‹ Cours de philosophieChapitre 293 sur 328 · LES REMÈDES DE L'ERREUR · texte numérisé non relu

LES REMÈDES DE L'ERREUR

« 11 ne suffît pas, remarque Malebran^he, de dire à l'esprit qu'il esl faible, qu'il est sujet à l'erreur; il faut lui découvrir en quoi consistent ses erreurs, non pour le décourager, comme font les sceptiques, mais pour l'aider à se corriger. >»

De fait, quaod on connaît les causes d'un mal,, il est facile d'en indiquer le remède; or il est deux sortes de causes, il doit donc y avoir aussi deux sortes de remèdes à l'erreur : des remèdes logiques qui s'adresssent à l'intelligence, et des remèdes moraux qui regardent 1-e cœur et la volonté..

§ 1. — Remèdes logiques.

1. Et d'abord, il est des remcdes préventifs, qui constituent ce qu'on peut appeler l'hygiène de l'intelligence. Ils consistent à développer et à fortifier cette faculté par l'exercice; à éviter tout ce qui peut troubler son regard ou fausser sa rectitude; à se garder des écarts de l'imagination, du caprice de l'association des images, etc., chacun suivant son tempérament intellectuel.

2. Quant aux remèdes immédiats^ ils consistent dans l'étude des règles de la logique.

Mais les causes vraies et profondes de l'erreur étant surtout morales, les remèdes moraux sont aussi de beaucoup les plus importants et les plus ellicaces.

§ 2. — Remèdes moraux.

En définitive le grand mal, nous l'avons vu, c'est que nous nous aimons plus que la vérité. C'est donc en réagissant de toutes nos forces contre cet amour désordonné de soi, que nous parviendrons à aimer la vérité comme elle le mérite.

1. A l'orgueil, à la présomption, il faut opposer une juste défiance de nous-mêmes. Songeons à la faiblesse de notre intelligence, au peu que nous savons, à l'immensité qui nous reste à, apprendre, et la modestie philosophique naîtra d'elle-même, ei ^ attendant l'humilité chrétienne. Ap/rj aiXodo^piaç... auva(a6r,(ji; xr^ awToy àaôevsi'aç, disait Arrien.

2. A la précipitation qui nous porte à juger sans examen sullisant, opposons la. patience qui sait persévérer dans l'étude d'une question, cette longue patience qui, si elle n'est pas toutle génie, comme le prétendait Buffon, est du moins la condition de sa fécondité; la circonspection, qui suspend son jugement en attendant que l'évidence se fasse.

3. A la négligence, à la nonchalance qui nous fait redouter la fatigue, sachons opposer Vattention énergique et soutenue. N'oublions pas que l'attention est tout dans la science et que la volonté est maîtresse de l'attention.

L'attention permet de bien voir les choses : elle décuple les forces de l'intelligence en les faisant converger surun point. D'autre part, en suspendant le jugement, elle donne le temps aux souvenirs utiles d'entrer en scène, comme aux objections de se produire.

§ 3. — Conclusion. — Platon avait donc raison de dire qu'il ; faut aller à la vérité avec Vàme tout entière, oùv oXr, xr, 4'""/.?!» c'est-à- ; dire, non seulement avec l'intelligence, mais encore avec le cœur et la volonté.

De fait, un cœur droit est le premier organe de la vérité. Le meilleur précepte de logique que je puisse te donner, disait Malebranche, c''est que tu sois homme de bien; c'est le mot de l'Évangile : 6 ôè TTOtwv àXr,6siav £py(^eTai Trpoi; to (ptoç.

Tels sont les vrais remèdes à l'erreur. Mais ce sont là des remèdes que la logique n'enseigne point; ils sont du ressort del« morale. Ajoutons que, si la morale les enseigne, elle ne donne pas la force nécessaire pour les appliquer; d'où le besoin de recourii à Dieu pour en obtenir la grâce.

Donc, en résumé, V étude attentive, la pureté delà vie, la prièn fervente, tels sont les trois moyens de parvenir à la vérité.

L'erreur existe donc; elle est fréquente; elle est souvent spé-l cieuse. Y a-t-il un moyen de la discerner de la vérité? C'est la^ question du Critérium.

LE CRITÉRLLlM DE LA VÉRITÉ. 709

Page 1