‹ Cours de philosophieChapitre 294 sur 328 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

LE CRITÉRIUM DE LA VÉRITÉ ET DE LA CERTITUDE ART. I. — ^'atiire du critérium.

Çn général, on appelle critérium (de xptvw, je juge) le signe Ui .)Ctif auquel on reconnaît une chose, et qui nous empêche de la eu- fondre avec une autre.

v moins d'être sceptique, il faut admettre qu'il existe un crité-

aii de la vérité. En eft'et, il nous arrive chaque jour de dire :

>^eo! est vrai et cela est faux » et, quand nous nous sommes

mv'és, de nous apercevoir de notre méprise. Or, pour cela, ilfaut

i iite nécessité que la vérité porte en elle quelque signe qui

tte de la reconnaître et de la distinguer de l'erreur. Ce signe

vérité a et que l'erreur n'a pas, est le critérium de la vérité;

comme c'est à lui que nous devons d'être certains, on l'appelle

aussi, quoique improprement, critérium de la certitude.

2. Notons d'abord qu'il ne s'agit pas ici des critériums particuliers, propres à tel ou tel ordre de vérité. On comprend, en effet, que la vérité physique, métaphysique ou morale, ayant chacune son caractère spécial, aura aussi sa manière propre d'engendrer la certitude, et que la vérité d'un fait historique, par exemple, se reconnaîtra à un autre signe que la vérité d'un théorème de mathématiques.

Ce que nous cherchons, c'est le critérium universel et dernier], c'est-à-dire le signe distinctif et caractéristique de toute espèce de vérité, lequel, n'en supposant lui-même aucun autre, constitue la raison dernière de toute certitude.

3. Nous n'avons donc pas à discuter ici l'opinion de l'école sensualisle et matérialiste qui n'admet d'autre critérium de vérité que l'expérience sensible ; ni celle de l'école idéaliste qui rejette la légitimité de la perception extériettre pour n'admettre d'autre faculté que le sens intime ot la raison. La discussion de ces théories qui nient tout un ordre de la réalité, relève de la métaphysique et non de la logique.

Nous nous bornerons à apprécier les critériums proposés, à tort ou à raison, comme applicables à toute espèce de vérité, physique, métaphysique et morale.

ART. II. — C'ritérlums faux ou inoomplpts.

§ 1. — L'autorité divine, — proposée par Huet, évoque d'.\vranches (1630-i721), et adoptée par l'école traditionna liste.

710 4,o<;iocE,

Cette théorie s'appelle le fidéisme, parce que, d'après elle, la raison est radicalement incapable d'arriver à la certitude sans le secours de la foi. La célèbre boutade de Pascal; Personne n a L'assurance hors la foi, s il veille ou s'il dort, exprimerait assez justement le fidéisme absolu.

Critique. - Certes nous sommes loin de prétendre que Dieu puisse nous tromper, et nous reconnaissons volontiers que l'autorité divine dûment constatée est un critérium infaillible de « vérité; mais nous nions : Ti

a) Qu'elle soit un critérium uiiiversel; applicable à toutes les j vérités, même à celles du sens intime ;

b] Qu'elle soit un critérium dernier; car la connaissance de la révélation suppose eUe-mème plusieurs autres certitudes qu'où E€ peut sans cercle vicieux subordonner à l'autorité divme,

§ 2. — Le consentement universel.

D'après Lamennais (1782-1854), l'individu laissé à lui-même étant incapable de discerner le vrai du faux, il n'y a de vraiment certain qu€ ce sur quoi le genre humain a toujours été d accord. En d'autres termes, on appelle vérité ce que tous les hommes, placés dans les mêmes conditioms, perçoivent, comprennent et raxîontent identiquement.

Critique — i. Remarquons d'aljord que, si chaque homme pris à part est radicalement incapable de parvenir à la cerUtude, on ne voit pas comment l'humanité le pourrait, puisqu elle n est, en somme, que la collection des individus.

2 Sans doute, nous l'avons dit nous-même, le consentement universel constitue une forte présomption de vérité en faveur de ^ ce qu'il affirme; il ne s'ensuit nullement qu'il soit le critermra ' universel et dernier de toute certitude :

a) Il est inapplicable aux vérités de conscience, comme aussi aux vérités proprement scientifiques, qui ne seront jamais de la compétence du grand nombre. ,

b) Et même pour les vérités qui sont de son ressort, ce critérium est loin d'être dernier. Gomment, en effet, s'assurer du consentement universel, sinon au moyen de ces facultés dont on suspecte la véracité? Il faut savoir qu'il y a des hommes, recueillir leurs témoignages à travers les siècles, constater leur autorité, etc. : autant de certitudes préalables qui ne sauraient relever de ce critérium, puisque lui-même les suppose.

§ 3. - Le sens commun. — Tel est le ^j-itérium proposé par l'école Écossaise, par Th. Reid, Hamilton et d'autres. A les entendre, tout ce qu« le sens commun affirme est vrai, et tout ce qu il contredit est faux. Ils le définissent : cet ensemble de croyances natw

Page 1