nous portent à affirmer, sans jamais la suppléer. 11 dépend bien d'elle de regarder ou de ne 'pas regarder, mais noon de voir ou de ne pas voir.

Sans doute, il peut arriver dans la pratique de la vie, que nous soyons mis en demeure de prendre parti pour une opinion incertaine en soi, et d'agir coinme si elle était certaine; la volonté intervient alors directement; mais, notons-le, son influence porte alors immédiatement sur l'action elle-même et non sur le jugement, qu'elle laisse douteux ou probable comme auparavajiU

Note I. — Lie « co&ur » de Pascal. — Pascal, dans quelques-unes ;

de ses Pensées, semble exclure absolument la raison du domaine de la croyance pour n'y admettre que le sentiment : « C'est le cœur qui sent Dieu, et non la raison. Voilà ce qae c'est que la foi, Dieu sensible au cœur, non à la raison ».

D'autre part, il écrit : « L'autorité. — Tant s'en faut que d'avoir ouï dire une chose soit la règle de votre' créance, que vousi ne devez rien croire sans vous mettre en l'état comme si jamais]

Page 1